Son bassin est fait pour marcher. Et celui de la femme ? Pas vraiment, révèle une étude sur les os de Néandertaliens
Selon des recherches, le bassin des Néandertaliens ressemblait beaucoup à celui des femmes modernes ; les contraintes liées à la reproduction les ont empêchées de suivre le processus évolutif qui permet aux hommes de marcher plus loin
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

La raison pour laquelle les hommes et les femmes marchent différemment pourrait trouver son origine dans un processus évolutif qui a rendu les hommes plus efficaces à la marche que leurs ancêtres de Néandertal. C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’université de Tel Aviv publiée dans Scientific Reports.
Alors que le bassin des hommes s’est adapté au fil des âges pour amortir les chocs liés à la marche et limiter la dépense énergétique, celui des femmes n’a pas évolué de la même manière, notamment du fait de contraintes liées au système reproducteur féminin. Les bassins des femmes sont ainsi restés similaires sur le plan anatomique à ceux de nos ancêtres de Néandertal qui vivaient il y a 130 000 à 40 000 ans, d’après une étude menée par le professeur Yoel Rak, du département d’anatomie et d’anthropologie de l’université de Tel Aviv, en collaboration avec des chercheurs espagnols, du Technion, de l’université Bar-Ilan et de l’Ono Academic College.
Ces résultats, s’ils sont basés sur un échantillon relativement restreint, pourraient toutefois apporter de nouvelles perspectives à l’étude de l’anatomie humaine, ainsi qu’à la compréhension de l’évolution des rôles liés au genre au fil des millénaires, a déclaré le professeur Rak au Times of Israel lors d’une interview téléphonique.
Depuis des décennies, les anthropologues s’efforcent de comprendre les différences entre la structure pelvienne large des Néandertaliens et celle des humains modernes, a expliqué Rak. On supposait que cette différence était liée à l’existence d’un canal pelvien large, conçu pour permettre l’accouchement de bébés à la tête plus volumineuse, ou pour des périodes de gestation plus longues.
La découverte, ces dernières décennies, de deux bassins masculins néandertaliens presque complets – dans la grotte de Kebara, en Israël, en 1982, et sur le site de la Sima de los Huesos, en Espagne, en 2014 – a constitué une avancée majeure qui a permis, pour la première fois, d’observer leurs similitudes et leurs différences par rapport à celles des humains modernes, a-t-il ajouté.
« Le bassin des Néandertaliens est resté un mystère pendant de nombreuses années », a déclaré Rak. « Mais dès que nous avons eu deux spécimens entre les mains, nous avons été stupéfaits de constater qu’ils ressemblaient à ceux des femmes. »
La principale différence, ont révélé les recherches, réside dans la position de l’acétabulum, c’est-à-dire de l’articulation de la hanche. Chez l’homme moderne, cette articulation est située plus en avant sur l’anneau pelvien que chez la femme moderne et l’homme de Néandertal.
Lorsque l’acétabulum repose plus en arrière, le centre de gravité du corps s’abaisse, ce qui cause, lors de la marche, un impact sur les articulations et nécessite de l’énergie pour relever le corps en vue du pas suivant, a expliqué Rak. La conformation du bassin masculin place la hanche en avant de la ligne de gravité du corps, procurant ainsi un mécanisme biomécanique unique d’absorption des chocs, qui stocke l’énergie et rend la marche sur de longues distances plus efficace, a-t-il ajouté.
« [Cela] permet aux muscles de la cuisse d’amortir la chute du centre de gravité du corps, de stocker l’énergie potentielle pendant la foulée, puis de restituer cette énergie immédiatement après, propulsant ainsi efficacement le corps vers le haut pour la foulée suivante », précise l’étude.
Les femmes, en revanche, n’ont pas pu intégrer toutes ces modifications, car l’accouchement demande un bassin relativement peu profond et un canal pelvien suffisamment large. De ce fait, le bassin féminin est resté plus proche de la configuration observée chez les Néandertaliens de sexe masculin.
« Cette évolution a fait de l’homme une parfaite machine à marcher », a déclaré Rak. « Ainsi, à l’époque préhistorique, les hommes pouvaient partir pendant plusieurs jours à la chasse, à un rythme agréable et confortable. »
En revanche, a-t-il ajouté, les femmes n’étaient pas physiquement capables de se déplacer aussi facilement ; elles restaient donc probablement plus près du foyer.
« Je ne souhaite pas m’engager dans un débat sur les questions liées au genre ; toutefois, ces résultats suggèrent que la différence entre les hommes et les femmes il y a environ 100 000 ans pourrait être à l’origine de la division du travail entre les deux sexes », a souligné Rak.
Ces implications ont également rencontré l’opposition idéologique de certains universitaires, ce qui a compliqué la publication de l’étude, a-t-il noté.
Selon Rak, cette découverte révèle que, alors que les chercheurs s’interrogeaient depuis longtemps sur les caractéristiques inhabituelles du bassin des Néandertaliens, c’est en réalité le bassin de l’homme moderne qui s’écartait de la norme.
Au-delà des questions évolutives, ces résultats ont des implications pour la médecine moderne, la biomécanique, la médecine musculo-squelettique, la rééducation et la prévention des blessures, a-t-il précisé. Ils pourraient également encourager les chercheurs à réexaminer l’influence de la configuration pelvienne sur la répartition des charges, la démarche et les problèmes liés au bas du dos ou aux articulations.
« D’un point de vue clinique, cette étude offre une perspective totalement différente sur le mal de dos et d’autres problèmes du même ordre. Nous décrivons un mécanisme que personne n’avait réellement mis en évidence avant nous », a-t-il affirmé.
Cela montre également que même dans des domaines très étudiés comme l’anatomie humaine, il est toujours possible d’en apprendre davantage, a ajouté Rak.
« C’est particulièrement intéressant. L’anatomie macroscopique est un domaine dans lequel on pense généralement que tout a déjà été découvert », a renchéri Rak. « Ce sont des informations que [des anatomistes classiques tels que] Vésale et Galien ignoraient totalement. »
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







