Un jeune juif privilégié parcourt le monde sans argent, à la recherche d’aventure et d’altruisme
Tal Dooreck Aloni, 19 ans, étudiant à Herzliya, a vécu pendant un an en troquant des vidéos contre le gîte et le couvert : "le meilleur plan, c'est de ne pas en avoir", dit-il
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C’est après avoir obtenu son diplôme dans un lycée privé prestigieux que Tal Dooreck Aloni, qui menait alors la grande vie, tous frais payés, sur un yacht au large des côtes du sud de la France avec ses amis, a réalisé qu’il voulait faire quelque chose de différent de sa vie.
« J’ai regardé autour de moi et je me suis rendu compte que je n’étais pas heureux », s’est-il souvenu lors d’un entretien téléphonique avec le Times of Israel. « Alors le lendemain, le jour de mes 18 ans, j’ai expliqué à mes amis que je quittais le yacht, et j’ai commencé à voyager seul dans le sud de la France. »
C’est ainsi que ce jeune homme charismatique, issu d’une famille aisée de Miami, s’est lancé dans un voyage qui allait changer sa vie et le conduire dans plus de 30 pays, avec un défi unique : découvrir le monde et financer ses voyages grâce au troc.
Avec son physique avantageux, son instruction en école privée, son charme naturel, son passeport américain et son habitude de ne rien planifier, préférant confier son sort au hasard, Dooreck Aloni s’est fait des amis partout où il s’est rendu, subvenant à ses besoins en réalisant des vidéos de ses voyages en Turquie, à Dubaï, en Inde, en Malaisie, au Vietnam ou encore en l’Asie de l’Est, avec pour devise « Le meilleur plan, c’est de ne pas en avoir ».
« J’ai voyagé pendant un an, et je n’ai jamais payé un seul hôtel », a raconté Dooreck Aloni, qui étudie aujourd’hui à l’université Reichman, à Herzliya. « J’ai réalisé des choses que tout le monde m’avait dit être impossibles. »
Dooreck Aloni a profité d’une enfance privilégiée dans une communauté juive huppée du sud de la Floride. Son père est un médecin réputé originaire de New York et sa mère, une enseignante originaire d’Israël. Tous deux l’ont envoyé dans l’une des meilleures écoles privées de l’État.
« J’ai toujours été très actif. J’ai exercé différents métiers, comme photographe immobilier, employé dans une galerie d’art, et vendeur de matériel de kitesurf en tant que kitesurfeur professionnel », a-t-il indiqué.
Mais alors que ses amis étaient occupés à postuler dans des universités prestigieuses, il avait le sentiment que la carrière toute tracée qui l’attendait n’était pas celle qu’il souhaitait, du moins pas encore.
Échange de services
Peu après avoir abandonné ses amis sur le yacht pour voyager seul à travers la France, Dooreck Aloni a dû rentrer en Israël pour suivre un traitement médical pendant environ un mois. Dès qu’il a été autorisé à voyager à nouveau, il a rejoint sa famille, en vacances en Grèce. Alors que le groupe cherchait à louer des quads coûteux pour partir en excursion, Tal a suggéré une autre solution.
« Pendant mon voyage en France, j’avais réussi à convaincre un magasin de scooters de me laisser utiliser un de leurs véhicules en échange de vidéos promotionnelles. Je me suis ensuite rendu dans un magasin de quads, et j’ai réussi à obtenir la même chose. Puis je suis allé dans un autre magasin, puis dans un autre, jusqu’à obtenir quatre quads pour ma famille en échange de vidéos et de photos. C’est là que j’ai compris que ce genre de chose fonctionnait. »
Il s’est inscrit sur World Packers, une application qui permet aux voyageurs d’échanger des services contre de la nourriture et un hébergement. Après quelques missions en Grèce, il s’est envolé pour la Turquie pour son prochain travail, plongeant une nouvelle fois dans l’inconnu.
« En Turquie, je me suis lancé le défi de faire le tour du monde sans dépenser un centime », a-t-il confié. « Je m’ennuyais à rester dans des hôtels où tout était organisé pour moi. Chaque jour, je devrai décider d’où j’allais manger et dormir et de ce que j’allais faire avec zéro dollar en poche. J’ai coupé ma carte de crédit, j’ai retiré tout l’argent qui se trouvait dans mon portefeuille et je l’ai donné à une association caritative. »
Le lendemain matin, il s’est rendu dans six hôtels différents, leur proposant de réaliser des vidéos en échange d’un endroit où dormir. Tous ont refusé. Mais au septième hôtel, il a obtenu une réponse positive.
« Je leur ai donc fait une vidéo, et ils m’ont donné une chambre, le petit-déjeuner et le déjeuner. Pour le dîner, je suis allé dans un restaurant, où j’ai fait une vidéo pour 10 dollars. Le restaurant suivant m’a payé 30 dollars pour une vidéo. J’ai utilisé cet argent pour prendre des bus locaux bon marché, et parcourir toute la Turquie. »
Dooreck Aloni se trouvait dans une région montagneuse isolée de ce pays musulman lorsque le Hamas a attaqué Israël le 7 octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes et en enlevant 251 autres.
« Je ne savais pas quoi faire », a-t-il confié. « Ma famille était en Israël à ce moment-là. Ils m’ont dit de quitter immédiatement la Turquie, mais je ne pouvais pas. Pendant que j’étais coincé là-bas, je me suis fait appeler Talal, un prénom arabe, au lieu de Tal. J’ai également changé mon nom sur les réseaux sociaux, au cas où quelqu’un essaierait de m’identifier. J’étais en quelque sorte en pleine crise d’identité, incapable de dire à qui que ce soit qui j’étais vraiment. »
Parcourir le monde
Dooreck Aloni a découvert et appris sur le terrain comment utiliser les outils d’IA pour pouvoir créer des vidéos en quelques minutes seulement.
Il raconte les expériences incroyables et extraordinaires vécues au cours de son périple. Dans l’une d’elles, une rencontre fortuite avec deux femmes indiennes alors qu’il se rendait à un tournage vidéo pour une entreprise de bateaux l’a entraîné dans une aventure de quatre jours comprenant un safari à la recherche de tigres et des survols en hélicoptère. Le hasard l’a ensuite conduit à faire la connaissance de l’un des hommes les plus riches d’Inde, qui l’a accueilli chez lui et l’a invité à rester plusieurs semaines.
« Il avait la plus grande maison que j’avais jamais vue de ma vie, et pourtant j’ai grandi à Miami », s’est souvenu Dooreck Aloni. « À un moment donné, il m’a dit : ‘Tal, je vois que tu es jeune et que tu voyages, et cela me rend très heureux. Quel est ton rêve ?’ Je lui ai répondu que mon rêve était que mes parents viennent me rendre visite en Inde. Il m’a répondu : ‘Je vais réaliser ton rêve’. Je lui ai demandé pourquoi il ferait cela pour un inconnu, et il m’a répondu : ‘Parce que c’est la vie, et que tout est possible’. Il a fait venir mes parents en avion, et j’ai fini par parcourir le pays pendant deux semaines avec eux. Ça a été l’une des expériences les plus folles de ma vie. »
Cela a également, en quelque sorte, justifié son parcours un peu atypique.
« Quand j’ai dit à mes parents que je voulais voyager, ils ont d’abord refusé, en prétextant que c’était trop dangereux. Ils avaient peur que je me mette dans des situations délicates et que je rencontre des gens mal intentionnés. Je leur ai répondu : ‘Je sais qu’il y a des personnes mal intentionnés dans le monde, mais j’espère rencontrer des gens bien’. »
Une nouvelle mission
Après avoir voyagé pendant environ un an, Dooreck Aloni a mis fin à son aventure en juin 2024. Il est rentré chez lui à Miami, où une nouvelle aventure l’attendait.
« Nous étions à un dîner de Shabbat, et j’étais en train de raconter mon histoire à un homme, qui m’a dit : ‘Écoute, il existe une tribu amazonienne en Équateur que les touristes n’aperçoivent que rarement. Ce serait incroyable si tu réussissais à les rencontrer.’ Le lendemain matin, à 6 heures, j’étais dans un avion pour l’Équateur, sans plan et sans argent. »
Une série improbable de rencontres fortuites avec des employés d’hôtel et leurs amis a conduit Dooreck Aloni jusqu’à un membre d’une tribu, qui l’a emmené, dans un périple en bateau de 22 heures au cœur de la jungle, chez les Waorinis, une tribu indigène de la région amazonienne de l’Équateur.
« Il a commencé par me demander 4 000 dollars pour le voyage, mais j’ai réussi à le faire descendre à 200 dollars. J’ai passé la journée suivante à réaliser des vidéos pour huit restaurants différents afin de récolter l’argent », a expliqué Dooreck Aloni.
Cette expérience dépassait tout ce qu’il avait vu jusqu’alors.
« Je me suis retrouvé vêtu d’une simple feuille, à chasser des singes au milieu de la jungle, sans aucun moyen de communiquer », s’est-il rappelé. « Je dormais à même le sol, dehors, et nous pêchions notre nourriture avec des branches d’arbres. »
Dooreck Aloni a alors décidé d’aider les membres de la tribu. Après avoir appelé ses parents par téléphone satellite, il a organisé une collecte de fonds en ligne pour la tribu, récoltant plus de 8 000 dollars en 24 heures. Il a utilisé cet argent pour acheter deux pleins bateaux de provisions pour la tribu, dans une ville voisine.
C’est à ce moment-là que sa mission a évolué.
« J’ai réalisé que ce qui me rendait vraiment heureux, c’était d’aider les gens », a-t-il précisé. « J’ai décidé que mon défi serait non seulement de voyager sans argent, mais aussi de voyager en aidant les gens. » Il a documenté la dernière partie de son voyage sur ses pages YouTube, Instagram et TikTok.
Le jour de son 19e anniversaire, un an après le début de son périple, Dooreck Aloni se trouvait à Aspen, dans le Colorado. C’est dans un bar local qu’une jeune femme de 29 ans lui a confié son rêve : visiter Cuba.
« Je lui ai dit : ‘Je vais réaliser ton rêve, mais à une condition : nous devons aider les gens là-bas’. Nous avons récolté 3 000 dollars, des médicaments et de la nourriture. »
Aujourd’hui, Dooreck Aloni étudie le commerce et l’entrepreneuriat à l’université Reichman, à Herzliya, tout en continuant à voyager dès qu’il en a l’occasion, le temps de réfléchir à la suite de son parcours.
« Je me sens un peu perdu en ce moment, assis dans des salles de cours », a-t-il expliqué. « Je viens de passer cinq jours en Jordanie, où j’ai fait du skateboard du nord au sud du pays, et où j’ai vécu avec des Bédouins, en trayant des chameaux. C’est difficile de passer d’une vie à l’autre. »
En attendant, il souhaite partager son histoire avec le plus grand nombre de gens, et être une source d’inspiration, qui pousse les autres à oser « voir grand ».
« Je pense que c’est à la portée de tout le monde. C’est une question de mentalité », a-t-il déclaré. « Dans le Sahara occidental, j’ai rencontré deux sans-abri sourds et muets. À l’aide du langage des signes, j’ai réussi à les convaincre de faire du stop avec moi pendant quatre jours à travers le désert du Sahara. Je voulais qu’ils comprennent qu’ils n’étaient pas prisonniers de leur état. »
Malgré tout son enthousiasme, Dooreck Aloni reste conscient que ses origines génétiques et familiales l’ont aidé dans son parcours, et admet sans broncher jouir de privilèges, comme avoir été sauvé d’une situation financière désastreuse par ses parents, avoir bénéficié d’une excellente éducation et, en tant qu’homme, pouvoir se déplacer seul en toute sécurité.
« Je suis conscient d’avoir eu tous ces privilèges en tant qu’Américain blanc issu d’une famille aisée, mais j’ai tout laissé derrière moi pour repartir au même niveau que tout le monde », a-t-il fait valoir.
« J’ai été confronté à de nombreux obstacles sur mon chemin. Des milliers d’hôtels m’ont dit non. Mais j’ai toujours su que ça marcherait et que je trouverais une solution. Le plus important, c’est de croire en soi. »
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