Spoliations nazies: le parcours des descendants pour faire reconnaître l’héritage de leurs aïeux
Deux tableaux de la Française Diane Esmond ainsi que trois œuvres du Tchécoslovaque Fédor Löwenstein, confisquées par les troupes allemandes, sont visibles depuis le 18 février au mahJ à Paris
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
« Il y a des gardiens de la mémoire dans chaque famille », considère l’artiste Adriana Wallis, petite-fille de la peintre française Diane Esmond, dépouillée de son œuvre par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale et aujourd’hui exposée.
Deux de ses tableaux ainsi que trois œuvres du Tchécoslovaque Fédor Löwenstein, elles aussi confisquées par les troupes allemandes, sont visibles depuis le 18 février au musée d’art et d’histoire du judaïsme (mahJ) à Paris.
La « valeur historique » de ces œuvres, dont l’existence après-guerre fut longtemps ignorée, est « énorme », déclare à l’AFP Richard Brook, petit-cousin de Löwenstein. « Elles portent de grandes croix rouges signalant qu’elles devaient être détruites par les nazis car considérées comme des exemples d’art ‘dégénéré’. »
« Pendant 80 ans, personne n’a su que la famille avait été victime de spoliation », indique Adriana Wallis.
En 2021, elle apprend que Diane Esmond a fait partie des rares femmes artistes concernées par la spoliation nazie. « Ça m’a beaucoup touchée parce qu’étant moi-même artiste, j’ai pu me projeter et me demander ce que ça me ferait si toute ma production était réduite à néant », dit-elle à l’AFP.
Enquête généalogique
Quatorze toiles de Diane Esmond ont été sauvées grâce à l’action de résistants, dont la conservatrice Rose Valland, puis restituées en 1946 à l’artiste exilée aux États-Unis.
Richard Brook ignorait lui aussi beaucoup de son histoire familiale. Son père, cousin germain de Fédor Löwenstein, « n’en a jamais parlé ».
A sa retraite, l’Américain de 75 ans se lance dans une enquête généalogique. Il trouve dans les archives de Spandau (Allemagne) une lettre de 1946 qui le met sur la piste du peintre.
Il apprend que trois de ses toiles ont été exposées en 2014 au musée des Beaux-arts de Bordeaux et émet une requête pour les récupérer. Il y parvient après « onze longues années » : « J’ai dû consentir à abandonner toute demande de compensation financière – et c’était une somme considérable », explique-t-il.
Pour Richard Brook, le plus important était de « récupérer les peintures et obtenir la reconnaissance » pour Fédor Löwenstein.
Le Mahj lui emprunte les toiles jusqu’à sa fermeture pour travaux fin 2027. « Composition », la toile phare, sera ensuite montrée au musée de l’Orangerie.
« Je suis enchanté qu’ils puissent donner à Fédor Löwenstein ce qu’il avait tout le temps souhaité », la reconnaissance pour son œuvre, « 80 ans après sa mort » en 1946, se félicite-t-il. « Si les circonstances avaient été différentes et s’il avait vécu plus longtemps, il aurait eu une grande notoriété ».
D’après Adriana Wallis, la spoliation a également marqué une rupture dans la carrière de sa grand-mère. Dans une lettre montrée à l’AFP, Diane Esmond écrivait à son fils: « Peut-être qu’il faudra que je meure pour que tu récoltes les fruits du succès ».
En 2025, Adriana Wallis rapatrie des États-Unis 60 toiles et fait des donations à trois musées, dont le Mahj.
Évoquant le « tabou de la judéité » dans sa famille, elle estime que « symboliquement, d’exposer et de donner ces œuvres au Mahj, c’est une façon de renouer avec les origines et la judéité » de ses aïeux.
Blessure
Matis Bloch, 25 ans, a reçu le 16 février des mains de la ministre de la Culture, Rachida Dati, un livre ayant appartenu à son arrière-grand-père, l’historien et résistant Marc Bloch, qui sera panthéonisé en juin.
« C’est une réparation d’une blessure subie il y a plus de 80 ans maintenant », dit-il à l’AFP.
Lui-même docteur en histoire, il est l’héritier d’une quête, menée avant lui par son père et son grand-père, pour récupérer les biens dont Marc Bloch a été spolié.
Un travail difficile, les nazis ayant également pris l’inventaire du résistant, « qui va durer encore des dizaines d’années ».
Arrivé au terme de sa recherche, Richard Brook salue une « victoire » et espère que l’exposition des œuvres de son grand-cousin permettra d’en trouver d’autres.
Pour Adriana Wallis, le chapitre est « difficile à clore ». En attendant, elle réalise des œuvres faisant écho à celles de Diane Esmond, s’intéressant à la thématique de « l’effacement et la disparition de l’objet ».
« Peut-être que le fait même d’être devenue artiste, c’est parce que 30 toiles de ma grand-mère ont été lacérées à coups de couteau ».
la Communauté du Times of Israël !








