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Une élue de l’opposition dit que Ben Gvir l’a accostée et agressée verbalement à la Knesset

Traitée de "folle et d'idiote", Pnina Tamano-Shata va porter plainte pour manquement à l'éthique et peut-être même auprès des services de police et de justice

De gauche à droite : Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d'une réunion de la commission de la sécurité nationale à la Knesset, le 3 novembre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90) ; La députée Pnina Tamano-Shata donne une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 29 juillet 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)
De gauche à droite : Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lors d'une réunion de la commission de la sécurité nationale à la Knesset, le 3 novembre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90) ; La députée Pnina Tamano-Shata donne une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 29 juillet 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

La députée du parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti, Pnina Tamano-Shata, envisage de porter plainte contre le ministre de la Sécurité intérieure, le politicien d’extrême droite Itamar Ben Gvir, qu’elle accuse de s’être approché d’elle, de l’avoir accostée et traitée de « folle et d’idiote », lundi soir à la Knesset.

Tamano-Shata a déclaré au Times of Israel mardi que l’incident s’était produit après qu’elle avait confronté le ministre d’extrême droite à l’arrière de la salle plénière de la Knesset au sujet des récentes arrestations de deux enfants d’origine éthiopienne.

« Il s’est immédiatement mis à me dire : ‘Va-t’en, espèce d’idiote, espèce de débile, qu’est-ce que c’est que ça ?’ Puis il s’est approché de moi et m’a touché le visage avec son nez. Je lui ai dit : ‘Éloigne-toi, va-t’en, éloigne-toi.’ Il m’a alors répondu : ‘Toute la communauté éthiopienne te déteste.’ C’était complètement fou. C’est un vrai tyran, un vrai tyran », a-t-elle déclaré.

Elle a dit qu’elle allait porter plainte auprès du comité d’éthique et peut-être aussi auprès de la police.

Bien qu’il n’ait pas été filmé, l’incident a eu des témoins parmi les députés, Alon Schuster, un autre député du parti Kakhol lavan-HaMahane HaMamlahti, tweetant que de telles « intimidations » étaient « ce à quoi cela ressemblait lorsque des extrémistes prenaient le contrôle du discours ».

L’incident a également été condamné par le président du parti, Benny Gantz, qui a déclaré qu’un tel comportement était inacceptable et incompatible avec l’orthodoxe religieuse de Ben Gvir.

Cette dernière semaine, Tamano-Shata est montée au créneau en faveur de deux garçons de 12 ans d’origine éthiopienne qui ont été arrêtés devant leur école, à Jérusalem, dimanche dernier, dans le cadre de jets de pierres ayant eu lieu à Yom Kippour.

Selon les médias israéliens, les garçons ont été détenus pendant des heures sans nourriture et la police a mis des heures avant d’informer l’un des parents du garçon, ce à quoi Ben Gvir a réagi en donnant ordre au chef de la police, Daniel Levy, d’enquêter sur la question.

La députée Pnina Tamano-Shata donne une conférence de presse à la Knesset, à Jérusalem, le 29 juillet 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Tamano-Shata assure malgré tout que le problème ne s’est pas réglé rapidement, ce qui a « traumatisé » les jeunes concernés.

Depuis la tribune de la Knesset, suite à la confrontation présumée, Ben Gvir a accusé Tamano-Shata de « profiter » de l’un de ces deux jeunes détenus pour tenter de marquer des points en politique, en le faisant venir à la Knesset sans lui donner à manger et tout en disant à tout le monde qu’il avait désormais un casier judiciaire.

« Elle est restée avec lui pendant quatre heures, a profité de lui – et ne lui a même pas donné un morceau de pain », a-t-il déclaré en ajoutant qu’il avait pris sur lui de nourrir l’enfant lundi dernier, lorsque Tamano-Shata l’avait amené, lui et sa mère, à la Commission de la sécurité nationale de la Knesset.

Tamano-Shata a été écartée de la commission après avoir confronté Ben Gvir à ce sujet, déclarant que la police « faisait du mal aux enfants israéliens éthiopiens chaque jour », comme en témoignent selon elle les 30 000 affaires ouvertes contre des membres de cette communauté depuis 2019.

Elle a ensuite accusé Ben Gvir d’avoir refusé de l’écouter, elle ou même la mère du jeune garçon.

En montant à la tribune après Ben Gvir, lundi, Tamano-Shata était au bord des larmes en évoquant les agissements du ministre envers elle et les difficultés qu’il y a à « représenter une communauté quotidiennement victime du racisme ».

Des Israéliens d’origine éthiopienne manifestent devant la Knesset, à Jérusalem, le 15 juillet 2019, après la libération d’un policier qui a abattu un jeune homme d’origine éthiopienne à Haïfa le 30 juin. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

La communauté éthiopienne reproche depuis longtemps aux autorités de discriminations juridiques.

En 2019, la communauté a organisé d’importantes manifestations suite à la mort d’un membre de la communauté abattu par un policier en-dehors de son temps de service.

En 2015, une grande manifestation de soutien à la communauté éthiopienne et contre les brutalités policières et le racisme avait donné lieu à des violences de grande ampleur sur la place Rabin, à Tel Aviv.

S’adressant au Times of Israel en 2020, Aweke « Kobi » Zena, à l’époque coordinateur de l’Unité nationale antiraciste du ministère de la Justice, avait déclaré que malgré des améliorations, ces dernières années, la police n’en faisait pas assez pour lutter contre un racisme endémique.

Selon un rapport publié en 2022 par l’Association des Juifs éthiopiens, le taux d’interpellation des Éthiopiens pour des crimes est deux fois plus élevé que dans le reste de la société israélienne.

« J’ai vraiment craqué à cause de son comportement, j’ai pleuré », a confié Tamano-Shata au Times of Israel mardi.

« Je vais porter plainte devant le comité d’éthique, mais pas seulement. J’envisage également de porter plainte à la police parce qu’il m’a touchée, ce qu’il n’a pas le droit de faire. J’envisage aussi de le poursuivre en justice pour diffamation [parce qu’]il a prétendu que j’avais affamé cet enfant. »

Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir (à gauche), avec le député Zvika Fogel lors d’une réunion de la commission de la sécurité nationale à la Knesset, le 3 novembre 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

Interrogé au sujet de cet incident, le porte-parole de Ben Gvir a fait la déclaration suivante :

« La députée Pnina Tamano-Shata a exploité un enfant de la communauté éthiopienne, l’a exposé aux caméras et a dit à tout le monde qu’il avait un casier judiciaire, ce qui avait ruiné sa vie. Elle a passé quatre heures à arpenter la Knesset avec lui, alors qu’il avait faim, sans jamais s’en occuper. Le ministre a emmené l’enfant dans son bureau, lui a donné à manger et à boire, et a contacté le chef de la police pour savoir comment ils pouvaient l’aider. Tamano-Shata doit comprendre qu’il y a des choses qui ne se font pas, même pour des likes. »

Le porte-parole n’a pas répondu à la question de suivi concernant l’intention de Tamano-Shata de porter plainte pour manquement à l’éthique.

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