Un député du Likud menace le procureur-général adjoint lors d’une réunion houleuse
Moshe Saada a dit à Gil Limon qu'il pourrait subir le même sort que l'ancienne procureure générale militaire, le sommant de "se taire", suscitant l'indignation de l'opposition
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Le député Moshe Saada, élu sous l’étiquette du Likud, a paru menacer l’adjoint de la procureure-générale Gali Baharav-Miara lors d’un débat houleux qui est survenu pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice à la Knesset, dans la journée de lundi. Les membres de la commission discutaient alors d’un projet de loi avancé par la coalition qui prévoit de scinder le rôle du procureur général en Israël, alors que le gouvernement tente actuellement de limoger Baharav-Miara et de limiter son autorité.
S’adressant directement au procureur général adjoint, Gil Limon, Saada a dit : « Vous êtes assis là, devant moi, avec le sourire aux lèvres et dans le passé, à la place que vous occupez, il y avait le procureur-général militaire adjoint et la procureure-générale de Tsahal — eux aussi souriaient — et vous savez très bien où ils en sont aujourd’hui. Vous savez très exactement où ils en sont aujourd’hui – et vous, Gil, vous subirez le même sort ».
L’ancienne procureure-générale militaire, Yifat Tomer-Yerushalmi, a démissionné au mois d’octobre après avoir admis qu’elle avait donné le feu vert à la fuite d’images tournées par les caméras de surveillance au centre de détention de Sde Teiman, des images qui montraient les violences présumées infligées par des soldats israéliens à un détenu palestinien.
Tomer-Yerushalmi a été arrêtée le mois dernier en lien avec cette fuite et avec l’enquête qui avait suivi. Son adjoint, le général de brigade Gal Asael, a pour sa part été placé en résidence surveillée. Il a aussi été suspendu du Corps du procureur général militaire.
Tomer-Yerushalmi a quitté cette semaine l’hôpital où elle avait été admise, plus d’un mois après une tentative de suicide présumée par overdose.
Le ministre de la Justice Yariv Levin, qui tente d’écarter la procureure-générale de l’enquête menée sur l’affaire de Sde Teiman, s’est engagé dans un bras de fer juridique avec Baharav-Miara . Il l’accuse, sans preuves, d’avoir consenti à la dissimulation de la fuite, lors des investigations initiales. La juriste, pour sa part, dénonce ces tentatives de la tenir à la marge de l’enquête et affirme que Levin n’a pas l’autorité nécessaire pour imposer une telle décision.
Limon, qui comparaissait devant la commission en tant que représentant de la procureure-générale, a répondu à Saada : « Vous ne me menacerez pas ».
Le député du Likud a nié avoir menacé Limon et il a continué à prétendre que l’adjoint de la procureure-générale entravait les investigations, déclarant : « Vous ne perturberez pas et vous ne compromettrez une enquête. Je ne m’inclinerai pas devant vous. Je vais vous dire la vérité, et quand je parlerai, Gil, vous garderez le silence ».
Les propos de Saada ont indigné les parlementaires appartenant à l’opposition. Naama Lazimi, du parti Avoda, s’est tournée vers Simcha Rothman, le président de la commission, tentant de le prendre à témoin : « Qu’est-ce que c’est que ça, une menace ? … C’est une menace mafieuse, il le menace. Pourquoi lui dit-il cela ? »
Rothman, furieux, a alors ordonné à Lazimi de se taire avant de l’expulser de la salle où se déroulait le débat.
Saada, ancien directeur adjoint du Département des enquêtes internes de la police au sein du ministère de la Justice et fervent détracteur de la procureure-générale, a affirmé qu’il était impératif de scinder la fonction. Il a accusé le système judiciaire d’être une « organisation criminelle » placée sous la houlette de Baharav-Miara.
Le projet de loi en question diviserait le rôle actuel du procureur général en trois fonctions distinctes qui seraient toutes placées sous le contrôle du gouvernement : un conseiller juridique officiant auprès du gouvernement, dont les avis ne seraient plus contraignants ; un chef du parquet et un avocat général qui représenterait le gouvernement devant les tribunaux.
Baharav-Miara s’oppose fermement à cette tentative de scission de ses fonctions, la qualifiant de menace pour « les fondements du gouvernement, l’État de droit, la lutte contre la corruption et les droits de l’Homme ».
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