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Un missile Patriot serait à l’origine de l’explosion survenue à Bahreïn et imputée à l’Iran – analyse

Des vidéos provenant de sources ouvertes et des images satellites indiquent qu'un projectile de la défense aérienne US aurait probablement provoqué l'explosion du 9 mars sur l'île de Sitra, qui a fait 32 blessés, afin d'abattre un drone iranien

Illustration : Des pompiers en train d'éteindre les flammes après qu'un projectile iranien a frappé une zone industrielle, à Maameer, à Bahreïn, le 9 mars 2026. (Crédit : Ministère de l'Intérieur de Bahreïn via AP)
Illustration : Des pompiers en train d'éteindre les flammes après qu'un projectile iranien a frappé une zone industrielle, à Maameer, à Bahreïn, le 9 mars 2026. (Crédit : Ministère de l'Intérieur de Bahreïn via AP)

Selon une analyse réalisée par des chercheurs universitaires et examinée par Reuters, c’est probablement une batterie de défense aérienne Patriot gérée par les États-Unis qui a tiré le missile intercepteur à l’origine de l’explosion survenue avant l’aube, blessant des dizaines de civils et détruisant des habitations à Bahreïn, allié des États-Unis, dix jours après le début de la guerre contre le régime iranien.

Le 9 mars, Bahreïn et Washington ont tous deux imputé l’explosion à une attaque de drone iranien ; le royaume du Golfe a déclaré que 32 personnes, dont des enfants, avaient été blessées, certaines gravement. Le jour même, le Commandement central des États-Unis (CENTCOM) a commenté l’attaque sur le réseau social X, déclarant qu’un drone iranien avait frappé un quartier résidentiel à Bahreïn.

En réponse aux questions de Reuters, Bahreïn a reconnu samedi pour la première fois qu’un missile Patriot était impliqué dans l’explosion survenue au-dessus du quartier de Mahazza, sur l’île de Sitra, au large de la capitale Manama, qui abrite également une raffinerie de pétrole.

Dans un communiqué, un porte-parole du gouvernement bahreïni a déclaré que le missile avait intercepté avec succès un drone iranien en plein vol, sauvant ainsi des vies.

« Les dégâts et les blessures constatés ne résultaient pas d’un impact direct au sol, ni du missile Patriot, ni du drone iranien », a précisé le porte-parole.

Ni Bahreïn ni Washington n’ont toutefois fourni de preuves attestant qu’un drone iranien était impliqué dans l’incident de Mahazza.

Illustration : Un membre de l’armée de l’air américaine se tenant près d’une batterie de missiles Patriot, à la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, le 20 février 2020. (Crédit : Andrew Caballero-Reynolds/Pool via AP)

Le recours à des armes coûteuses et sophistiquées pour se défendre contre des attaques menées par des drones bien moins chers a été une caractéristique déterminante de cette guerre.

Cet incident met en évidence les risques et les limites de cette stratégie : l’explosion du puissant système de défense antimissile Patriot, qu’il ait intercepté ou non un drone, a causé d’importants dégâts et des pertes humaines, tandis que les défenses aériennes de Bahreïn n’ont pas pu empêcher les frappes menées cette nuit-là contre la raffinerie de pétrole voisine, qui a déclaré un cas de force majeure quelques heures plus tard.

Interrogé à ce sujet, le Pentagone a renvoyé Reuters vers le CENTCOM, qui n’a pas immédiatement répondu aux questions.

En réponse aux questions adressées à la Maison Blanche, un haut responsable américain a déclaré que les États-Unis « anéantissaient » la capacité de l’Iran à tirer ou à produire des drones et des missiles.

Illustration : Un lanceur mobile de missiles Patriot exposé à l’extérieur du poste militaire de Fort Sill, près de Lawton, en Oklahoma, le 21 mars 2023. (Crédit : Sean Murphy/AP)

« Nous continuerons à faire face à ces menaces qui pèsent sur notre pays et nos alliés », a déclaré ce responsable, ajoutant que l’armée américaine « ne cible jamais les civils ».

Le responsable n’a pas répondu aux questions spécifiques concernant l’attaque du Patriot.

Le 28 février, premier jour des frappes américaines visant l’Iran, une école pour filles a été touchée de plein fouet. Les enquêteurs du département américain de la Défense estiment que les forces américaines sont probablement responsables, comme l’a initialement rapporté Reuters, peut-être en raison de données de ciblage obsolètes, ont précédemment déclaré deux sources américaines à l’agence de presse.

Une vidéo des conséquences de l’explosion à Mahazza, à Bahreïn, et vérifiée par Reuters, montre des décombres autour des maisons, une épaisse couche de poussière dans les rues, un homme blessé et des habitants en train de crier.

Bahreïn et les États-Unis exploitent tous deux des batteries de défense aérienne Patriot sur le territoire du royaume, un proche allié des États-Unis situé dans le golfe Persique qui accueille la cinquième flotte de la marine américaine ainsi que le commandement naval régional américain.

La nuit de l’explosion à Mahazza, la raffinerie de Sitra a été la cible d’une attaque iranienne, selon la compagnie pétrolière nationale bahreïnienne Bapco. Des vidéos montrent de la fumée s’élevant de l’installation le matin du 9 mars.

Reuters n’a pas pu déterminer si la cause de l’explosion, survenue lors d’une nuit d’attaques iraniennes contre Sitra, était apparue immédiatement aux forces américaines et bahreïniennes.

Dans son communiqué, Bahreïn n’explique pas pourquoi il n’a pas mentionné l’intervention d’un Patriot à ce moment-là.

La mission de l’Iran auprès des Nations unies n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire sur l’incident.

Fabriqué par Raytheon, filiale de RTX Corp., le Patriot est le principal système d’interception d’avions et de missiles à moyenne et longue portée de l’armée américaine. Il constitue l’épine dorsale des défenses aériennes des États-Unis et de leurs alliés. Raytheon n’a pas répondu à une demande de commentaires concernant l’incident.

Le gouvernement bahreïni a refusé de préciser si le missile qui a explosé le 9 mars avait été tiré par ses propres forces ou par les États-Unis.

Analyste du Pentagone : L’origine du Patriot est « pratiquement indéniable »

Cependant, Sam Lair et Michael Duitsman, chercheurs associés, ainsi que le professeur Jeffrey Lewis, du Middlebury Institute of International Studies à Monterey, ont conclu, avec un degré de certitude modéré à élevé, que le missile suspect avait probablement été tiré depuis une batterie Patriot américaine située à environ 7 km au sud-ouest du quartier de Mahazza.

Ces conclusions, présentées ici pour la première fois, s’appuient sur l’analyse d’images provenant de sources ouvertes et d’images satellites commerciales, et ont été réalisées par trois chercheurs américains spécialisés dans les munitions et le renseignement issu de sources ouvertes.

Reuters a soumis l’analyse du Middlebury à deux experts en analyse de cibles et à un chercheur spécialisé dans les missiles du système Patriot, qui n’ont trouvé aucune raison de contester ces conclusions.

L’un d’entre eux, Wes Bryant, ancien conseiller principal en ciblages et analyste politique au Pentagone, a déclaré que les conclusions de Lair, Duitsman et Lewis étaient « pratiquement incontestables ».

Un bâtiment endommagé à la suite d’une frappe de drone dans le quartier de Seef à Manama, le 10 mars 2026. Le Golfe, riche en pétrole, a été la principale cible des attaques iraniennes en réponse aux frappes américano-israéliennes qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, Téhéran visant des cibles américaines mais aussi des infrastructures civiles, notamment des installations énergétiques et des aéroports. (Crédit : AFP)

Petit État du Golfe, Bahreïn joue un rôle crucial dans la sécurité du détroit d’Ormuz, un goulet d’étranglement par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz fossile liquéfié mondiaux. Ce détroit a été presque entièrement fermé par l’Iran, provoquant une perturbation sans précédent de l’approvisionnement mondial en pétrole.

Un élément clé de l’analyse de Middlebury était une vidéo filmée depuis un immeuble d’habitation et partagée sur les réseaux sociaux.

On y voit le Patriot suspect filer à toute allure dans le ciel nocturne, à basse altitude, en suivant une trajectoire vers le nord-est. Il a ensuite piqué vers le bas et a disparu de la vue. Un éclair au loin semblait marquer l’endroit où il avait explosé, 1,3 seconde plus tard.

Hany Farid, professeur à l’université de Californie à Berkeley et spécialiste de la criminalistique numérique, a examiné la vidéo pour Reuters afin de déterminer si elle avait été générée par intelligence artificielle. Il n’a trouvé « aucune preuve évidente que la vidéo soit un faux ».

Lair, Duitsman et Lewis ont géolocalisé la vidéo dans un quartier de Riffa, la deuxième plus grande ville de Bahreïn. Cette géolocalisation a été confirmée par Reuters. La première publication de la vidéo que Reuters a pu trouver en ligne remonte à environ 2 heures du matin, heure locale, le 9 mars.

« L’emplacement et l’orientation du site de Riffa correspondent à la trajectoire du missile Patriot suspecté », indique l’analyse.

Plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux le matin du 9 mars montrent les dégâts causés aux habitations du 602ᵉ bloc du quartier de Mahazza. Les chercheurs ont d’abord géolocalisé les images à l’aide de repères qui semblaient correspondre aux images satellites commerciales de la zone et aux adresses visibles. Reuters a vérifié cette géolocalisation de manière indépendante.

Les chercheurs ont ensuite retracé la trajectoire du missile suspect depuis le 602ᵉ bloc jusqu’à la batterie Patriot américaine située à moins d’un kilomètre de l’endroit où la vidéo du missile en vol a été enregistrée à Riffa, qu’ils ont identifiée sur la base d’images satellites commerciales.

Une telle batterie se compose d’une unité radar, d’un centre de commandement et de huit lanceurs intégrés au maximum, destinés à la détection, au suivi et à l’interception d’aéronefs et de missiles.

À l’aide d’images satellites commerciales, les chercheurs ont déterminé que cinq lanceurs étaient visibles sur le site de Riffa deux jours avant l’incident du 9 mars.

Selon les images satellites, la batterie est présente sur le site depuis au moins 2009. Les Forces de défense bahreïniennes n’ont commencé à exploiter leurs propres systèmes Patriot qu’en 2024, selon un communiqué de presse de Lockheed Martin.

Selon les chercheurs, le site de Riffa présente à la fois des caractéristiques propres aux batteries Patriot américaines de la région et différentes de celles des batteries connues exploitées par Bahreïn, comme des murs de protection, des routes non goudronnées et l’absence de bâtiments permanents. Sur la base de ces éléments, les chercheurs ont conclu que la batterie était probablement exploitée par les États-Unis, qui utilisent des Patriot pour défendre leurs sites navals à Bahreïn.

Le Patriot semble avoir explosé en plein vol, selon les chercheurs

Les chercheurs n’ont pas été en mesure de déterminer avec certitude la cause de l’explosion du Patriot. Cependant, d’après les preuves disponibles, notamment la configuration et l’étendue des dégâts au sol, il semblerait qu’il ait explosé en plein vol.

Ils ont conclu qu’il était possible que le Patriot ait été dirigé vers un drone volant à basse altitude et que l’explosion combinée du missile et du drone ait déclenché la déflagration, selon l’analyse.

« Si tel était le cas, il s’agirait d’une tentative d’interception irresponsable, car elle a mis en danger la vie et les habitations de civils alliés dans une zone résidentielle », indique l’analyse.

Ce scénario correspond à ce qu’a déclaré le porte-parole du gouvernement bahreïni : le Patriot aurait intercepté un drone iranien et les deux auraient explosé en vol.

Cependant, selon l’analyse, la direction des dégâts et l’absence de preuves tangibles de la présence d’un drone au-dessus du quartier suggèrent un autre scénario : « l’explosion était le résultat de la détonation de l’ogive et du propergol non consommé d’un missile intercepteur Patriot ».

Malgré les affirmations de Bahreïn, les chercheurs estiment qu’il est peu probable que le missile ait touché un drone. Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante la présence d’un drone iranien lors de l’incident.

L’analyse indique que les vidéos tournées après l’attaque et les photographies publiées par les autorités bahreïniennes montrent que les dégâts causés par l’explosion se concentraient le long de quatre rues de Mahazza.

Les dégâts causés par une frappe de drone, dans le quartier de Seef, à Manama, au Bahreïn, le 10 mars 2026. (Crédit : AFP)

Un journal télévisé bahreïni diffusé le 9 mars ainsi qu’un communiqué de presse du gouvernement ont montré une maison fortement endommagée, située à environ 120 mètres du centre de la zone d’explosion principale. Des photos de l’intérieur de la maison, publiées dans le communiqué, montrent des trous dans un mur causés par des éclats d’obus, selon l’analyse.

Robert Maher, un spécialiste du son qui a examiné la vidéo à la demande de Reuters, a déclaré que son analyse confirmait l’emplacement approximatif de l’explosion au-dessus des maisons endommagées.

On peut voir un éclair dans la vidéo, à environ huit secondes, mais aucune explosion n’est entendue avant la fin du clip, 19 secondes plus tard. Cela s’explique par le fait que la lumière se déplace plus vite que le son. D’après le temps qu’il faudrait au son pour atteindre la personne qui a filmé la vidéo, l’explosion devait se trouver à plus de six kilomètres. Les maisons endommagées se trouvaient à environ 7,4 km, ce qui correspond au chronométrage.

Les ratés des missiles Patriot sont rares, mais pas sans précédent

Selon l’analyse de Middlebury, l’ensemble des dégâts constatés correspond à ce à quoi on pourrait s’attendre si un missile Patriot avait explosé en plein vol au-dessus d’un carrefour routier du quartier. Des fragments du missile auraient ensuite été projetés à environ 120 mètres de là et auraient touché une autre maison, précise l’analyse.

Maher a déclaré qu’il n’avait entendu ni drone ni autre missile dans l’enregistrement audio de la vidéo, bien que leurs sons auraient été faibles ou inaudibles s’ils se trouvaient à plus de six kilomètres de l’endroit où la vidéo a été tournée.

« Je ne vois rien qui contredise mes observations tirées de l’enregistrement audio », a déclaré Maher après avoir examiné l’analyse de Middlebury.

Les responsables de la défense et de l’industrie affirment que les ratés des missiles Patriot sont rares, mais qu’ils se produisent, comme ce fut le cas en 2007, lorsqu’un missile égaré a frappé une ferme au Qatar.

Le 9 mars, dans un message publié sur X, le CENTCOM a dénoncé les reportages iraniens et russes affirmant que l’incident de Mahazza était le résultat d’un raté du Patriot, qualifiant ces informations de « MENSONGE ».

Il a déclaré qu’un drone iranien avait frappé un quartier résidentiel.

Reuters et les chercheurs de Middlebury n’ont pas pu obtenir ni examiner de preuves visuelles de fragments de missile ou de drone.

Reuters a tenté de contacter des témoins à Bahreïn, mais plusieurs d’entre eux ont refusé de s’exprimer, invoquant la crainte de représailles. Human Rights Watch a documenté des arrestations de personnes à Bahreïn pendant la guerre pour avoir publié des vidéos d’attaques sur les réseaux sociaux.

Dans la vidéo montrant le missile suspect en vol, le Patriot semble passer à côté d’une traînée de fumée beaucoup plus prononcée qui, selon les chercheurs, appartenait probablement à un premier intercepteur tiré quelques instants plus tôt.

Les Patriots sont souvent tirés par paires afin d’augmenter les chances qu’au moins l’un d’entre eux atteigne la cible. Ni les chercheurs ni Reuters n’ont pu déterminer ce qu’il était advenu du premier missile.

La trajectoire basse du deuxième missile et son écart par rapport à celle du tir précédent pourraient indiquer un éventuel problème, ont déclaré les chercheurs. Ils n’ont toutefois pas pu exclure la possibilité qu’il ait été tiré dans cette direction intentionnellement.

Le porte-parole de Bahreïn a déclaré que toute suggestion de dysfonctionnement ou de tir manqué des missiles Patriot dans ce pays était « factuellement incorrecte ».

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