Tunisie : Des peines jusqu’à 15 ans de prison pour l’attaque de la synagogue de la Ghriba
Les autorités tunisiennes avaient dénoncé une attaque "criminelle", mais s'étaient gardées de qualifier de "terroriste" ou de conférer une dimension antisémite à l'attentat du 9 mai 2023
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La justice tunisienne a prononcé des peines allant jusqu’à quinze ans de prison à l’encontre de plusieurs accusés, au terme du procès pour l’attaque meurtrière de la synagogue de la Ghriba, à Djerba, en 2023, a indiqué lundi à l’AFP l’un des avocats.
Deux prévenus, en détention provisoire, poursuivis pour « complicité d’homicides » et « adhésion à un groupe terroriste » – un étudiant et la fiancée de l’assaillant, abattu lors de l’attaque -, ont respectivement écopé de trois et huit ans de prison, a précisé Me Nizar Ayed, avocat de plusieurs parties civiles.
Deux autres accusés, dont le rôle exact n’a pas été communiqué, ont été condamnés à sept et quinze ans de réclusion, la peine la plus lourde ayant été prononcée en raison de la fuite du prévenu, a ajouté l’avocat. La sœur de l’assaillant, qui était en liberté provisoire jusqu’à la fin de la procédure, a été condamnée à un an de prison.
L’attaque du 9 mai 2023 s’est produite sur l’île de Djerba, alors que des centaines de personnes achevaient le pèlerinage juif annuel dans la synagogue de la Ghriba. Elle avait fait cinq morts, dont deux pèlerins, avant que l’assaillant, un gendarme, ne soit abattu.
Il avait d’abord tué l’un de ses collègues par balle sur le port de Djerba, puis s’était rendu en quad jusqu’à la synagogue, située à environ 20 km, où il avait ouvert le feu sur les forces de l’ordre qui assuraient la sécurité des lieux, avant d’être tué.
Deux Juifs, Aviel Haddad, un Tunisien de 30 ans, et son cousin Benjamin, un Français de 42 ans, ainsi que deux gendarmes avaient été tués. Quatre visiteurs et cinq agents de sécurité avaient également été blessés.
La défense des accusés va faire appel, a ajouté Me Mustapha Mlaouah, l’avocat de la fiancée.
Selon Me Nizar Ayed, l’assaillant a agi « en loup solitaire ».
L’avocat a également regretté que les demandes de constitution de partie civile aient « été rejetées à l’exception d’une seule », émanant d’un agent de la Garde nationale.
Les autorités tunisiennes ont dénoncé une attaque « criminelle », mais se sont gardées de la qualifier de « terroriste » ou de lui conférer une dimension antisémite.
Lors d’une audience, la mère de Halim, l’étudiant incriminé, a expliqué à l’AFP que sa famille ne faisait que louer un studio à l’assaillant.
« Je lui faisais parfois à manger et demandais à mon fils d’apporter de la nourriture. Notre générosité s’est retournée contre nous », a affirmé Latifa Jlidi.
Avant l’indépendance en 1956, la Tunisie comptait plus de 100 000 juifs, une communauté qui s’est réduite à environ 1 500 membres, dont la grande majorité vit à Djerba.
La Ghriba, la plus ancienne synagogue d’Afrique, avait été visée en 2002 par un attentat suicide au camion piégé qui avait fait 21 morts.
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