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Un centre de recyclage protége l’environnement et aide les Israéliens en situation de handicap

Ecology for a Protected Community, dans le nord d'Israël, trie et recycle les déchets électroniques en employant principalement des travailleurs handicapés, dont beaucoup trouvent ensuite un emploi dans de grandes entreprises

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Image principale : Ulfaat, qui travaille au service de démontage d'Ecology for a Protected Community. (Crédit : Eitan Dotan)
Image principale : Ulfaat, qui travaille au service de démontage d'Ecology for a Protected Community. (Crédit : Eitan Dotan)

MISGAV – Dani Kogan menait autrefois ce que beaucoup qualifieraient de vie parfaite.

Arrivé de l’ancienne Union soviétique en 1990, il a abandonné ses études de médecine pour devenir technicien dentaire, s’est marié, a dirigé une entreprise prospère, a acheté une maison dans la communauté verte de Tal-El, en Galilée, et est devenu le père de deux enfants en bonne santé.

Mais à l’âge de 40 ans, il se sentait malheureux et insatisfait. Un troisième enfant pourrait donner un sens à sa vie, se disait-il.

« Tout le monde rêve d’avoir un enfant qui devienne pilote dans l’armée de l’air, ou un grand homme d’affaires », plaisante-t-il.

Mais la réalité s’est avérée bien différente. Jonathan est né en 2006. Il est autiste et souffre d’épilepsie sévère.

« Être le père d’un enfant particulier est une torture », a déclaré Kogan à propos de ses premières années avec Jonathan.

Mais Jonathan, désormais âgé de 19 ans, qui est pris en charge à domicile et ne travaillera jamais, est devenu l’obsession de Kogan et même, selon ce dernier, son professeur.

« Avant que Jonathan n’entre dans ma vie, je n’aimais que moi », dit-il. « Je pensais être quelqu’un d’ouvert qui acceptait tout le monde, mais en réalité tout devait toujours être conforme à mes conditions. »

« Seules des tragédies telles que celle d’un enfant malade peuvent changer votre perception », a-t-il indiqué, ajoutant que la situation difficile de Jonathan lui avait ouvert les yeux sur les personnes qui sortaient de la norme. « Vous plongez dans la douleur, et cela vous change. »

Dani Kogan, propriétaire d’Ecology Israel, qui comporte trois branches : Ecology for a Protected Community, Ecommunity et une ONG. (Crédit : Eitan Dotan)

Kogan a alors créé en 2007 l’organisation Ecology for a Protected Community, qui recycle des déchets électriques et électroniques et est également reconnue par l’État comme un service de réadaptation. Sur les 93 personnes qu’elle emploie, 75 sont porteuses de handicap, qu’il s’agisse d’un handicap physique, cognitif ou sensoriel, comme l’autisme, la trisomie 21 ou le syndrome de stress post-traumatique.

Ce type de recyclage implique un vaste éventail de tâches nécessitant des forces et des compétences différentes, du démontage d’appareils électroménagers au travail sur des cartes mères.

La composition de la main-d’œuvre est à l’image de celle de la région. Environ 70 % du personnel appartient à diverses communautés d’Israéliens arabes représentant différentes religions et sous-groupes – musulmans et chrétiens, Bédouins et Druzes -, qui travaillent aux côtés d’Israéliens juifs et même de réfugiés ukrainiens.

Ils sont logés dans des auberges de jeunesse et foyers situés dans un rayon de 40 minutes de route, souvent par l’intermédiaire des services sociaux. Ils reçoivent un repas chaud, ainsi qu’un moyen de transport si nécessaire.

Chaque employé est formé et bénéficie d’un plan de développement personnel élaboré par un travailleur social travaillant dans l’entreprise à temps plein. Les salaires sont fixés par le ministère de l’Économie.

Pour la plus grande fierté de Kogan, plus de 10 de ses employés ont rejoint des entreprises de premier plan comme la célèbre société de technologie militaire Elbit Systems, où ils travaillent aux côtés de leurs collègues valides.

Ecology for a Protected Community est une entreprise sociale, dont les bénéfices sont réinvestis pour l’emploi de personnes porteuses de handicaps ; les déchets sont le carburant permettant d’atteindre les objectifs sociaux et environnementaux.

Un employé du laboratoire informatique d’Ecology for a Protected Community, dans le nord d’Israël. (Crédit : Eitan Dotan)

Chaque année, quelque 160 000 tonnes de déchets électroniques s’accumulent en Israël. Malgré l’adoption en 2012 d’une loi sur le recyclage, seul un cinquième des déchets est recyclé. Le reste s’échoue sur des sites commerciaux illégaux, dans des décharges ou en Cisjordanie, où il est brûlé illégalement pour en extraire les métaux précieux.

L’an dernier, le ministère de la Protection de l’environnement a résilié son contrat avec Ecommunity, une autre division de l’entreprise de Kogan, à l’issue d’un préavis de seulement 36 heures, pour des motifs qui restent flous.

Ecommunity, dont le nom existe toujours, Kogan espérant pouvoir récupérer le contrat public à l’avenir, opérait comme l’un des deux « organismes de conformité agréés » à l’échelle nationale pour l’élimination et le recyclage des déchets électriques et électroniques, en vertu de la loi de 2012.

Pourtant, de nombreux clients d’Ecommunity n’étaient enregistrés auprès d’aucun des deux organismes de conformité actuellement reconnus – signe de l’incapacité du ministère à faire respecter la loi -, a confié Kogan. Au lieu de cela, ils continuent d’envoyer leurs déchets à l’entreprise employant des personnes porteuses de handicap.

Le résultat est le même : Ecology in the Protected Community, qui a traité 1 200 tonnes de déchets l’an dernier, rend compte de ce qu’elle reçoit et recycle aux organismes de contrôle, fonctionnant comme un sous-traitant.

Dudu Levin, à gauche, PDG d’Ecology for a Protected Community, et Ronen Yoeli, PDG d’Ecology Israel, à Ecology for a Protected Community, dans le nord d’Israël, le 17 juillet 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Une fois que les déchets provenant des 1 700 partenaires de l’entreprise à travers le pays ont été collectés et enregistrés conformément aux normes du ministère de la Protection de l’environnement, les employés les trient, puis ils sont envoyés dans trois directions différentes.

Les objets de valeur, notamment les pièces détachées pour équipements de laboratoire, sont vendus en ligne.

Le reste est démonté à la main, trié dans différents sacs, puis envoyé à des usines en Israël et à l’étranger pour être utilisé ou traité. Seuls les plastiques sont envoyés à la décharge.

Une troisième division de l’entreprise est chargée de détruire les données numériques confidentielles provenant d’institutions militaires, médicales et autres.

Des ordinateurs reconditionnés à 30 ou 50 % de leur valeur marchande

Le matériel informatique qui peut être conservé et réutilisé est reconditionné. Dans le laboratoire informatique, des ordinateurs portables en attente de personnalisation trônent sur une longue étagère.

Des ordinateurs portables en attente de nouveaux propriétaires à Ecology for a Protected Community, dans le nord d’Israël, le 17 juillet 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Tout le monde peut se rendre dans la boutique physique ou en ligne de l’entreprise, expliquer ses exigences techniques, et repartir avec un ordinateur acquis à un tarif compris entre un tiers et la moitié du prix du marché, avec une garantie de deux ans.

Depuis la guerre sur plusieurs fronts déclenchée par l’attaque sanglante des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 contre le sud d’Israël, Ecology for a Protected Community a distribué gratuitement des dizaines d’ordinateurs, et vendu ses appareils à prix réduit aux personnes évacuées, soldats blessés et centres d’opérations civils.

Rafat, 36 ans, né malentendant, est l’un des employés de l’entreprise. Technicien informatique autodidacte originaire de la ville druze de Sajur, il travaille depuis 13 ans pour Ecology for a Protected Community, où il a gravi les échelons jusqu’au poste de responsable du laboratoire informatique. Il participe à la formation des nouvelles recrues. « Cet endroit est spécial », a-t-il déclaré.

Rafat, malentendant, gère le laboratoire informatique d’Ecology for a Protected Community, dans le nord d’Israël, le 17 juillet 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Ahmad, 30 ans, originaire de la localité arabe de Bu’eine Nujeidat, est responsable du contrôle qualité au sein du laboratoire informatique, qui emploie 14 personnes, dont une dédiée au service clientèle.

« J’aime les gens, et j’aime le fait que nous puissions nous développer et progresser », a-t-il confié.

Ulfaat, sourde et muette, mais dotée d’un regard étonnamment vif et d’un sourire contagieux, aide à trier le matériel électrique sur le sol de l’usine. « Nous trouvons des moyens de communiquer », a expliqué l’homme assis à côté d’elle, qui a préféré rester anonyme.

En plus d’un travail valorisant, deux employés ont également trouvé l’amour et sont désormais fiancés.

Durant la pandémie de Covid-19 et au cours des 21 derniers mois de guerre, les employés d’Ecology for a Protected Community ont été classés comme travailleurs essentiels à l’économie.

« Cela a rendu nos employés très fiers », a fait savoir Kogan, ajoutant : « Qui a aidé qui ? »

« Pour créer plus d’emplois, nous avons besoin de plus de déchets »

Dans le cadre de son expansion, l’entreprise a déménagé il y a trois mois dans de vastes locaux situés dans une zone industrielle à Misgav, à l’ouest de Karmiel.

Les nouveaux locaux d’Ecology for a Protected Community sur le site industriel de Misgav, dans le nord d’Israël, le 17 juillet 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Dans les prochaines semaines, l’entreprise recevra des machines sophistiquées permettant de décomposer les déchets encore davantage. Il s’agira du troisième système de ce type en Israël.

Kogan espère que cet équipement permettra de doubler le chiffre d’affaires, jusqu’à atteindre environ 40 millions de NIS par an.

« Nous recevons de plus en plus de demandes d’embauche », a-t-il rapporté. « Pour pouvoir créer de nouveaux emplois, ce dont nous avons besoin, ce sont des partenaires qui nous fournissent des déchets. »

Ayman Abu Hadir travaille au service de démontage d’Ecology for a Protected Community. (Crédit : Eitan Dotan)

Aujourd’hui, les entreprises sont tenues de prouver leurs engagements en matière d’environnement, de responsabilité sociale et de gouvernance.

Selon Kogan, le fait d’orienter ses déchets vers Ecology for a Protected Community répond à tous les critères.

Il souhaite également augmenter sa production d’ordinateurs reconditionnés, après en avoir vendu environ 6 000 l’an dernier.

Kogan évoque le partenariat avec la banque Hapoalim, qui confie tous ses déchets informatiques à Ecology for a Protected Community et récupère un cinquième des ordinateurs reconditionnés, pour les offrir à des populations défavorisées.

Une maquilleuse prépare un employé pour un film en cours de réalisation pour le nouveau centre d’accueil d’Ecology for a Protected Community, dans le nord d’Israël. (Crédit : Eitan Dotan)

Afin d’inciter davantage d’Israéliens à ouvrir leurs yeux, leur esprit et leur cœur aux personnes porteuses de handicap, Kogan a créé – et partiellement financé – une ONG chargée de mettre en place un centre d’accueil pour les visiteurs dans l’usine.

Son plus grand rêve reste toutefois de créer une communauté, Yonatan Heights, destinée aux familles ayant des enfants handicapés, ainsi qu’à leurs frères et soeurs valides. Pour les premiers, tous les services, notamment liés à l’emploi, seraient disponibles sur place. Les parents pourraient partir l’esprit tranquille, sachant que leurs enfants particuliers seraient pris en charge après leur départ.

Résumant son double engagement envers la société et l’environnement, Kogan a cité le Lévitique, 19:18 : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même.  »

« L’écologie commence… par les liens que nous tissons », a-t-il affirmé.  « Quand on pense aux autres, on a envie de protéger l’environnement et de recycler. »

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