Rechercher

Souccot : l’érosion du statu quo sur le mont du Temple met à nu les divisions du monde orthodoxe

Venus par milliers pour les fêtes, Haredim et sionistes religieux s'affrontent autour de l'interdit religieux de visiter ce haut-lieu tout aussi sacré qu'explosif

Des juifs orthodoxes escortés par la police des frontières israélienne marchent sur le mont du Temple, pendant Souccot, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)
Des juifs orthodoxes escortés par la police des frontières israélienne marchent sur le mont du Temple, pendant Souccot, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Parmi les milliers de fidèles juifs venus dans la Vieille Ville de Jérusalem, en ce mercredi matin de la semaine passée, à l’occasion de Souccot, un grand nombre de personnes portant de grands drapeaux bleus ornés du Temple biblique.

Parvenus à s’imposer dans la Vieille Ville à l’occasion des fêtes juives, ces drapeaux incarnent une aspiration – restée longtemps marginale – chez une partie des religieux d’Israël : reconstruire le Temple juif de l’Antiquité afin d’entrer dans l’ère messianique. Elle s’est toutefois frayée toutefois un chemin au sein du courant dominant.

Le deuxième jour de Souccot, des groupes sionistes religieux ont défilé dans la Vieille Ville en vendant ces drapeaux et en encourageant leurs coreligionnaires non seulement à célébrer cette senaine de fête en priant au mur Occidental mais en se rendant par ailleurs sur le Mont du Temple.

Vénéré par les juifs et les musulmans, ce haut-lieu abrite aujourd’hui la mosquée Al-Aqsa et le sanctuaire du Dôme du Rocher, administrés par une fiducie islamique jordanienne dénommée waqf.

Le fait que des Juifs se rendent sur le Mont du Temple est une question très polémique pour les musulmans, qui y voient un empiètement majeur sur l’un des hauts-lieux les plus sacrés de leur religion.

« Souccot est l’une des shalosh regalim [les trois grandes fêtes], au cours desquelles la Torah nous commande de monter au Temple et de faire des offrandes sacrificielles », explique Avraham Yedidya Ben-Shlomo, un jeune homme à la barbe épaisse et aux longues mèches qui vend des drapeaux aux passants en route vers le Mur occidental.

Avraham Yedidya Ben-Shlomo, un sioniste religieux de l’implantation d’Yitzhar, en Cisjordanie, est venu dans la Vieille Ville de Jérusalem pour y vendre des drapeaux du Mont du Temple pendant Souccot, le 8 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Ben-Shlomo, sioniste religieux originaire de l’implantation d’Yitzhar, en Cisjordanie, fait partie de ces milliers de Juifs à s’être rendus sur le Mont du Temple pour les fêtes, comme tant d’autres fois avant celà, explique-t-il au Times of Israel.

Mais le statut sacré du Mont du Temple, dans le judaïsme, pose un problème à de nombreux Juifs orthodoxes, en particulier aux Haredim, pour lesquels c’est un grave péché de mettre le pied là où s’élevait le sanctuaire intérieur du Temple tout en étant soi-même dans un état de non pureté au sens rituel – un statut qui ne pourra changer qu’une fois le Temple sera reconstruit et que des sacrifices auront été pratiqués pour parachever la purification.

L’emplacement exact du sanctuaire intérieur étant sujet à polémiques, nombre de rabbins ont préféré interdire totalement l’accès au Mont du Temple.

Lorsqu’Israël a pris la Vieille Ville des mains de la Jordanie, lors de la guerre des Six Jours, les deux pays sont parvenus à un accord informel qui a confié l’administration quotidienne du Mont du Temple à la Jordanie et qui a permis aux Juifs et autres non-musulmans de s’y rendre, sous réserve de ne pas y prier.

Le Grand Rabbinat d’Israël a rapidement frappé d’un interdit général l’accès des Juifs au Mont du Temple.

Ce fameux « statu quo » entre Israël et la Jordanie s’est érodé ces vingt dernières années, les rabbins sionistes religieux en étant venus à considérer le fait de se rendre sur le Mont du Temple comme acceptable dans le cadre de la loi juive. Ce qui a été accepté est rapidement devenu plus désirable encore, et de plus en plus de rabbins ont évoqué le besoin d’accentuer le contrôle juif en Terre Sainte.

« Cela a commencé très doucement avant de monter progressivement en puissance. Je crois que de plus en plus de personnes connaissent le Mont du Temple, de plus en plus de personnes s’y rendent », explique Yaffa Kenzin tout en distribuant du papier aux passants, à l’entrée sud du mur Occidental, et en leur demandant au passage s’ils ont l’intention d’aller sur le Mont du Temple pour les fêtes.

Faute de pouvoir effectivement reconstruire le Temple dans l’immédiat, ils sont nombreux à défier les autorités en priant ostensiblement sur le Mont du Temple. Certains tentent même d’y introduire des offrandes – du pain et des chèvres sacrificielles.

« Provoquer les gentils »

À l’occasion de Souccot, cette année, plus de 4 000 Juifs se sont rendus sur le Mont du Temple, dont deux au moins ont tenté de balancer les quatre espèces sur place avant d’être arrêtés et mis en détention par les services de police.

Lors du premier jour intermédiaire de Souccot, 1 696 Juifs se sont rendus sur le Mont du Temple, contre 747 en 2021.

L’opposition haredi au phénomène n’a pour autant pas disparu.

Tandis que des Juifs enthousiastes font la queue, ce matin-là, devant la porte menant au Mont du Temple, un jeune homme coiffé d’un chapeau noir s’époumone contre un jeune coiffé, lui, d’une kippa tricotée, arborant des franges à ses vêtements. Il le met en garde contre le karet – une forme de punition divine impliquant l’excision spirituelle de Dieu et du peuple juif – s’il doit s’aventurer dans ce lieu saint.

Une foule se rassemble rapidement autour des deux hommes, avant que l’ultra-orthodoxe ne parte précipitamment avec les siens. Le calme à peine revenu, c’est un groupe de Haredim qui se dispute cette fois avec de jeunes sionistes religieux qui redescendent du Mont du Temple.

Des juifs ultra-orthodoxes se disputent avec un sioniste religieux qui redescendu du mont du Temple pendant la fête de Souccot, le 8 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

« Nous parlons de karet, personne ne devrait délibérément risquer le karet », explique Haim Toledano, étudiant dans une yeshiva haredi, entre deux bouffées de cigarette électronique.

« Et, plus encore, cela provoque les gentils », ajoute-t-il en invoquant la traditionnelle mise en garde contre la rébellion contre une nation hôte – un précepte en lequel les Haredim voient une interdiction de facto du sionisme. « Cela suscite des provocations inutiles, les Arabes s’énervent, nous venons sur leur territoire, il est évident que cela ne fait qu’aggraver les tensions. »

En outre, ajoute-t-il, « nous sommes en exil, cela nous est interdit. »

Le jeune sioniste religieux, contradicteur de Toledano, affirme lui que les Juifs peuvent tout-à-fait se rendre sur le Mont tant qu’ils restent à l’écart du Dôme du Rocher, qui serait pour beaucoup l’emplacement du sanctuaire intérieur, un haut-lieu sacré.

« À quelques mètres près, par-ci par-là, il y a des désaccords, mais personne ne conteste que ce soit là », assure Ariel Cohen. « Les rabbins haredim se sont mis à contester cet emplacement pour inventer des interdictions de se rendre sur le Mont du Temple. »

C’est non sans fierté que Cohen explique au Times of Israel avoir, avec d’autres extrémistes religieux, pris part à une offrande sacrificielle de « deux pains » lors de la fête de Chavouot, cette année, au cours de laquelle deux miches de pain au levain sont traditionnellement agitées par un cohen – un prêtre – devant l’autel avant d’être consommées. Suite à cela, il a été détenu mais pas interpelé.

L’interdiction de la prière juive disparaît rapidement

Kenzin n’est pas étrangère aux changements qui se sont produits en ces lieux ces derniers temps. Au début des années 2000, elle se rappelle y « être allée, y avoir marché lentement puis rapidement, comme nous le souhaitions ».

« Mais il y avait un garde du waqf qui se tenait là, sa bouche à quelques centimètres de mon visage », pour s’assurer qu’elle ne priait pas, se souvient-elle.

De nos jours, les gardes employés par les Jordaniens s’approchent rarement des groupes juifs et ont même plutôt tendance à s’en éloigner à moins qu’ils ne voient quelqu’un effectuer des offrandes, auquel cas ils agissent.

Un garde du Waqf islamique de Jérusalem, contrôlé par la Jordanie, au sommet du Mont du Temple, près du Dôme du Rocher, le 8 octobre 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Si l’idée a gagné du terrain au sein du monde sioniste religieux, ces deux dernières décennies, le statu quo sur le Mont du Temple s’est rapidement détérioré du fait du ministre sioniste religieux d’extrême droite Itamar Ben Gvir, dont les décisions en tant que ministre de la Sécurité intérieure ont entraîné une forte augmentation du nombre de Juifs sur le Mont du Temple.

Les années Ben Gvir constituent un changement majeur dans la façon dont la police traite la prière juive sur le Mont du Temple : elle laisse en effet les Juifs prier et même de se prosterner dans les zones les plus éloignées du Dôme du Rocher.

Ben Gvir a déclaré à plusieurs reprises qu’il souhaitait faire autoriser la prière juive en ces lieux et il a lui-même dit des prières pour Souccot près du mur oriental du Mont du Temple, la semaine dernière. C’était la seconde fois qu’il le faisait.

« Deux ans se sont écoulés depuis le terrible massacre… À Gaza, il y a une photo du Mont du Temple dans chaque foyer mais aujourd’hui, deux ans plus tard, nous sommes victorieux sur le Mont du Temple », a déclaré le leader ultranationaliste.

Par le passé, de telles déclarations ne manquaient pas de susciter des réactions alarmées de la part du Premier ministre Benjamin Netanyahu, souvent prompt à rappeler que le statu quo n’avait pas varié. Mais cette fois, le Premier ministre a préféré ne pas désavouer son partenaire de coalition et ses propos prononcés depuis le Mont du Temple au moment de Souccot.

Un peu plus tôt cette année, le jour du jeûne de Tisha BeAv, Ben Gvir a prié sur le Mont du Temple, ce qui lui a valu des réactions furieuses de la part des pays arabes et d’hommes politiques haredim. Jamais un ministre israélien ne s’était comporté de la sorte en ce lieu.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.