Sur les frontières syrienne et libanaise, des habitants sceptiques embrassent la paix – tant qu’elle dure
S'ils se focalisent sur la reconstruction, les habitants évacués et ceux qui sont restés pendant la guerre restent vigilants : les groupes terroristes cherchent encore quotidiennement à attaquer Israël
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Les membres de l'équipe d'intervention d'urgence du kibboutz El Rom, Shimon Michael, à droite, et Gal Fitusi, se tiennent à la barrière frontalière, près du village syrien d'al-Hamidiya, le 23 octobre 2025. (Crédit: Diana Bletter/Times of Israel)
La Vallée des Larmes vue le 23 octobre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
Un poste des Nations Unies dans la région du mont Hermon, dans le sud de la Syrie, le 11 mars 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)
Erez Boshy, du kibboutz El Rom dans les hauteurs du Golan, se tient dans le centre d'accueil du kibboutz devant des souvenirs de la guerre du Yom Kippour de 1973, le 23 octobre 2025. (Crédit : Diana Bletter/Times of Israel)
Le village syrien d'al-Hamidiya, situé dans la zone tampon patrouillée par l'ONU entre Israël et la Syrie, vu depuis la barrière frontalière à environ cinq kilomètres du kibboutz El Rom, dans les hauteurs du Golan, le 23 octobre 2025. (Autorisation : Gal Fitusi)
KIBBOUTZ EL-ROM — La bande de terrain qui faisait partie, autrefois, de la zone militaire fermée qui séparait Israël et la Syrie, dans les hauteurs du Golan, est aujourd’hui un paysage désolé, jonché de rochers, d’herbes et de dangereuses munitions.
Depuis la fin de la guerre du Kippour en 1973 et jusqu’à une date récente, le côté israélien de la frontière était réservé à l’armée, explique Shimon Michael, le chef de l’équipe d’intervention d’urgence du kibboutz El-Rom, une communauté située à proximité. Il mène la journaliste que je suis jusqu’à la frontière, lors d’une douce journée d’automne.
Nichée dans les vergers de pommiers, avec des éoliennes qui tournent sous l’effet du vent, la route cahoteuse et poussiéreuse traverse la dite « vallée des Larmes ». C’est là que 175 chars de l’armée israélienne étaient parvenus à repousser 700 chars syriens, les empêchant de franchir la frontière de l’État juif pendant la guerre du Kippour, en 1973.
Michael, 38 ans, raconte qu’il a longtemps vécu dans l’illusion que la frontière syrienne c’était la frontière la plus calme d’Israël ». Mais c »était avant le pogrom commis dans le sud du pays par les hommes armés du Hamas, le 7 octobre 2023 – les terroristes avaient tué plus de 1 200 personnes, des civils en majorité, et ils avaient kidnappé 251 personnes qui avaient été prises en otage à Gaza.
« Le massacre du 7-Octobre a changé l’idée que rien ne pouvait nous arriver », reconnaît Michael.
Le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque sanglante commise par le Hamas, le groupe terroriste libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, avait commencé à mener des attaques à la roquette et au drone quasi-quotidiennes depuis le Liban, forçant le déplacement de quelque 60 000 habitants du nord d’Israël, jusqu’au cessez-le-feu qui devait être conclu le 27 novembre 2024.
Dans le passé, Michael, en tant que directeur de l’hôtel-boutique d’El-Rom, se concentrait sur les événements organisés pour accueillir au mieux les visiteurs. Il concevait les jardins, remplis d’arbres rares et de fleurs luxuriantes.
Après le début de la guerre, il a pris la tête de l’équipe d’intervention d’urgence, qui s’est équipée et qui « s’est préparée à combattre en l’espace de dix minutes. »
Aujourd’hui, c’est la première fois qu’il retourne jusqu’à la barrière, à la frontière, qui sépare Israël et la Syrie. Nous sommes accompagnés par un autre membre de l’équipe d’intervention d’urgence d’El-Rom, Gal Fitusi. Les deux hommes regardent fixement le village syrien voisin, Al-Hamidiya.
Le village est situé à l’intérieur de la zone tampon séparant Israël et la Syrie. Avec les Nations unies qui étaient toujours présentes dans la région, l’armée israélienne avait occupé la zone tampon après la chute du régime de Bachar al-Assad, au mois de décembre 2024.
« Dans les semaines qui ont suivi la chute d’al-Assad… c’est la seule fois où nous avons eu peur », se souvient Fitusi.
Depuis, l’armée israélienne a été déployée sur neuf postes dans la région. Les soldats mènent des opérations dans des zones situées jusqu’à 15 kilomètres à l’intérieur du territoire syrien.
Aujourd’hui même, d’ailleurs, les militaires israéliens ont arrêté des suspects qui tentaient de faire passer clandestinement des armes de poing, des fusils d’assaut et des chargeurs de la Syrie vers le Liban. La deuxième tentative de trafic entre les deux pays déjouée dans la semaine.
« Nous ne sommes pas inquiets mais nous sommes sur nos gardes », commente Michael. « La nouvelle zone tampon a été créée par Tsahal pour garantir qu’il n’y aura pas d’État islamique à notre frontière ».
Les leçons tirées de 1973
Depuis 2010, Erez Boshy vit au kibboutz El-Rom, où il travaille au centre d’accueil des visiteurs. Si la communauté ne compte qu’environ 500 habitants, le centre attire des milliers de visiteurs en provenance du monde entier, y compris de pays lointains – comme la Chine et Singapour. Des touristes qui viennent découvrir la Vallée des Larmes et regarder un film de 20 minutes sur cette bataille qui devait s’avérer être fatidique.
Il confie que depuis le cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, les visiteurs ont recommencé à fréquenter le centre.
« Qu’avons-nous appris de la guerre du Yom Kippour, 50 ans et un jour avant le pogrom du 7 octobre ? », s’interroge Boshy. « Nous n’avons rien appris. Pourquoi en parlons-nous encore ? Parce que nous ne devons jamais, jamais l’oublier, afin de pouvoir empêcher que des choses horribles n’en viennent à se reproduire ».
De son côté, Abraham Levine, major à la retraite, fait savoir au Times of Israel, lors d’un entretien téléphonique, qu’il vient tout juste de rentrer d’une mission de surveillance sur la route qui longe le territoire israélien, de la frontière syrienne à la frontière libanaise.
Levine, qui réside du plateau du Golan, est le directeur des médias et le porte-parole principal du Centre de recherche et d’éducation Alma, une organisation indépendante à but non-lucratif qui est spécialisée dans les défis sécuritaires à relever à la frontière nord d’Israël. Il note que le Hezbollah tente de « ramener les habitants dans les villages du sud du Liban, le long de la frontière israélienne, parce qu’il cherche à reconstituer ses boucliers humains ».
Conformément à l’accord de trêve qui a été conclu entre Israël et le Liban, l’armée libanaise est chargée de démanteler toutes les installations militaires non-autorisées et de confisquer les armements dans les secteurs qui se trouvent à proximité de la frontière israélienne et jusqu’au nord du fleuve Litani, à environ 20 kilomètres de là.
Toutefois, Tsahal continue de frapper les terroristes du Hezbollah dans le sud-Liban lorsque ces derniers « constituent une menace en violation des accords entre Israël et le Liban », ont précisé les militaires de leur côté.
Mercredi dernier, un commandant de peloton des Forces Radwan, l’unité d’élite du groupe terroriste du Hezbollah, a été tué au cours d’une frappe aérienne israélienne, dans le sud du Liban. L’homme transportait des armes au Liban et il préparait des attaques contre l’État juif. Dimanche également, l’armée israélienne a abattu Abd a-Sayed, un commandant des forces du Hezbollah dans la région, quelques heures avant que le ministre de la Défense Israel Katz et l’ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee ne se rendent sur la frontière israélo-libanaise.
« Nous ne vivons plus dans l’illusion dans laquelle nous vivions avant le 7 octobre », commente Levine lors de notre entretien téléphonique. « Rien n’a complètement changé à part le fait qu’à l’heure actuelle, le Hezbollah ne peut pas mettre en œuvre ses plans d’attaque contre les communautés israéliennes dans la mesure où ces dernières sont plus éloignées ».
« Ce n’est pas que le Hezbollah ait soudainement cessé de vouloir nous attaquer », poursuit-il.
« Je me sens en sécurité »
Au poste d’observation du kibboutz Misgav Am, à la frontière avec le Liban, Amit Davidpur, une réserviste de l’armée israélienne qui a grandi dans le kibboutz, échange avec le Times of Israel, debout au milieu des décombres qui ont été causés par les tirs de roquettes du Hezbollah au cours des premières semaines du conflit.
Elle et sa famille ont fait partie des 160 résidents du kibboutz qui ont été évacués pendant les combats.
Depuis le cessez-le-feu, toutes les familles sont revenues au kibboutz à l’exception de deux. Six nouvelles familles s’y sont également installées.
« Avant le 7 octobre, nous vivions dans un rêve », s’exclame Davidpur, qui est âgée de 23 ans. Elle est venue au poste d’observation pour expliquer la situation actuelle aux nombreux visiteurs en provenance de tout le pays qui ont voulu découvrir le kibboutz. En plus du poste d’observation, seul un autre bâtiment de Misgav Am a été endommagé.
« L’armée israélienne a fait son travail », affirme-t-elle. « Je me sens en sécurité ».
« Je me sens en sécurité », répète-t-elle d’une voix ferme.
Le porte-parole de Misgav Am, Ofer Moskovitz, qui gère également les avocatiers qui ont été plantés sur 40 hectares au sein de la communauté, se trouve, lui aussi, au centre d’observation pour prendre la parole devant les visiteurs. Il affirme que le centre sera rénové au cours des douze prochains mois.
Avant le 7-Octobre, raconte Moskovitz, les touristes s’attardaient pour contempler les collines bucoliques du sud du Liban.
Moskovitz se souvient que lorsqu’un commandant de Tsahal était venu au centre, il avait fait remarquer : « Les gens voient de la beauté là-bas, mais moi, je vois des Iraniens ».
Aujourd’hui, Moskovitz regarde le village libanais d’Odaisseh, en contrebas. C’est un ancien bastion du Hezbollah qui a été utilisé pour lancer des frappes contre Israël.
« C’était comme un village fantôme », dit-il. « On ne voyait jamais personne. Il y avait une école, mais on ne voyait jamais d’enfants ».
Quand un camion passe sur la route qui mène au village, Moskovitz déclare : « Ils tentent de revenir, mais l’armée israélienne ne les laisse pas s’approcher. »
En tant qu’agriculteur, Moskovitz dit être optimiste – il plante des arbres sans savoir quelles seront les conditions météorologiques futures, ni comment la situation évoluera. Mais s’agissant d’une paix durable, il se dit plus circonspect.
« Dans dix ans, il y aura un autre conflit », prédit-il.
À ce moment-là, son téléphone lui communique une alerte de l’armée israélienne.
« Jeudi 23 octobre à 13 heures, une attaque a eu lieu au cœur du Liban dans le cadre de l’accord visant à désarmer le Hezbollah », lit Moskovitz à voix haute. « À ce stade, l’évaluation de la situation sécuritaire reste inchangée et les instructions faites aux civils ne sont pas modifiées ».
Apparemment rassuré, Moskovitz range son téléphone et revient à la discussion.
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la Communauté du Times of Israël !







