Sagit Afik accuse le président de commission de méconduite et de pousser au vote sans débattre
Le député Hanoch Milwidsky s'est attiré la réprobation générale après avoir agressé la conseillère juridique de la commission des Finances et les membres de l'opposition, qui ont protesté en quittant la réunion
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Dimanche, la conseillère juridique de la Knesset, Sagit Afik, a vivement critiqué la conduite du président de la commission des Finances de la Knesset, Hanoch Milwidsky, lors d’une réunion au cours de laquelle il a insulté et interrompu la conseillère juridique de la commission, Shlomit Erlich, l’a empêchée de prendre la parole avant de procéder au vote sur plusieurs transferts budgétaires sans débat et en l’absence de membres de l’opposition.
Dans un courrier ferme adressé à Milwidsky ce soir-là, Afik a accusé le président du comité d’avoir empêché Erlich de s’exprimer et de l’avoir insultée, la traitant de « honte », tournant en dérision ses conseils juridiques et l’accusant de « le gêner et de lui faire perdre son temps ».
Conseillère juridique à la Knesset depuis 18 ans, et auprès de la commission des Finances depuis cinq ans, Erlich a participé à « toutes les discussions de comité pendant de longues heures jusque tard dans la nuit tout en donnant des conseils juridiques objectifs, pertinents et professionnels, ce qui, semble-t-il, ne vous parait plus nécessaire », a constaté Avik.
Lors de la réunion en question, alors qu’Erlich tentait d’expliquer aux membres du comité qu’ils ne pouvaient pas voter sans débat préalable, Milwidsky l’a interrompue à plusieurs reprises, a crié, manifestement énervé, a frappé le bureau de ses mains et violemment levé les bras en l’air. Suite à ces manifestations répétées, Erlich a fini par quitter la pièce.
En dépit de son absence et de celle des membres de l’opposition, qui l’avaient suivie en guise de protestation, les membres de la commission présents — à savoir seuls les députés issus de la coalition — ont voté plusieurs transferts budgétaires, dont le très controversé détournement au profit de la police de plus de 220 millions de NIS d’un programme initialement destiné au développement économique de la communauté arabe.
Ce transfert est d’autant plus controversé qu’il est l’œuvre de la ministre de l’Égalité sociale, May Golan, laquelle fait l’objet d’une enquête de police pour fraude et détournement de fonds publics. Les députés de l’opposition y voient pour leur part un pot-de-vin destiné à la police.
Afik a écrit que le vote du transfert tenu lors de cette réunion était invalide, « non pas parce que les membres de l’opposition n’étaient pas présents, mais parce qu’il n’y avait eu « ni débat ni explication minimale sur ces demandes. »
Lors de cette réunion, les députés de l’opposition Naor Shiri et Vladimir Beliak, membres du parti Yesh Atid, ainsi que Naama Lazimi et Gilad Kariv, eux membres du Parti Avoda, avaient en effet quitté la pièce en guise de protestation après que le président eut expulsé Orit Farkash-Hacohen, députée du parti Yesh Atid, lui interdisant de revenir si ce n’est pour voter.
Lundi, Milwidsky a réagi en expliquant que la lettre d’Afik « décrivait de manière inexacte les événements » et était un « cadeau pour les provocateurs qui manquent de respect aux règlements de la Knesset ».
Obstruction à l’examen et au débat
L’attitude de Milwidsky envers sa conseillère juridique et les membres du comité s’expliquent par leur volonté d’examiner dans le détail des transferts budgétaires demandés en toute dernière minute et que le comité souhaitait faire adopter avant la fin de l’année, pour permettre à la coalition de faire passer son budget 2026 à marche forcée.
Milwidsky a à plusieurs reprises empêché Farkash-Cohen de poser des questions sur la question mise à l’examen, même les questions adressées au représentant de la police israélienne et à Erlich, et a fini par l’expulser de la séance.
Suite au départ des députés de l’opposition, Milwidsky a brièvement suspendu la réunion avant de la poursuivre malgré les protestations d’Erlich.
« La députée Farkash-Hacohen a dit des choses qui ne peuvent pas être dites », a déclaré Milwidsky dans un communiqué, ajoutant qu’elle ne pourrait revenir que pour les votes. « Quant aux autres membres de l’opposition, je ne sais pas pourquoi [ils sont partis]… peut-être pour empêcher que le débat n’ait lieu. »
Lundi, Farkash-Hacohen a déclaré sur X que son seul « crime » était d’avoir « osé poser des questions ».
« Le harcèlement des membres du Comité des Finances n’en restera pas là », a déclaré Lazimi lundi, en qualifiant le détournement de fonds de « stratagème d’une ministre corrompue et d’un ministre de la criminalité » – allusion à Golan et au ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir.
Selon les députés de l’opposition, nombre de transferts ont été récemment validés par la commission sans débat ni justification, comme par exemple jeudi dernier, lorsque 2,6 milliards de NIS sont allés du reliquat de budget 2025 au ministère de l’Éducation.
La plupart de ces transferts de fonds renvoient à des promesses faites dans le cadre des accords de coalition entre le parti au pouvoir, le Likud, et ses partenaires, à commencer par le très polémique transfert d’un milliard de NIS en faveur des écoles ultra-orthodoxes, alors même que le parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah a quitté la coalition en juillet dernier en guise de protestation contre l’absence de loi d’exemption pour les étudiants de yeshiva.
Dans la précipitation et de crainte de tomber, à défaut, le gouvernement tente de faire adopter son budget 2026 alors que les partis ultra-orthodoxes boycottent les projets de loi de la coalition et ont promis de s’opposer au budget tant qu’il n’y aura pas de loi d’exemption en matière de conscription militaire.
Selon Beliak, député du parti Yesh Atid et membre de la commission des Finances, les transferts de jeudi comprennent 786 millions de NIS destinés à des réseaux scolaires affiliés aux partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah.
287 millions de NIS iront soit à des écoles privées exemptées de l’enseignement du programme de base et peu surveillées par le ministère de l’Éducation, soit à des écoles « reconnues mais non officielles », qui s’engagent à enseigner 75 % du programme de base sans pour autant le faire en pratique.
Des fonds additionnels iront aux écoles religieuses israéliennes.
Lundi, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a annoncé que son parti, Yesh Atid, introduirait un recours devant la Cour suprême contre ce qu’il a qualifié de « vol de plus d’un milliard de shekels qui appartiennent aux citoyens israéliens ».
Le comportement de Milwidsky envers Erlich, la conseillère juridique du comité, qui n’est pas une politicienne mais une fonctionnaire, s’explique par sa volonté de faire passer en urgence ces transferts budgétaires sans entrave ni contrôle.
Son comportement a été unanimement condamné par les députés de l’opposition, dont beaucoup ont publié des vidéos de cette réunion tendue ; sur ces images, très partagées, on peut voir un Milwidsky manifestement hostile en train de réprimander et hurler sur la conseillère juridique.
« J’ai travaillé avec Shlomit ces cinq dernières années. C’est une fonctionnaire droite, juste et on ne peut plus professionnelle », a écrit Beliak sur X, lundi. « Elle ne mérite pas ce qui lui arrive. En ma qualité de membre de la Knesset, je tiens à lui présenter mes excuses et lui demander pardon. »
C’est en juillet dernier que Milwidsky a été nommé à la tête de ce puissant comité en dépit d’une enquête policière en cours pour viol et subornation de témoins.
Lundi, Benny Gantz, le chef du parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti, a écrit sur X que « Personne ne devrait se comporter de la sorte et certainement pas un membre de la Knesset. Il faut que le député Milwidsky présente des excuses à Shlomit Erlich, une fonctionnaire qui a consacré de nombreuses années aux citoyens d’Israël. Nous méritons des membres de la Knesset qui soient avant toute chose des êtres humains. »
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