Un ex-assistant du Premier ministre a envoyé des messages pro-Qatar à Urich et Feldstein, qui les ont diffusés
Les messages WhatsApp d'Yisrael Einhorn révèlent les rouages du "Qatargate" ; selon l'intéressé, Feldstein et lui travaillaient séparément, "sans aucun lien" avec le cabinet du Premier ministre
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Selon des informations des médias israéliens publiées vendredi, détaillant les rouages du « Qatargate » avec le cabinet du Premier ministre au cœur de l’enquête policière, Yisrael Einhorn, un des ex-conseillers de campagne du Premier ministre Benjamin Netanyahu, aurait rédigé des messages pro-Qatar qu’il aurait envoyés par WhatsApp aux principaux collaborateurs du Premier ministre afin qu’ils les transmettent aux médias dans le but de redorer l’image de Doha en Israël.
Selon les messages WhatsApp obtenus par le site d’information Ynet, Einhorn a rédigé des arguments pro-Qatar et les a envoyés à Eli Feldstein, alors porte-parole militaire de Netanyahu, lequel les a transmis à Jonathan Urich, proche conseiller de Netanyahu, qui les a à son tour fait passer aux journalistes, sans savoir que l’information venait d’Einhorn.
Einhorn et Urich avaient tous deux travaillé à la campagne de relations publiques pro-Qatar destinée à présenter l’État du Golfe sous son meilleur jour avant la Coupe du monde de la FIFA 2022, organisée à Doha. Ils auraient continué ce travail de relations publiques en faveur du Qatar jusqu’au déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas, du fait de l’organisation terroriste palestinienne, le 7 octobre 2023.
Einhorn, Urich et Feldstein sont les principaux suspects de l’enquête sur le « Qatargate », soupçonnés de multiples infractions liées à leurs activités de lobbying pro-Qatar, à commencer par des contacts avec un agent étranger et des faits de corruption impliquant des lobbyistes et des hommes d’affaires, tout en travaillant pour le Premier ministre.
Urich et Feldstein ont été arrêtés et interrogés afin de mieux comprendre leur rôle dans cette affaire. Einhorn, qui réside en Serbie, a été interrogé il y a peu à Belgrade, par des enquêteurs israéliens, suite à son refus de se rendre en Israël de crainte d’y être interpelé.
Selon Ynet, Einhorn a envoyé à Feldstein un message via WhatsApp pour lui dire que de hauts responsables américains avaient fait savoir à leurs homologues israéliens qu’ils ne faisaient plus confiance à l’Égypte, et notamment à ses services de renseignement, et qu’ils considéraient désormais le Qatar comme le négociateur en chef et comme un partenaire stratégique des États-Unis.
Ce à quoi Feldstein a réagi en demandant à Einhorn s’il devait transmettre le message. Einhorn lui a alors répondu : « Oui. »
Feldstein a ensuite transmis le message à Urich, et les deux hommes se sont parlés par téléphone. Ynet ne donne pas de précisions sur la date de cet échange.
Selon un autre échange publié par Ynet, Einhorn a envoyé à Feldstein un message à propos de la rencontre entre le conseiller à la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, et Netanyahu, et de son accord pour que le Qatar se charge de gérer l’après-guerre à Gaza.
Ce à quoi Feldstein a réagi en renvoyant le message à Urich, assorti de la mention « CNN. En Une », pour suggérer que le géant américain de l’information par câble en fasse sa Une. Urich a alors répondu : « Ils vont nier. »
Selon Ynet, les trois conseillers n’étaient pas seulement impliqués dans l’élaboration et la transmission de messages pro-Qatar ; ils auraient également suivi de près la couverture médiatique des relations entre le Qatar et Israël et se seraient mutuellement tenus informés lorsque le Qatargate a explosé.
À un moment, Feldstein a envoyé à Urich une information disant : « Le Qatar a fait part de son mécontentement suite aux déclarations faites par des ministres israéliens contre le Qatar. Le Qatar a demandé à ce qu’on ne l’insulte pas et redit qu’il faisait tout son possible pour parvenir à un accord sur la question des otages. Par ailleurs, Israël a demandé aux États-Unis de persuader le Qatar d’en faire plus. » Ce à quoi Urich a répondu : « C’est de nous », ce qui laisse entendre que cette information parue dans les médias était le fruit de leur campagne de communication.
Selon Ynet toujours, personne, que ce soit dans les médias ou au sein de la population israélienne, ne savait que ces arguments et messages pro-Qatar étaient le fait d’Einhorn, qui avait déjà travaillé pour les intérêts de Doha, et non du cabinet du Premier ministre, comme cela a été évoqué et qui a suscité des inquiétudes quant à l’influence étrangère dans le discours officiel.
Ynet précise que, lors de l’enquête policière, Feldstein a assuré qu’il ignorait contribuer à une campagne de relations publiques du Qatar – ce dont la police le soupçonne. Il a affirmé que les messages qu’il a transmis étaient conformes aux propres arguments de Netanyahu, que ce soit ceux évoqués lors des briefings avec la presse ou dans des déclarations officielles. C’est précisément cette conformité, assure-t-il, qui fait que les messages n’ont pas soulevé de soupçons d’influence étrangère.
« À l’époque, je ne me doutais de rien. Avec le recul, je me rends compte que j’ai été naïf et un peu stupide », aurait déclaré Feldstein.
Urich a, de son côté, lors de son interrogatoire, nié toute implication dans une campagne qatarie allant même jusqu’à dire ignorer qu’une telle campagne se déroulait au sein des services du Premier ministre.
« C’était ça ou Téhéran, voire Beyrouth »
Einhorn a réagi à l’information de Ynet en affirmant que Feldstein et lui, avec le lobbyiste américain pro-Qatar Jay Footlik, avaient « fait en sorte de dire la vérité à la population israélienne – même lorsque c’était difficile ».
« Notre activité se fondait sur des faits simples et on ne peut plus clairs : des valises pleines d’argent avaient été envoyées à Gaza à la demande d’Israël – et cet argent a été distribué avec l’accord et sous le contrôle de Tsahal », a poursuivi Einhorn. C’est Israël qui s’est tourné vers le Qatar pour empêcher une catastrophe humanitaire, avant de s’en prendre à lui pour des raisons politiques.
« De hauts responsables du Hamas vivent à Doha à la demande d’Israël et des États-Unis, qui ont demandé au Qatar de les accueillir dans le but de les superviser et de disposer ainsi d’un moyen de communication », a-t-il ajouté. « C’était ça ou Téhéran, voire Beyrouth. »
« Le Qatar est un partenaire stratégique des États-Unis qui accueille la plus grande base aérienne américaine de tout le Golfe. En tant qu’alliés des États-Unis, Israël et le Qatar ont souvent des intérêts communs », précise Einhorn. « Le Qatar est un médiateur géopolitique important qui a su gagner la confiance internationale. »
Einhorn assure que Feldstein « a agi en tant que consultant indépendant » et que leur campagne de relations publiques « n’avait aucun lien avec Urich ou le cabinet du Premier ministre ».
Suite à l’information de Ynet, les avocats de Feldstein ont fait savoir que « toutes les mesures prises par Feldstein examinées au cours de l’enquête l’ont été – sans exception – à la demande ou avec l’accord de ses supérieurs au sein du cabinet du Premier ministre ».
Cette déclaration contredit la déclaration d’Einhorn selon laquelle l’ex-porte-parole travaillait « sans lien » avec le cabinet du Premier ministre dans cette campagne.
« Il est réellement regrettable qu’au lieu d’assumer leurs responsabilités et d’expliquer leurs actes, les supérieurs en question les désavouent et fassent de Feldstein un bouc émissaire », a ajouté l’avocat de Feldstein. « Ce refus d’admettre leur responsabilité ne va pas les aider. »
Urich n’a pas réagi à l’article.
Dans une autre affaire, Feldstein contredit Netanyahu
Dans une autre affaire, Feldstein est accusé d’avoir divulgué à des médias étrangers des informations militaires classifiées obtenues sans autorisation d’un sous-officier réserviste de Tsahal. Il aurait communiqué ces informations à Bild, un tabloïd allemand, dans le but que ce dernier publie le document alors même qu’il savait pertinemment qu’il avait été obtenu illégalement et que la censure militaire s’opposait à sa publication.
Le document, qui souligne l’intransigeance du Hamas dans les pourparlers en vue d’un accord de libération des otages, aurait été utilisé pour dégager Netanyahu des pressions qu’il subissait pour faire libérer les otages du Hamas à Gaza et influencer l’opinion publique dans un sens plus favorable au Premier ministre.
La fuite s’est produite en août 2024, soit plusieurs jours après l’assassinat de six otages par l’organisation terroriste et sur fond d’une forte opposition populaire à la gestion de la crise par le gouvernement.
Selon une autre information de la presse allemande, Bild aurait sérieusement remanié le document de façon à aller dans le sens des intérêts du gouvernement Netanyahu et le Premier ministre se serait « servi de Bild » pour téléscoper les pourparlers en vue du cessez-le-feu et de la libération des otages.
Feldstein et le sous-officier en question, Ari Rosenfeld, réserviste au sein de la Direction du renseignement militaire, ont depuis été inculpés pour divulgation d’informations classifiées dans l’intention de nuire à la sécurité du pays.
Selon des messages obtenus par Ynet, Rosenfeld a transmis quatre renseignements classifiés à Netanyahu par l’intermédiaire de Feldstein, y compris des projets d’attaque du Hezbollah, que Feldstein a directement envoyés à Urich.
Selon une autre information du quotidien Haaretz, Feldstein aurait déclaré aux enquêteurs qu’il avait personnellement remis des documents classifiés à Netanyahu et à son secrétaire militaire, le major général Roman Gofman.
Cela contredit les déclarations de Netanyahu de novembre dernier selon lesquelles il n’avait jamais vu le document avant sa publication dans les médias.
Feldstein a affirmé qu’Urich avait organisé une réunion secrète entre l’ancien porte-parole et Netanyahu, au cours de laquelle il aurait montré au Premier ministre plusieurs documents classifiés obtenus de la main de Rosenfeld. Après quoi Netanyahu aurait organisé une rencontre entre Feldstein et Gofman au sujet d’autres renseignements, concernant pour l’essentiel le Hezbollah.
Selon Feldstein, les deux hommes se seraient vus dans une salle ultra sécurisée du quartier général de Tsahal, à Tel Aviv, et le secrétaire militaire aurait pris connaissance de ces documents.
Feldstein travaillait alors ponctuellement pour le cabinet du Premier ministre, sans disposer des habilitations de sécurité requises pour s’entretenir avec le secrétaire militaire, surtout s’agissant de questions de renseignement, explique un ancien haut responsable à Haaretz.
Gofman a réagi à l’article de Haaretz en niant catégoriquement les affirmations de Feldstein : « Il n’y a absolument rien de vrai là-dedans. Le secrétaire militaire du Premier ministre n’a reçu aucune information ou document de renseignement de la part d’Eli Feldstein. »
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