Un Juif new-yorkais intente un procès en diffamation de 1 million $ contre Al Jazeera
Selon Abraham Hamra, la chaîne basée au Qatar a faussement rapporté qu'il avait été rémunéré par le gouvernement israélien pour visiter des sites d'aide humanitaire à Gaza
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Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

NEW YORK — La semaine dernière a eu lieu le procès en diffamation intenté par un homme juif réfugié aux États-Unis après avoir fui la Syrie à l’encontre de la chaîne d’information Al Jazeera – procès qui l’a entraîné au coeur des luttes judiciaires qui font actuellement rage à travers tous les États-Unis en réponse à la guerre en cours à Gaza et à l’antisémitisme.
Abraham Hamra, avocat spécialisé dans l’immigration et basé à New York, a, dans le cadre du procès, accusé Al Jazeera d’avoir menti en rapportant qu’il avait été payé par le gouvernement israélien pour visiter des sites d’aide humanitaire à Gaza dans le cadre d’une campagne de propagande. Hamra est un opposant déclaré à l’antisémitisme en ligne et c’est une personnalité qui se distingue dans la sphère des influenceurs pro-israéliens par sa grande maîtrise de l’arabe.
Hamra a déclaré que les accusations lancées à son encontre étaient « catégoriquement mensongère » et qu’il n’avait jamais été rémunéré par le gouvernement israélien, ni par aucune entité liée à celui-ci.
Au début du mois, Al Jazeera a publié un post sur sa page Instagram officielle en anglais, qui compte plus de 6,4 millions d’abonnés, relayant une vidéo de Hamra debout près de fournitures d’aide destinées aux Gazaouis. Le gouvernement israélien avait invité des influenceurs chargés de montrer l’acheminement de l’aide par Israël via la Fondation humanitaire de Gaza (GHF).
Sur la vidéo, un texte superposé à l’image de Hamra précisait que les influenceurs avaient été invités par le gouvernement israélien à visiter les sites d’aide humanitaire, et qu’ils auraient été « rémunérés » pour leur participation – laissant entendre qu’ils avaient reçu un paiement de l’État juif. Aucune source n’était toutefois mentionnée à l’appui de cette affirmation.
Dans le cadre de l’affaire, Hamra a expliqué avoir lui-même financé son voyage.
Al Jazeera n’avait pas contacté Hamra afin d’obtenir ses commentaires avant de publier la vidéo, une pratique courante pour les organes de presse.
Al Jazeera a donc du faire face à des accusations d’antisémitisme et de préjugés antisionistes de longue date, ainsi que de « manque de respect flagrant pour la vérité » dans ses reportages sur Israël.
La législation new-yorkaise sur la diffamation est favorable aux médias. Pour prouver l’existence de la diffamation, les plaignants doivent démontrer l’existence d’une « intention manifeste de nuire ». Dans cette optique, la publication accidentelle d’informations erronées ne constitue pas un motif de diffamation. Le procès a fait valoir que l’imprudence d’Al Jazeera, qui a publié l’article sans citer ses sources ni vérifier les faits, ainsi que ses antécédents de partialité, attestait bien d’une intention manifeste de nuire.
Selon la plainte, les informations fournies par Al Jazeera laissaient entendre que Hamra avait enfreint la loi sur l’enregistrement des agents étrangers (Foreign Agents Registration Act), un délit fédéral qui oblige les agents d’États étrangers à rendre publique leurs relations.
D’après la plainte, ces fausses allégations ont non seulement nui à la réputation professionnelle de Hamra en tant qu’avocat – en raison de l’activité criminelle sous-entendue – mais eles ont également suscité une vague de violence à son encontre sur Internet, des membres du public recherchant des informations personnelles sur Hamra dans une véritable « chasse aux sorcières » en ligne.
L’affaire a été portée devant la cour fédérale du district est de New York. Hamra réside en effet à New York et les reportages d’Al Jazeera s’adressent à la population américaine, incluant les résidents de New York. Le siège d’Al Jazeera se trouve à Doha, au Qatar. La chaîne est financée par le gouvernement qatari.
Dans cette affaire, les défendeurs sont la société Al Jazeera International, enregistrée dans le Delaware et basée à Washington, DC, ainsi que le réseau Al Jazeera Media Network.
Al Jazeera n’a pas encore répondu à notre demande de commentaires. La chaîne n’avait pas encore de représentant légal dans cette affaire.
Le procès visait à obtenir des dommages-intérêts d’au moins 1 million de dollars, ainsi qu’un procès devant un jury.
Hamra avait fui Damas avec sa famille en 1994, à l’âge de sept ans, après la levée des restrictions sur l’émigration des Juifs par le régime d’Assad en 1992. La famille avait fait partie de la dernière vague de réfugiés juifs syriens à s’installer aux États-Unis. Même s’il existe une importante communauté juive syrienne à New York, les premiers arrivants ont moins de liens avec la Syrie et ne parlent généralement pas l’arabe couramment. Depuis la chute du régime Assad, certains des nouveaux arrivants se sont aussi rendus en Syrie.
Le rabbin Avraham Hamra, un parent de Hamra, a été le dernier Grand rabbin de Syrie.
Les tribunaux américains sont actuellement le théâtre de luttes juridiques sur les questions d’Israël et de l’antisémitisme, où des militants pro- et anti-Israël intentent des poursuites contre leurs adversaires présumés. Les poursuites des pro-Israël visent des universités, des agences des Nations unies, des militants, des organisations à but non lucratif, des hommes d’affaires et des lieux de divertissement. Certaines institutions, comme l’université Columbia, font l’objet de poursuites judiciaires intentées par les deux camps.
Les procès visant des médias au sujet de leur couverture du conflit sont toutefois rares. Dans un autre exemple, au début de l’année, l’organisation à but non lucratif Palestine Chronicle a été poursuivie en justice par d’anciens prisonniers du Hamas, retenus en otages par l’un des journalistes de ce média.
Les tactiques des groupes de défense pro-israéliens ont évolué depuis l’invasion d’Israël le 7 octobre 2023. Les groupes juridiques font un usage novateur des lois, appliquant par exemple aux synagogues des mesures destinées à protéger les cliniques pratiquant l’avortement, et déployant des dispositifs de protections des droits civiques peu utilisés.
Les tribunaux américains ont également dû se pencher sur la question épineuse de la détermination de la limite entre l’activisme anti-Israël et l’antisémitisme. Au début du mois, un juge fédéral de Washington, DC a assimilé l’agression d’une personne juive brandissant un drapeau israélien à de l’antisémitisme, dans une décision qui, selon les avocats chargés de l’affaire, servira de référence pour les futurs litiges concernant les attaques anti-Israël.
la Communauté du Times of Israël !







