Un PAC antisioniste américain soutient des candidats accusant les Juifs du 11-Septembre
Fondé par un libertarien ayant qualifié Israël de "synagogue de Satan", l’AZAPAC se distingue d’autres groupes pro-palestiniens malgré des objectifs similaires
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JTA – Un nouveau groupe politique opposé à l’AIPAC soutient des candidats anti-Israël, tous partis confondus. Certains de ceux qu’il appuie ont accusé Israël et les Juifs d’être responsables du 11-Septembre et de l’assassinat de Charlie Kirk. Son fondateur affirme que le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023 était une opération « sous faux pavillon » et il a qualifié le peuple juif de « synagogue de Satan ».
Ce groupe s’appelle l’Anti-Zionist America PAC, ou AZAPAC.
Affichant pour objectif de « dé-sioniser » le gouvernement américain et de mettre fin à l’aide militaire à Israël, l’AZAPAC se distingue des autres comités politiques récemment apparus pour faire contrepoids à l’AIPAC, le principal groupe de pression pro-Israël qui a investi des millions de dollars dans des campagnes électorales à travers le pays.
Ces organisations, parmi lesquelles American Priorities, PAL PAC et Citizens Against AIPAC Corruption, concentrent leur soutien sur une frange de progressistes pro-palestiniens proches des élus de la « Squad », l’aile gauche du Congrès. Michael Rectenwald, fondateur de l’AZAPAC et qui se présente comme libertarien, affirme suivre une autre stratégie.
« Nous ne sommes pas comme les antisionistes de gauche, qui scandent “Du fleuve à la mer” et toutes ces absurdités », a-t-il déclaré dans une interview. « Nous ne cherchons pas à dire que l’État d’Israël ne devrait pas exister. Ce n’est pas notre sujet. Notre seule préoccupation, c’est le gouvernement américain et ses décisions. »
Dans cette optique, le groupe, fondé l’été dernier, a apporté son soutien à des candidats marginaux issus de tout l’échiquier politique, des Républicains aux Démocrates, en passant par les indépendants. Les principaux critères de soutien sont l’opposition à l’aide à Israël et le refus de tout financement de groupes de pression pro-Israël, a indiqué Rectenwald.
Les dépenses de l’AZAPAC restent relativement limitées (l’organisation avait levé 111 556 dollars à la fin de l’année 2025, selon les documents déposés auprès de la Commission électorale fédérale [FEC]). Elle s’inscrit toutefois dans une dynamique plus large, marquée par la montée d’une frange anti-Israël au sein du Parti républicain et par la diffusion croissante de discours complotistes dans l’opinion publique américaine.
Certains candidats soutenus par le groupe ont relayé des théories du complot visant les Juifs. Plusieurs d’entre eux ont affirmé que les Juifs étaient responsables des attentats du 11 septembre et qu’Israël était à l’origine de l’assassinat de Charlie Kirk.
De son côté, Rectenwald s’est appuyé sur les réseaux sociaux – il a notamment tenté de se rapprocher de Nick Fuentes, figure ouvertement antisémite – pour accroître la visibilité du groupe, reprenant lui-même des clichés antisémites sur les Juifs et Israël.
« Ne mourez pas pour ‘Israël’. Ne mourez pas pour la Syn@gogue de S@t@n », a-t-il écrit dans un message publié en mars au sujet de la guerre en Iran, depuis supprimé.
Dans une autre publication sur X, il affirmait que « la synagogue de Satan désigne ceux qui sont génétiquement juifs, mais qui ont rejeté le Christ et qui ont ainsi perdu tout droit à la Jérusalem céleste ».
Il a également écrit que le pogrom meurtrier perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023 était une attaque orchestrée pour en faire porter la responsabilité à un autre acteur, à l’instar, selon lui, du 11 septembre.
Dans la vidéo de lancement du groupe, Rectenwald, en tant que narrateur, décrit les responsables politiques pro-Israël comme des « marionnettes », dont « les ficelles sont tirées par des donateurs fidèles à l’État-nation moderne d’Israël ».
Selon lui, le problème réside dans l’influence exercée par le lobby pro-Israël sur les responsables politiques américains. « Tous les sionistes au sein du gouvernement américain devraient être jugés pour trahison », a-t-il écrit, affirmant dans une réponse que ces responsables seraient davantage loyaux envers Israël qu’envers les États-Unis.
Ses propos sur une supposée influence juive ne se limitent pas au contexte américain.
« Quand on étudie l’Angleterre à partir de Cromwell, on comprend que ce n’était pas l’empire britannique qu’il fallait suivre, mais l’empire juif », écrivait-il déjà l’an dernier. « Ce n’est pas de l’antisémitisme. C’est simplement de l’histoire. »
Rectenwald a reconnu que l’AZAPAC faisait l’objet d’accusations d’antisémitisme.
« De temps à autre, quelqu’un nous accuse d’antisémitisme, ‘C’est le manuel d’Hitler’, ou quelque chose du genre », a-t-il déclaré. « Nous répondons simplement que cela n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Nous avons des soutiens juifs. Si Max Blumenthal [un journaliste qui écrit des articles critiques sur Israël] voulait rejoindre notre conseil d’administration, nous l’accueillerions à bras ouverts. Il n’y a donc aucune discrimination. »
L’opposition à l’AIPAC et à l’aide américaine à Israël est devenue une position de plus en plus répandue parmi les démocrates. La plupart des candidats soutenus par l’AZAPAC sont toutefois des républicains, qui se présentent sur des plateformes « America First » face à des élus sortants pro-Israël appuyés par l’AIPAC, comme les représentants Randy Fine et Keith Self, que le groupe qualifie « d’Israel-first ».
Ces candidats s’inscrivent dans un courant anti-Israël en pleine expansion au sein du Parti républicain, aux côtés de figures comme Tucker Carlson et Nick Fuentes, qui contestent l’alliance de Donald Trump avec Israël et sont perçus par certains responsables républicains comme une menace pour l’avenir du parti. À l’instar de Carlson et Fuentes, plusieurs de ces candidats reprennent des théories du complot visant les Juifs.
Mike Wilnau, candidat républicain au Congrès en Floride, a reçu le soutien du candidat républicain au poste de gouverneur James Fishback, en plus de celui de l’AZAPAC. Opposé à la guerre en Iran, Wilnau a affirmé « qu’Israël a tué Charlie Kirk pour déclencher une guerre avec l’Iran », ajoutant sur X : « N’oubliez pas : le messie juif est l’antéchrist chrétien. »
Wilnau n’est pas le seul candidat soutenu par l’AZAPAC à relayer des théories du complot concernant Charlie Kirk.
Ainsi, Michael Faris, qui brigue le siège de Mitch McConnell au Sénat dans le Kentucky avec le soutien de l’AZAPAC, a publié sur X un sondage demandant à ses followers si « Charlie Kirk a été assassiné en raison de ses prises de position sur les donateurs milliardaires juifs ? ». Parmi les 299 votants, 79 % ont répondu par l’affirmative.
En février, Faris a republié une vidéo générée par intelligence artificielle mettant en scène une théorie du complot selon laquelle un magnat juif de l’immobilier aurait orchestré les attentats du 11 septembre. Il a par ailleurs écrit que, « jusqu’à il y a environ 18 mois, je n’avais jamais entendu le mot sioniste », ajoutant qu’il était temps de « se réveiller ». En réaction à une publicité diffusée lors du Super Bowl par le milliardaire Robert Kraft sur l’antisémitisme, Faris avait déclaré qu’il ne participerait pas à la campagne du « carré bleu ». « Merci quand même. C’est une fausse crise, fabriquée de toutes pièces », a-t-il écrit.
Jusqu’à présent, dans ce cycle électoral de mi-mandat, l’AZAPAC n’a soutenu aucun candidat victorieux.
Mark Newgent, soutenu par le groupe, a perdu la primaire républicaine du Texas début mars face à Keith Self, avec 80,2 % des voix contre 19,8 %. Newgent avait à plusieurs reprises exhorté Self à soutenir la publication des dossiers Epstein plutôt que de « continuer à protéger des pédophiles pour le compte de l’AIPAC ».
Zeeshan Hafeez, un démocrate soutenu par l’AZAPAC, est arrivé en quatrième position lors des primaires de la 33e circonscription du Texas, avec 8,5 % des voix. Colin Allred l’a emporté avec 44 %.
Cynthia McKinney, ancienne élue démocrate candidate sous l’étiquette du Parti vert en Géorgie, aurait également été soutenue par l’AZAPAC si elle n’avait pas suspendu sa campagne, faute de fonds suffisants pour s’acquitter des frais d’inscription dans cet État. « On nous a demandé de fournir les fonds, mais le délai était trop court », a écrit Rectenwald dans un email.
En 2021, McKinney avait publié sur Twitter que « les sionistes étaient responsables » du 11 septembre, et elle a mis sur son site web une citation élogieuse de Louis Farrakhan, le leader de la Nation of Islam connu pour son antisémitisme. Elle est désormais candidate au poste de gouverneur de Géorgie.
Le groupe a également soutenu les républicains Tyler Dykes, arrêté pour avoir agressé des forces de l’ordre lors de l’attaque du Capitole le 6 janvier, et Nick Hankins, dont les positions incluent l’interdiction « d’immigrer pour les adeptes de l’islam » car « l’islam n’est pas compatible avec la Constitution ou les valeurs américaines ».
Casey Putsch, candidat au poste de gouverneur de l’Ohio, avait initialement reçu le soutien de l’AZAPAC, avant que celui-ci ne soit retiré sans explication de son site internet. Putsch a été accusé de faire des références implicites au nazisme après avoir annoncé un futur « rassemblement dans une brasserie », une formulation qui, associée à son nom, évoquait le « putsch de la brasserie », tentative de coup d’État menée par Adolf Hitler en 1923. Il avait également publié une vidéo dans laquelle il demandait à un outil d’intelligence artificielle de citer les « qualités positives » d’Hitler. L’AZAPAC n’a fourni aucune explication sur le retrait de son soutien, renvoyant les questions à l’équipe de campagne de Putsch, qui n’a pas répondu.
Rectenwald, qui est catholique, dit avoir grandi dans un quartier majoritairement allemand et italien de Pittsburgh. Il prétend « qu’avant d’être adulte, il ne savait pas ce qu’était un Juif ». Il vit désormais à proximité d’un quartier majoritairement juif de la ville et affirme que ses enfants ont plusieurs amis juifs à l’école.
S’il nie diffuser des propos antisémites, Rectenwald ne s’est pas non plus montré enclin à les condamner en ligne. Leo Terrell, responsable du groupe de travail sur l’antisémitisme au ministère américain de la Justice et très actif sur X, avait écrit l’an dernier : « Nous éliminerons l’antisémitisme !! »
Rectenwald avait répondu que « l’antisémitisme relève de la liberté d’expression. »
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