Trump tente de lier les mains de Netanyahu : l’alliance de guerre s’effondre
En intimant à Israël de ne pas riposter aux missiles iraniens, le président américain, désireux d'un accord avec Téhéran, met le Premier ministre face à un dilemme historique
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Cent jours après être partis en guerre ensemble pour contrecarrer le programme nucléaire illégal de l’Iran, affaiblir son industrie de missiles balistiques, mettre un terme à son soutien au Hezbollah et au Hamas, et faire en sorte que tombe le régime, l’alliance américano-israélienne contre la République islamique a atteint dimanche son point le plus bas.
Alors que sa région nord s’est fait pilonner sans répit par le Hezbollah, ces dernières semaines, Israël a eu recours à une frappe grandement symbolique sur le bastion du groupe terroriste dans le quartier de Dahiyeh, à Beyrouth, sans en informer préalablement l’administration Trump, qui y était opposée.
Comme il l’avait annoncé, l’Iran a riposté en tirant une dizaine de missiles sur le nord d’Israël — forçant à nouveau la population locale à se ruer aux abris, même si pour l’heure, personne n’a été blessé et aucun dégât n’est à signaler. Et alors qu’Israël se préparait à « riposter avec force », comme l’a dit un haut responsable israélien, Donald Trump lui a ordonné de s’abstenir.
Avant même de parler à Netanyahu, son partenaire d’il y a 100 jours, le président déclarait à son journaliste israélien favori, Barak Ravid, qu’Israël ferait mieux de ne pas riposter : « Je vais appeler Bibi tout de suite pour lui dire de ne pas répliquer », a confié Trump. « Chacun s’est amusé. Israël a frappé, l’Iran a frappé. Nous n’avons pas besoin d’une autre. »
Trump a nié à maintes reprises l’idée que Netanyahu l’ait entraîné, lui et les États-Unis, dans la guerre. Mais il a de plus en plus clairement fait savoir qu’il souhaitait par tous les moyens mettre un terme à cette campagne mal planifiée, alors même qu’aucun des objectifs déclarés par les États-Unis et Israël n’a été atteint. I
Il répète qu’il attend des conditions garantissant que le régime ne se dote jamais de l’arme nucléaire, mais rien ne le garantit dans les versions divulguées du protocole d’accord qu’il tente de conclure. En outre, sa priorité absolue est de rouvrir de manière fiable le détroit d’Ormuz et d’apaiser le chaos énergétique mondial que Téhéran a si habilement orchestré.
Alors même que l’Iran tirait sur le nord, Trump affirmait pour la énième fois qu’il ne lui fallait plus que quelques jours pour conclure un accord avec ce régime manifestement obstiné et fourbe : « Je pense qu’on va signer l’accord lundi, mardi ou mercredi de la semaine prochaine », a prétendu le président américain. « Et voilà qu’il se passe ça », s’est-il plaint.
L’exigence de Trump de « ne pas riposter » met Netanyahu devant un choix cornélien.
Il peut en effet se soumettre au diktat présidentiel et retenir ses coups, au risque d’affaiblir encore la capacité de dissuasion d’Israël face à un Téhéran qui jubilerait et triompherait, rendant Israël faible aux yeux de la région, sapant gravement son indépendance fondamentale et s’affaiblissant lui-même politiquement à quelques mois des élections. Ou alors, il peut défier le président américain et s’engager dans ce qui donnera presque certainement lieu à une guerre d’escalade contre l’Iran, dans laquelle Israël pourrait se retrouver bien seul.
Il y a de cela plus de 35 ans, sous la direction du prédécesseur de Netanyahu au poste de Premier ministre et de chef du Likud, l’intransigeant Yitzhak Shamir, Israël avait accepté de ne pas riposter lorsqu’il avait été la cible d’attaques de missiles — des missiles Scud tirés par l’Irak de Saddam Hussein. Mais c’était pour éviter de fracturer la coalition dirigée par les États-Unis du président George H.W. Bush, qui comprenait de nombreux pays du Moyen-Orient et visait à renverser un agresseur tyrannique, et non à s’en accommoder.
Les premières informations relatives à l’appel de dimanche soir, provenant là encore de Ravid, suggèrent que Netanyahu a tenté – sans succès – de surmonter l’opposition de Trump à une riposte israélienne, et que les États-Unis estimaient que Netanyahu ne donnerait pas l’ordre de se livrer à des représailles à court terme.
Il s’est avéré un peu plus tard que ces premières informations ne disaient pas tout.
Selon Michael Oren, l’ex-ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Netanyahu aurait également tenté d’obtenir le soutien de Trump pour une attaque « sous les radars » contre l’Iran, qu’Israël n’aurait pas revendiquée, ou bien une sorte d’avantage tangible en contrepartie de sa retenue — peut-être sous la forme de bombardiers furtifs américains B-2, les seuls capables de pilonner les installations nucléaires souterraines de l’Iran en cas de besoin futur.
Le Premier ministre aurait également pu tenter, une fois de plus, de dissuader Trump de conclure le mauvais accord vers lequel il s’achemine, et grâce auquel l’Iran échappera à coup sûr à tout compromis substantiel sur sa course à l’arme nucléaire.
Mais tout ceci semblait peu probable. Netanyahu faisant face à un président qui n’a pas nié l’avoir traité de « fucking crazy » la semaine passée et lui avoir dit que tout le monde les détestait, lui et Israël. Un président dont les besoins politiques intérieurs exigent tout sauf une escalade. Un président d’assez mauvaise humeur.
Une des questions clés consiste à savoir si le régime se sent suffisamment sûr de lui pour en venir à surestimer ses forces, même face à un président américain qui souhaite si ouvertement un accord.
L’Iran pourrait-il, en d’autres termes, contrarier Trump au point de le contraindre, contre sa volonté, à faire ce qu’il a ordonné à Netanyahu de ne pas faire, à savoir relancer la campagne militaire ?
Compte tenu de ses performances passées et actuelles, la République islamique est trop rusée pour commettre une telle erreur. Ce qui fait que le président américain, déçu, se fait suppliant envers un Iran fourbe, sans oublier Israël au beau milieu.
Dans une autre interview, accordée dimanche au Financial Times, Trump a déclaré que faute d’accord avec Téhéran, il pourrait soit « y aller et s’occuper de l’endroit dont nous ne nous sommes pas occupés militairement », soit maintenir le blocus actuel.
Mais il était certain d’une chose : Netanyahu devrait accepter tout accord conclu avec le régime.
« Il n’aura pas le choix », a dit Trump en parlant de Netanyahu.
« C’est moi qui mène la danse. C’est moi qui mène absolument toute la danse. »
Sauf en Iran, visiblement.
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