Un roman post-7 octobre en hébreu explore la résilience intemporelle des femmes
Ayala Deckel raconte les difficultés et les triomphes d'une pionnière et activiste du mouvement des kibboutzim, Hayuta Busel, à travers le regard d'une enseignante d'aujourd'hui
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Alors qu’elle somnolait lors d’une conférence consacrée aux halutzim – les premiers immigrants juifs qui étaient arrivés dans la Palestine sous mandat britannique – la présidente de la yeshiva laïque BINA Ayala Deckel était soudainement sortie de son assoupissement quand elle avait entendu l’histoire d’une naissance douloureuse, sans aucune aide médicale – un accouchement raconté directement par la mère de l’enfant – au sein du kibboutz Degania, alors que la communauté venait tout juste d’être établie.
Un récit bouleversant qui avait amené Deckel à se plonger en profondeur dans la vie de Hayuta Busel — une personnalité novatrice du mouvement du travail féminin (et féministe) en Israël, une pionnière qui est finalement devenue un personnage central de son dernier roman de fiction en hébreu, « Les scintillements de la nuit ». L’ouvrage conserve toutefois une portée historique à travers les journaux intimes que Busel tenait méticuleusement.
Des journaux qui sont encore aujourd’hui restés intacts dans les archives du kibboutz Degania, même si cette figure du mouvement pionnier a souvent été laissée de côté. Le livre de Deckel donne un nouvel aperçu de Busel et de la manière dont elle avait su s’adapter aux exigences physiques éprouvantes de la vie de pionnier, alors qu’elle était également en proie à des combats personnels profonds et difficiles.
« Les scintillements de la nuit » entremêlent les vies de deux femmes appartenant à des générations différentes. Busel, qui avait aidé à fonder le kibboutz Degania sur la rive Sud du Lac de Tibériade, doit relever un défi : celui de se trouver un rôle dans le socialisme sioniste qui était alors placé sous la coupe des hommes. Des décennies plus tard, Yaara (un personnage de fiction créé par Deckel), qui est une jeune enseignante, s’embarque dans un voyage au rythme des journaux intimes de Busel, un voyage qui lui permettra de se découvrir elle-même.
« Quand nous rapportons le narratif des pionniers, ce n’est jamais celui des femmes, on n’évoque jamais le fait qu’elles ont accouché ici, qu’elles ont perdu certains de leurs enfants », explique Deckel au Times of Israel. « Habituellement, ces histoires de pionniers racontent le travail entrepris dans les champs par les hommes, mais jamais ce que les femmes ont pu faire ».
Et Busel avait pourtant fait beaucoup de choses. Née Hayuta Gavsu en 1890, elle avait quitté sa ville natale de Lyakhavichy, qui était située dans ce qui est aujourd’hui la Biélorussie, pour la Palestine sous mandat britannique en compagnie de son partenaire, Joseph Busel, l’homme qui devait devenir son mari. Elle avait alors 18 ans. Au cours des premières années qui avaient suivi son arrivée, elle avait été témoin de nombreux déchirements, de nombreuses souffrances, de la maladie. Après son mariage avec Joseph, Busel avait vécu un accouchement atroce alors qu’elle donnait naissance à sa fille et, quelques mois après, son époux était décédé. Mais Busel n’avait pas faibli – et elle devait prendre encore la défense des droits des femmes dans les années qui avaient précédé sa mort.
La mère du principal personnage de fiction du livre, Yaara, est atteinte d’un cancer qui en est déjà à un stade avancé – ce qui amène Yaara à entreprendre un voyage dont l’objectif est de trouver l’identité de son père, sorti de sa vie depuis longtemps. Découvrant par hasard les journaux intimes de Busel, elle réalise que la clé qui lui permettra de retrouver ce père pourrait bien se trouver dans l’histoire des premières années du kibboutz Degania et de sa population d’immigrants Juifs yéménites.
Les deux femmes, dans ce roman, se découvrent elles-mêmes en traversant le trauma, le deuil et la solitude – un phénomène que Dekel ne comprend que trop bien.
Deckel a entrepris son propre voyage à la recherche d’elle-même quand elle était jeune. Elle avait grandi dans un foyer religieux et elle avait finalement décidé d’opter pour un mode de vie laïc, tout en enseignant et en apprenant le Talmud à un titre professionnel. Elle a à nouveau connu la solitude quand son mari a été mobilisé dans le cadre de la réserve militaire, le 7 octobre, pendant le pogrom qui a été commis par les hommes armés du Hamas – elle raconte avoir été dans l’incapacité totale d’entrer en contact avec lui pendant de longues périodes alors qu’il se trouvait à Gaza.
Et alors qu’elle lisait avec passion ses journaux intimes, Deckel avait découvert qu’elle avait beaucoup de points en commun avec Busel, notamment l’attachement à la nation et aux traditions culturelles juives – sans intérêt particulier porté aux lois religieuses.
« Je travaille beaucoup avec l’histoire juive. Je ne suis pas un rabbin orthodoxe qui peut revendiquer une crédibilité au titre de la Halakha. Mais j’ai toute une histoire juive derrière moi », explique Deckel. « Nous, Juifs et Israéliens qui ne sommes pas religieux – notre histoire est plus courte. Nous avons besoin… d’un récit qui nous donnera de la force, même si nous ne nous conformons pas à la loi juive. »
Deckel a écrit une grande partie de son ouvrage au cours des premiers mois de la guerre opposant Israël au Hamas. Elle s’est terrée dans son habitation de Modiin, toujours aux abords de sa pièce blindée, toujours prête à y faire entrer ses enfants si le Hamas devait procéder à des tirs de roquette. Elle a suivi avec vigilance l’application du Commandement du Front intérieur et espéré recevoir un message de son mari sur WhatsApp. Et, comme Yaara, elle a trouvé une amie digne de confiance et une source de réconfort chez Busel.
Écrire le livre, dit-elle, a été comme permettre à de petits rayons de soleil de traverser l’obscurité – ces scintillements de la nuit. Deckel a ressenti une connexion avec Busel qui, elle aussi, utilisait l’écriture pour illuminer les ténèbres qu’elle avait pu traverser au cours de son existence.
« La vie est dure… Et on ne peut pas se contenter d’abandonner… On a aussi la possibilité de regarder la réalité bien en face et de faire ce qu’on doit faire », dit Deckel. « Busel regardait la réalité en face, aussi difficile soit-elle, et elle ne renonçait pas ».
Le roman se termine par une citation extraite de « Resisei Layla », un livre de la fin du 19e siècle écrit par le rabbin hassidique Zadok HaKohen – un livre qui a aussi été à l’origine du titre de l’ouvrage. « Dans ce monde », déclare Deckel, « l’Homme a besoin de compagnie… ‘Le monde tout entier n’a été créé que pour L’accompagner’. Nous pouvons comprendre, à partir de cette phrase, qu’Il a besoin de la compagnie ses créations. »
« Le rabbin Zadok HaKohen affirme qu’une personne a besoin des autres », déclare Dackel. « Et même Dieu a besoin de nous en tant qu’êtres humains pour ne pas être seul et c’est la raison pour laquelle Il nous a créés. Et j’ai le sentiment, d’une certaine manière, que j’ai créé le personnage romancé de Hayuta et celui de Yaara pour ne pas être seule », ajoute-t-elle.
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