Une étude israélienne relie un trouble thyroïdien non traité pendant la grossesse à l’autisme
Basée sur le suivi de 51 000 femmes enceintes, l’étude montre que le risque de TSA n’augmente pas lorsque le déséquilibre thyroïdien est correctement traité
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Des scientifiques israéliens ont constaté que les femmes présentant un déséquilibre hormonal thyroïdien persistant pendant la grossesse couraient un risque accru d’avoir des enfants atteints de troubles du spectre autistique (TSA).
Cette nouvelle étude, évaluée par des pairs, a suivi les niveaux thyroïdiens de plus de 51 000 femmes enceintes.
« Les femmes souffrant d’une affection thyroïdienne chronique non traitée, dont l’état s’aggravait pendant la grossesse, présentaient un risque plus élevé d’avoir des enfants autistes que celles ayant reçu un traitement approprié », a expliqué par téléphone le professeur Idan Menashe, auteur principal de l’étude et chercheur à l’université Ben Gurion du Neguev.
Cependant, les scientifiques ont constaté que lorsque le dysfonctionnement thyroïdien chronique d’une femme enceinte était « correctement traité », il n’y avait aucun lien avec un risque accru d’autisme chez son enfant, a déclaré Menashe, qui est chef du département d’épidémiologie, de biostatistique et de sciences de la santé communautaire de l’université Ben Gurion, et directeur scientifique du Centre national Azrieli pour la recherche sur l’autisme et le développement neurologique.
L’étude a été menée en collaboration avec Leena Elbedour, également chercheuse à l’université Ben Gurion, May Weinberg de l’hôpital Meir et de l’université de Tel Aviv, Analya Michaelovski de l’hôpital universitaire Soroka, ainsi que le professeur Gal Meiri, affilié à l’hôpital Soroka et à l’université Ben Gourion. Elle a récemment été publiée dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism.
Le rôle clé des hormones thyroïdiennes
Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle central dans le développement du cerveau. La thyroïde est une petite glande en forme de papillon située à l’avant du cou. Ses hormones régulent le métabolisme, c’est-à-dire la manière dont l’organisme utilise l’énergie, et interviennent également dans des fonctions essentielles comme le rythme cardiaque et le contrôle musculaire.
Les hormones thyroïdiennes favorisent en outre la production de myéline, une gaine isolante et graisseuse qui entoure les fibres nerveuses et permet une transmission plus rapide des signaux électriques entre le cerveau et le reste du corps.
Pendant la grossesse, les hormones thyroïdiennes maternelles sont essentielles au développement neurologique du fœtus. Plusieurs études ont déjà établi un lien entre un déséquilibre thyroïdien chez la mère et un développement neurologique atypique chez l’enfant.
Lorsque la thyroïde produit une quantité adéquate d’hormones, la fonction est considérée comme normale.
En cas de taux trop bas chez une femme enceinte, les médecins prescrivent généralement une hormone de substitution, sûre et largement utilisée, afin de compenser le déficit.
Les enfants autistes peuvent présenter un retard ou une absence de langage, des difficultés d’interaction sociale, des troubles moteurs et des comportements répétitifs, avec un spectre de gravité variable.
À l’échelle mondiale, les diagnostics de TSA sont en augmentation, y compris en Israël. Une étude israélienne récente a révélé que le nombre de cas avait quadruplé entre 2017 et 2021 chez les enfants de deux et trois ans, et doublé chez les enfants plus âgés.
Déséquilibre thyroïdien pendant la grossesse
Les chercheurs ont étudié le lien entre les niveaux hormonaux thyroïdiens tout au long de la grossesse et le développement ultérieur de l’enfant. Contrairement à de nombreuses études antérieures, qui se limitaient à une seule mesure hormonale en début de grossesse, celle-ci a suivi les variations sur l’ensemble de la période.
Les travaux de Menashe, menés à l’hôpital Soroka, ont analysé plus de 51 000 naissances entre janvier 2011 et décembre 2017, dans le cadre d’une étude de cohorte rétrospective, avec un suivi jusqu’en janvier 2021.
À partir des analyses sanguines et des dossiers médicaux, les mères ont été réparties en quatre groupes : celles sans trouble thyroïdien, celles souffrant d’une affection thyroïdienne chronique, mais équilibrée pendant la grossesse, celles présentant un déséquilibre uniquement pendant la grossesse, et celles qui souffraient à la fois d’une affection thyroïdienne chronique et d’un déséquilibre pendant la grossesse.
Cela a permis aux chercheurs de comparer les taux thyroïdiens des femmes pendant la grossesse.
« Ce qui m’a surpris, c’est que seul le dernier groupe, celui des femmes qui souffraient à la fois d’une affection thyroïdienne chronique et d’un déséquilibre pendant la grossesse, présentait un risque d’avoir un enfant autiste », a déclaré Menashe.
Les chercheurs ont également observé que plus la durée du dysfonctionnement thyroïdien était longue au fil des trimestres, plus le risque augmentait.
« Nous ne connaissons pas encore la cause précise », a-t-il reconnu. « Mais nous savons qu’il existe un lien entre les deux. »
La Dre Dorit Shmueli, spécialiste en neurologie et en développement de l’enfant et coordinatrice du développement de l’enfant au sein de la caisse d’assurance de Clalit, a déclaré au Times of Israel que les recherches sur la sécurité et l’importance du traitement de l’hypothyroïdie pendant la grossesse étaient « essentielles ».
« Une fonction thyroïdienne maternelle optimale joue un rôle clé dans le développement sain du cerveau du fœtus », a-t-elle déclaré au Times of Israel. « Comprendre comment la gérer au mieux peut influencer directement les résultats développementaux observés chez les enfants, en particulier en ce qui concerne les TSA », a déclaré la Dr Shmueli, qui n’a pas participé à l’étude.
« Les conclusions issues des recherches du professeur Idan Menashe, fondées sur des données probantes, sont essentielles pour éclairer les recommandations cliniques et améliorer le bien-être à long terme des populations que nous suivons. »
Les chercheurs estiment qu’il existe « un mécanisme par lequel le déséquilibre des hormones thyroïdiennes maternelles affecte le développement neurologique du fœtus », a expliqué Menashe. « À terme, ce développement neurologique atypique peut se traduire par l’autisme chez l’enfant. »
Conformément aux directives internationales, l’Association médicale israélienne recommande une surveillance des niveaux thyroïdiens chez les femmes enceintes déjà traitées pour un trouble thyroïdien. En revanche, elle ne préconise pas de dépistage universel, faute de preuves montrant clairement que le traitement des déséquilibres légers améliore les issues de la grossesse ou le développement neurologique.
Interrogé sur un éventuel changement de politique du ministère de la Santé concernant le dépistage thyroïdien de routine, Menashe a déclaré : « Je ne pense pas que les médecins modifient leurs protocoles sur la base d’une seule étude. »
Le ministère de la Santé n’a pas répondu aux sollicitations à ce sujet.
Selon Menashe, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour « étudier précisément ces mécanismes dans des modèles animaux, au niveau moléculaire, et tester spécifiquement ces hypothèses ».
D’ici là, a-t-il conclu, les résultats « soulignent l’importance d’une surveillance systématique et d’un ajustement rapide du traitement afin de maintenir des taux normaux d’hormones thyroïdiennes tout au long de la grossesse ».
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