Un film suit des lycéens ayant survécu au 7-Octobre créer un internat pour rester ensemble
"Always Together" de Paz Schwartz accompagne des élèves de Terminale issus d'une communauté évacuée de la frontière de Gaza dans leur quête visant à surmonter les pertes et les déplacements
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Plusieurs semaines après le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, la réalisatrice de documentaires Paz Schwartz avait entendu parler des élèves de Terminale scolarisés à Nofei Habsor, l’école située dans le sud du Néguev, qui avaient survécu au massacre.
Ce sont ces jeunes qui avaient insisté pour rester ensemble malgré les pertes et le traumatisme – des jeunes qu’elle avait ensuite appris à connaître – qui sont au cœur de son dernier documentaire, « Always Together » – ou « Mivhan Bagrut » en hébreu, un jeu de mots faisant référence aux examens de fin d’études secondaires.
Pour les besoins de ce film de 77 minutes, Paz Schwartz a suivi pendant neuf mois ces élèves de Terminale qui ont créé un internat temporaire qui a pu tous les accueillir dans le secteur de la mer Morte, où certaines communautés du sud avaient été évacuées après l’attaque sanglante du 7 octobre. Ce jour-là, les hommes armés avaient massacré plus de 1200 personnes et ils avaient enlevé 251 personnes, qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza.
Dans le documentaire, Schwartz s’entretient longuement avec les élèves, évoquant leurs pertes, leur vie dans la zone frontalière de Gaza, le désir de rester ensemble en tant que lycéens d’une même promotion, les espoirs qu’ils placent dans cette expérience.
Certains élèves de Nofei Habsor avaient été tués dans le massacre. D’autres avaient perdu leurs parents, un membre de leur fratrie, des grands-parents. Pour d’autres encore, un être cher avait été pris en otage.
Au total, 116 diplômés de l’école avaient été assassinés par les terroristes, ainsi que 11 élèves du lycée et deux enseignants.
Schwartz se souvient que lorsqu’elle avait rencontré le directeur de l’école, ce dernier lui avait dit : « C’est comme la guerre du Yom Kippour, mais pour des adolescents ».
Le film se déroule alors que les élèves écrivent une lettre au ministre de l’Éducation Yoav Kisch, lui demandant de pouvoir continuer à étudier, tous ensemble, pendant leur dernière année de lycée après la catastrophe qui les a frappés.
À l’époque, le ministère de l’Éducation et d’autres organismes éducatifs avaient travaillé d’arrache-pied pour créer des écoles temporaires dans les différentes régions où les habitants du sud avaient été évacués, à Eilat, aux abords de la mer Morte, à Tel Aviv, à Jérusalem et ailleurs.
« Quand j’ai lu cette lettre, j’ai souri pour la première fois », se souvient Schwartz. « C’était le premier acte de leadership de la part de ces jeunes de 17 ans. Ils savaient qu’ils avaient besoin d’être ensemble ; c’était un élan nouveau dans un moment de traumatisme ».
Schwartz évoque un courrier qui avait été, pour elle, « une bouffée d’oxygène » dans les jours difficiles qui avaient suivi l’attaque.
Yossi Sharabi, 53 ans, du kibboutz Beeri, déclaré mort 102 jours après sa capture
Elle était alors sous le choc de ses propres pertes – le 7-Octobre, Lior Tarshansky, 15 ans, le fils d’Ilya Tarshansky, un ami de la famille, avait été assassiné par les hommes armés dans leur maison du kibboutz Beeri. Gali Tarshansky, sa fille de 13 ans, avait été prise en otage pendant 53 jours avant d’être relâchée au mois de novembre 2023.
Le 5 octobre, Schwartz venait de terminer la projection de son dernier film, « Telling Nonie », qui avait eu lieu au Festival du film de Haïfa. Elle avait remporté le prix du meilleur film documentaire israélien pour ce moyen-métrage de 50 minutes consacré à l’histoire d’un ancien agent du Mossad qui, à la fin de sa vie, prend contact avec la fille d’un homme qu’il a tué lors d’un assassinat ciblé à Gaza, plusieurs décennies auparavant.
Elle s’était réveillée tard, le 7-Octobre, et elle avait appris le sort réservé à la famille Tarshansky au moment où Ilya était évacué et emmené dans un hôtel avec les autres habitants de Beeri.
« Mon mari a d’abord parlé avec Ilya à Beeri, puis il s’est rendu à la mer Morte, seul, sans les enfants », se souvient Schwartz. Tarshansky, immigrant russo-israélien, était divorcé de la mère de ses enfants, Reuma Aroussi, qui était originaire du kibboutz Beeri.
Schwartz et les siens étaient devenus sa « famille israélienne ».
« Nous allions tout le temps à Beeri », explique-t-elle. « La maison a été incendiée : nous aurions pu être là-bas pour cette fête ».
Schwartz note qu’elle a été sous le choc pendant plusieurs semaines – et ce, jusqu’à ce qu’elle rencontre les membres du Forum des familles d’otages, l’organisation ad hoc créée dans les jours qui avaient suivi le 7-Octobre pour soutenir les proches des captifs. Elle avait croisé une amie qui lui avait dit de prendre son appareil photo et d’aller immortaliser leurs histoires.
« Je suis donc allée voir Ilya à Ein Gedi, et j’ai vu les amis de Lior, et c’est là que j’ai entendu parler pour la première fois de cette classe de Terminale », confie Schwartz.
Lior Tarshansky était pour sa part en première, précise-t-elle, mais il connaissait très bien un grand nombre de ces lycéens de Terminale.
Parmi les membres de la promotion figuraient Yuval Sharabi, dont le petit ami, Ofir Engel, et le père, Yossi Sharabi, avaient été pris en otage au kibboutz Beeri – ainsi que Amit Shani, également emmené en captivité à leurs côtés.
L’une de leurs enseignantes était Liat Atzili, prise en otage au kibboutz Nir Oz, qui avait été libérée au mois de novembre 2023. Son mari, Aviv Atzili, avait été tué alors qu’il défendait la communauté. Son corps sans vie avait été pris en otage par les hommes armés.
Au total, 47 personnes avaient été massacrées au sein du kibboutz Nir Oz et 76 personnes avaient été prises en otage.
« Cela a été incroyable de voir comment ces enfants ont su mobiliser tout le monde, leur directeur, leurs professeurs, leurs parents », déclare Schwartz. « Au fur et à mesure que l’idée prenait forme, ils ont gagné en pouvoir et ça a été incroyable de les voir sortir plus forts après ces moments décisifs. Ce sentiment d’appartenance les a aidés à se protéger du traumatisme ».
Schwartz s’est associée à son amie, la productrice Shula Spiegel, qui travaillait sur (l’excellente) série « Tehran », diffusée sur Apple+. Les deux femmes s’étaient rendues à Ein Gedi et dans le sud pour filmer les élèves.
Schwartz devait continuer à fréquenter les lycéens jusqu’à leur fête de remise des diplômes et leur bal de promo – deux événements qui ont été organisés à Omer, une communauté du sud du pays. La réalisatrice raconte y avoir vu Yuval Sharabi en robe de bal et avoir rencontré Yaffa Adar, otage libérée et grand-mère de l’un des diplômés – elle était devenue connue pour une séquence qui la montrait aux côtés des terroristes, lors de son enlèvement, dans une voiturette de golf, recouverte d’une couverture à fleurs.
Schwartz précise qu’à ce moment-là, elle savait déjà qu’elle voulait pouvoir toucher les lycéens juifs en dehors des frontières d’Israël, en particulier au vu des vagues d’antisémitisme et d’antisionisme qui s’étaient abattues sur le monde après le pogrom.
C’est une rencontre fortuite avec Inbal Faibish Wassmer, avocate israélienne vivant en Suisse, qui aura permis à Schwartz d’obtenir le financement nécessaire pour ajouter des sous-titres, élargissant ainsi l’accès au documentaire.
« Je veux que le public juif voie nos enfants et qu’il comprenne leur force et leur magnifique identité israélienne », explique Schwartz, qui note qu’elle n’a participé, pour l’instant, qu’à des festivals de films juifs, ne souhaitant pas avoir à faire face aux manifestations anti-israéliennes qui perturbent souvent les films juifs ou israéliens qui sont projetés dans les festivals grand public, et ce, même si les festivals de films juifs ont également rencontré leurs propres difficultés.
Pour le moment, « Always Together » a récemment été présenté aux cinéphiles du Festival du film juif de Calgary et il sera montré en avant-première à Zurich, avec des projections programmées jusqu’à présent à Cape Town, Francfort et San Diego.
« Je pense que ce film n’est pas destiné au grand public, mais plutôt au public juif », indique Schwartz, qui dit s’adresser aux éducateurs et aux écoles d’Europe et d’Amérique du Nord. « C’est une histoire universelle, certes, mais le monde traverse actuellement une période difficile, et je préfère le faire découvrir dans les communautés juives ».
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