Un court métrage d’animation relate la vie d’une adolescente bédouine apatride
Les producteurs espèrent que "Jamila's Loop" attirera l'attention sur le sort difficile de nombreux Bédouins privés de leurs droits fondamentaux en raison de leur statut juridique
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

La semaine dernière, « Jamila’s Loop », court métrage d’animation sur une adolescente bédouine apatride, a été projeté en avant-première au festival Cinema South, à Sderot. Ses producteurs espèrent qu’il contribuera à attirer l’attention sur le sort de ces milliers de personnes qui vivent en Israël sans citoyenneté.
Réalisé par Gili Tsalik et Idan Levy, ce film de 12 minutes invite le spectateur à découvrir l’histoire de Jamila, une jeune Bédouine de 16 ans qui rêve de devenir enseignante mais qui fait partie des quelque 3 000 Bédouins apatrides vivant en Israël, et qui ne possède donc pas de carte d’identité israélienne.
Le festival Cinema South s’est déroulé dans sa forme complète pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, à la Cinémathèque de Sderot. Initialement prévu en juin, il avait été reporté en raison de la guerre avec l’Iran.
Dans « Jamila’s Loop », dessiné au crayon dans un style d’animation classique par Levy, les spectateurs rencontrent Jamila et le lézard avec qui elle s’amuse, découvrant son travail dans une usine de patates douces et d’autres moments de sa vie.
Les images au rythme haché semblent clignoter, illustrant l’idée que Jamila n’est jamais tout à fait présente, explique Levy. Elle tremble et disparaît fréquemment, et la gomme utilisée tout au long du film n’est pas moins importante que les traits apparents, ajoute-t-il.
« Il s’agit de dessins peu détaillés – à l’instar de ces personnes qui sont sans visage », poursuit Levy.
Ce film, dont le scénario a été écrit par Levy et Tsalik, a bénéficié du soutien de la CoPro Foundation for Israeli Content Marketing, une organisation à but non lucratif qui aide à la création de films visant à changer la réalité, influencer les politiques et susciter le débat public.
Tsalik et Levy se sont rencontrés grâce à leur travail commun, dans le sud et dans les villages bédouins du Néguev.
C’est en 2020 qu’ils ont croisé Jamila pour la première fois. Ils ont alors appris qu’elle souhaitait étudier dans une université israélienne, mais que son projet était bloqué, car elle n’était pas reconnue par le gouvernement.
Le personnage de Jamila représente les quelque 3 000 Bédouins qui ne sont pas reconnus par l’État, en particulier ceux qui vivent dans le désert du Néguev, a déclaré Tsalik.
Les personnes sans citoyenneté ne peuvent pas voter aux élections nationales, obtenir un passeport ni aller à l’école. Elles doivent payer plus cher pour bénéficier de l’assurance maladie nationale. Souvent privées des services de base, elles vivent sous la menace d’être déplacées.
Ce problème touche principalement les Bédouins dont les grands-parents ou les parents n’ont pas été enregistrés comme citoyens entre 1948 et 1952 ou, dans certains cas, ont renoncé à leur citoyenneté.
« Ils ne disposent d’aucun moyen de faire face à cette situation. Il est même impossible de savoir combien ils sont », a indiqué Levy.
Les Bédouins qui se trouvent dans cette situation vivent dans la peur. Ils ne connaissent pas leurs droits, et se montrent donc méfiants, a ajouté Tsalik.
Si Levy et Tsalik voulaient réaliser un documentaire sur Jamila, ils ont rapidement compris qu’elle ne pouvait pas et ne souhaitait pas apparaître dans le film.
Pour raconter l’histoire de Jamila sans rendre sa situation encore plus précaire, il ont opté pour l’unique solution qui leur semblait pertinente : l’animation.
D’après Levy, Jamila a pleinement participé à la réalisation du film, qu’elle a également pu visionner. Elle n’a en revanche pas pu le montrer chez elle ni assister à la première à Sderot.
« Elle l’a vraiment beaucoup aimé », a déclaré Levy. « Mais elle ne pouvait en parler à personne. »
« Cette situation illustre en partie ce que nous essayons de changer », a ajouté Tsalik.
La projection du 11 novembre dans le cadre du festival Cinema South a marqué la première étape de leur démarche. Le duo espère désormais que leur court métrage sera sélectionné pour d’autres marchés.
« Jamila’s Loop » offre un exemple de l’utilisation du cinéma comme outil de changement social réel, a affirmé Pnina Halfon Lang, PDG de la CoPro Foundation, dont le Shorts for Change Lab a contribué au financement du film, en collaboration avec le Western Negev Regional Authority Cluster et la Negev Foundation.
Levy et Tsalik espèrent parvenir à constituer une base de données sur les Bédouins apatrides, qui les aiderait à se faire entendre et à obtenir une assistance d’autres groupes dans leur quête pour un meilleur accès aux soins de santé et à l’éducation.
« Il ne s’agit absolument pas de politique », ont affirmé Levy et Tsalik. « Il s’agit d’humanité. Il s’agit de prendre soin d’êtres humains qui sont totalement invisibles. »
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