Ted Cruz aux républicains juifs : l’antisémitisme, une « crise existentielle au sein de notre parti »
Le sénateur du Texas réitère les propos qu'il a tenus la semaine dernière, notamment le message selon lequel il a récemment constaté une recrudescence indédite de la haine envers les Juifs au sein de la droite
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LAS VEGAS (JTA) — Jeudi soir, lors de l’ouverture du sommet annuel de la Coalition juive républicaine (RJC), Ted Cruz a mis en garde contre la montée de l’antisémitisme à droite — et contre l’absence de voix républicaines pour la dénoncer.
Dans son discours, il a réitéré les propos qu’il avait tenus la semaine dernière, alors qu’il se trouvait dans une méga-église de San Antonio – et notamment le message au cœur de son allocution, à savoir qu’il avait récemment constaté une recrudescence de l’antisémitisme à droite.
« J’ai constaté plus d’antisémitisme à droite ces six derniers mois que je n’en avais vu dans toute ma vie », a déclaré Cruz.
« C’est un véritable poison », a-t-il ajouté. « Je pense que nous faisons désormais face à une crise existentielle au sein de notre parti et de notre pays. »
Le rassemblement annuel de la RJC, qui se tient ce week-end au Venetian Resort Las Vegas, intervient alors qu’un nombre croissant de conservateurs se retournent contre Israël, et que les voix de droite qui propagent des théories antisémites rencontrent un public de plus en plus nombreux.
Pour Cruz, partisan de longue date d’Israël, ce moment de division au sein de la droite est « une période décisive ».
« Je choisis pour ma part de me tenir à vos côtés », a affirmé Cruz devant une centaine de donateurs juif républicains. « Je choisis de me tenir aux côtés d’Israël, et je choisis de me tenir aux côtés de l’Amérique. »
Ainsi qu’il l’avait fait à la méga-église, Cruz, lui-même chrétien, n’a cité aucun nom dans sa critique de la « droite anti-Israël ». Jeudi, néanmoins, il a fortement laissé entendre qu’il parlait de Tucker Carlson, l’ancien présentateur de Fox News qui a récemment animé un débat amical avec le streamer nationaliste et suprémaciste blanc Nick Fuentes. Carlson, en effet, a mentionné durant l’interview que les Républicains partisans d’Israël — et notamment Cruz — étaient infectés par un « virus cérébral ».
« Si vous restez assis là et que vous acquiescez avec admiration pendant que quelqu’un vous affirme que Winston Churchill était le méchant de la Seconde Guerre mondiale, si vous restez assis là et que vous acquiescez pendant que quelqu’un vous dit que ‘il y a de très bonnes raisons pour lesquelles les États-Unis auraient dû intervenir au nom de l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale’, si vous restez assis là face à quelqu’un qui vous explique que ‘Adolf Hitler était vraiment très cool’ et que leur mission est de combattre et de vaincre la communauté juive mondiale, et que vous restez sans rien dire ? », a déclaré Cruz. « Alors vous êtes un lâche, et vous êtes complice de ce mal. »
Ses commentaires sont intervenus quelques heures seulement après que Kevin Roberts, président du groupe de réflexion conservateur Heritage Foundation, a répondu à des questions de plus en plus pressantes sur son intention de poursuivre son association avec Carlson après l’interview de Fuentes, en défendant l’ex-présentateur de Fox News avec force.
Le PDG de la RJC, Matt Brooks, a quant à lui annoncé à Jewish Insider qu’après avoir travaillé avec Heritage pendant des années, il s’apprêtait à procéder à « une réévaluation de notre relation avec Heritage au vu de ces événements ».
Cruz a dénoncé le silence des élus républicains, qui ne se sont pas prononcés contre la montée de l’antisémitisme d’extrême droite.
« Trop de gens ont peur de les affronter », a-t-il noté, faisant référence aux « fanatiques grotesques » qui ne considèrent pas clairement Hitler comme « l’incarnation du mal ».
« Combien d’élus républicains voyez-vous se lever et dénoncer ce qui se passe ? », a demandé Cruz. « Combien en voyez-vous qui sont prêts à s’opposer aux voix de la droite anti-israélienne ? »
Cruz a toutefois évoqué un nom sous un jour positif. Celui du président américain Donald Trump, que le sénateur du Texas a décrit comme le « président le plus pro-israélien de l’histoire des États-Unis », sous les applaudissements nourris de l’assistance.
Avec Trump à la Maison Blanche, a affirmé Cruz a aux membres de la RJC, l’aide apportée à Israël dans ses conflits continuera, sans le scepticisme d’une faction isolationniste de plus en plus importante qui préférerait que les États-Unis ne s’impliquent pas.
(Trump ne s’est pas publiquement prononcé sur le fait que Carlson ait invité Fuentes ; Trump a dîné une fois avec Fuentes et le rappeur Ye entre deux mandats présidentiels, en 2022, affirmant plus tard qu’il ignorait qui était Fuentes.)
Cruz a ensuite abordé la question de l’avenir post-Trump, qu’il a qualifié de moment décisif pour le Parti républicain.
« Que se passera-t-il il lorsque Trump ne sera plus à la Maison Blanche? », a déclaré Cruz.
C’est alors qu’un homme a crié : « Ted Cruz ! »
Par ailleurs, Cruz, dans son discours, n’a pas mentionné un candidat potentiel à la direction du Parti républicain en 2028 : JD Vance.
Si Cruz a salué les efforts de Trump pour s’attaquer au Hamas et réprimer les manifestations sur les campus, il n’a en revanche pas parlé de Vance comme d’un ami des Juifs américains.
Cette semaine, Vance a été critiqué pour avoir échoué à répondre à des interrogations douteuses sur Israël, dont une teintée d’une théorie du complot antisémite, lors d’un événement organisé par Turning Point USA à Ole Miss. Vance a également minimisé les propos divulgués dans le cadre de l’affaire de la fuite des conversations des Young Republicans, affirmant que les messages envoyés par des militants républicains en herbe, qui contenaient entre autres des blagues sur les chambres à gaz, des insultes racistes et des éloges à l’égard d’Hitler, n’étaient que des « plaisanteries » immatures, et que ceux qui les critiquaient devraient « grandir un peu ».
Cruz a en outre souligné la nécessité de « s’engager sur les campus universitaires » et de « s’engager dans les faits », afin d’être plus audible que « les quelques voix qui répandent ces propos orduriers », des voix qui, selon lui, « nous invitent tous à faire notre choix ».
Il a aussi remercié le public de son « patriotisme ».
« Vous aimez l’Amérique, même si certains idiots, du simple fait que vous soyez juifs, vous accusent du contraire », a-t-il fait savoir, invoquant le trope du conflit de loyauté, auquel adhère Fuentes.
Le discours de Cruz, d’une durée de 25 minutes, a été émaillé d’anecdotes et de plaisanteries sur l’opération israélienne des bipeurs, qui a tué des dizaines de terroristes du Hezbollah et en a blessé 1 500 autres, les mettant hors d’état de nuire, de condamnations de ce qu’il a appelé une « aile pro-Hamas » d’une importance croissante au sein du Parti démocrate, et d’une réflexion sur les horreurs survenues lors de l’attaque menée par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.
Mais son principal message a été que le Parti républicain avait atteint un point où ses membres juifs et pro-Israël devaient réfléchir à la manière de contrer la vague anti-israélienne montante, et de mettre fin à la prolifération des théories antisémites du complot.
En introduction de son discours, Cruz a fait valoir que ce sommet marquait le 40e anniversaire de la RJC, un fait qui, pour lui, renforçait de manière poignante l’importance de ce moment.
« J’ignore, lorsque je repense à ces 40 dernières années, s’il y en a eu une seule durant laquelle la Coalition juive républicaine a été plus nécessaire qu’aujourd’hui », a indiqué Cruz.
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