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Une fosse commune de nourrissons vieille de 2 500 ans lève le voile sur le mystère des sépultures de bébés à l’époque biblique

Selon une récente étude, des archéologues ont découvert les restes de dizaines d'enfants de moins de deux ans déposés dans un réservoir d'eau d'une ville de l'ancienne Judée

Des archéologues de l’Université de Tel-Aviv ont découvert une fosse commune pour nourrissons vieille de 2500 ans à Tel-Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, dans le cadre d’une découverte révélée par une étude publiée dans la revue Palestine Exploration Quarterly en mars 2026. Sur la photo, on voit une section de la couche archéologique incluant les sépultures. (Expédition Lautenschläger Azekah)
Des archéologues de l’Université de Tel-Aviv ont découvert une fosse commune pour nourrissons vieille de 2500 ans à Tel-Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, dans le cadre d’une découverte révélée par une étude publiée dans la revue Palestine Exploration Quarterly en mars 2026. Sur la photo, on voit une section de la couche archéologique incluant les sépultures. (Expédition Lautenschläger Azekah)

Tout s’est passé comme dans un film d’horreur : des archéologues en train de fouiller un ancien site biblique mettent à jour un gisement d’ossements humains enfoui à deux mètres de profondeur. Intrigués par leur petite taille, ils comprennent vite qu’il s’agit d’un charnier d’enfants. C’est à ce moment-là que la musique sinistre se fait entendre.

Le professeur Oded Lipschits de l’université de Tel Aviv et son équipe mènent des fouilles sur l’ancien site de Tel Azekah depuis environ deux ans lorsqu’en 2013, ils tombent sur l’ancien réservoir d’eau.

Aux niveaux plus profonds et plus anciens, les archéologues découvrent ce à quoi on s’attend dans de telles structures : des récipients en céramique utilisés pour puiser l’eau. Mais plus près de la surface, ils tombent avec stupéfaction sur des centaines de petits ossements humains.

« Nous avons fouillé très soigneusement et très lentement, nous avons ramassé chaque fragment d’os et chaque objet, nous avons documenté chaque centimètre carré de la zone, sans vraiment comprendre ce que nous avions trouvé », explique Lipschits au Times of Israel par téléphone. « Il m’a fallu plusieurs années pour trouver le courage d’étudier cette découverte. »

Situé dans la Shéphéla (la plaine de Judée), à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, Tel Azekah recèle de riches vestiges qui témoignent de son occupation depuis des milliers d’années, remontant au début de l’âge du bronze, il y a de cela près de 3 500 ans. Il est également mentionné dans la Bible comme le lieu de la célèbre bataille entre David et le géant philistin Goliath (1 Samuel 17:1).

Ayant de nombreuses découvertes bien moins macabres à étudier, les chercheurs ne sont revenus examiner ce gisement d’ossements qu’en 2020. Après plusieurs années, le charnier a été révélé au public pour la première fois dans une étude publiée dans la revue Palestine Exploration Quarterly.

D’après les conclusions de cette étude, les auteurs annoncent avoir recensé entre 68 et 89 individus, dont 90 % avaient moins de cinq ans et 70 % moins de deux ans. Les corps ont été déposés sur une centaine d’années, entre le VIe et le Ve siècle avant notre ère, au début de la période perse, lorsque Tel Azekah était une ville de Judée.

Le site de Tel Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem. (Emil Aladjem/Autorité israélienne des antiquités)

Selon Lipschits, ce charnier de nourrissons, le premier du genre découvert en Israël, apporte un éclairage sans précédent sur les pratiques funéraires autour des jeunes enfants qui, compte tenu de leur âge et du taux de mortalité élevé, n’étaient peut-être pas considérés comme méritant une sépulture individuelle.

« [Les archéologues] qui ont fouillé des cimetières de l’âge du fer [1200-586 avant notre ère] et de la période perse [586-333 avant notre ère] n’ont généralement pas trouvé de bébés », explique Lipschits. « Aujourd’hui, nous avons peut-être trouvé pourquoi. »

Un siècle d’inhumations de bébés

Hila May, experte en anatomie et anthropologie à l’Université de Tel Aviv qui a participé à la recherche et co-rédigé l’article, a déclaré n’avoir jamais vu un tel amas de corps.

« Nous avons estimé le nombre d’individus et leur âge en comptant les os et en en mesurant la taille », explique-t-elle au Times of Israel par téléphone.

Des archéologues de l’université de Tel Aviv ont découvert un charnier de nourrissons vieux de 2 500 ans à Tel Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, une découverte révélée dans une étude publiée en mars 2026 dans la revue Palestine Exploration Quarterly. Sur l’image, on voit les puits d’accès et l’escalier de la citerne contenant les sépultures. (Expédition Lautenschläger à Azekah)

On suppose que les corps ont été déposés (voire jetés) dans la citerne intacts et que les os se sont ensuite plus ou moins désolidarisés du squelette.

Selon May, il est normal que les os se désarticulent, même dans des tombes mieux organisées, en particulier chez les jeunes enfants, dont les squelettes contiennent plus de cartilage et ont donc tendance à se désarticuler plus facilement.

Interrogée sur la cause du décès de ces enfants, May répond que rien, dans ce qui a été trouvé, ne permet de l’établir.

« En présence d’un charnier, il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer que l’on ait mis un grand nombre d’individus dans une même sépulture », poursuit-elle.

« Il se pourrait qu’une maladie ait tué beaucoup de personnes en même temps : cela ne se verra pas au niveau des os », ajoute-t-elle.

« Cependant, ici, je doute qu’il s’agisse d’une maladie, car d’après les travaux archéologiques, nous savons que cette fosse a été utilisée pendant un siècle, ce qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’une maladie qui aurait fait un grand nombre de morts en même temps. »

Des archéologues de l’université de Tel Aviv ont découvert un charnier de nourrissons datant de 2 500 ans à Tel Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, une découverte révélée dans une étude publiée dans la revue Palestine Exploration Quarterly en mars 2026. Sur l’image, on voit les restes d’un individu enterré à cet endroit. (The Lautenschläger Azekah Expedition)

May explique qu’il est peu probable que les enfants aient connu une mort violente ou aient été victimes d’un massacre, car cela se serait sans doute vu sur certains os.

Selon Lipschits et May, l’explication la plus probable réside dans le taux de mortalité élevé chez les jeunes enfants : à l’époque, un simple rhume ou une petite blessure pouvaient causer la mort.

Perspectives bibliques sur l’amour parental

Lipschits rappelle que la Bible, tout comme des sources et des preuves archéologiques provenant d’autres cultures anciennes, indiquent que les enfants qui n’étaient pas encore sevrés n’étaient pas considérés comme des personnes à part entière, probablement en raison de leurs faibles chances de survie à la petite enfance.

« Quatre voire cinq enfants sur sept mouraient avant d’avoir atteint l’âge de quatre ans », rappelle Lipschits, qui y voit l’explication de leur dépôt dans une fosse commune, au lieu d’être soigneusement enterrés. Pour autant, ajoute-t-elle, cela ne veut pas nécessairement dire que les parents ne les aimaient pas, rappelant en cela l’histoire du prophète Samuel telle qu’elle est racontée au début du livre biblique éponyme.

Hannah, qui n’avait pas d’enfant, pria pour avoir un fils, promettant de le consacrer à Dieu si elle en avait un. Dieu exauça sa prière, Hannah tomba enceinte et donna naissance à un garçon. La mère garda le petit Samuel auprès d’elle jusqu’à ce qu’il soit sevré et ce n’est qu’alors, après une grande fête, qu’elle emmena le garçon au sanctuaire de Silo (1 Samuel 1:22-25).

« Hannah obtint la permission de son mari de continuer à allaiter Samuel et le garda auprès d’elle jusqu’à ce qu’il soit sevré ; ce n’est qu’alors qu’elle l’amena au temple, où il put rester », explique Lipschits. « Avant cela, il n’avait pas d’identité propre. »

Lipschits fait remarquer que, dans l’Antiquité, les enfants étaient allaités plus longtemps qu’à l’époque moderne. Il n’était pas rare d’allaiter un enfant jusqu’à l’âge de trois ans.

Des archéologues de l’université de Tel Aviv ont découvert un charnier de nourrissons datant de 2 500 ans à Tel Azekah, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, une découverte révélée dans une étude publiée en mars 2026 dans la revue Palestine Exploration Quarterly. Sur la photo, on voit le professeur Oded Lipschits, de l’université de Tel Aviv, en train de photographier la citerne à l’intérieur de laquelle les sépultures ont été découvertes. (Expédition Lautenschläger à Azekah)

Le professeur rappelle que dans la Genèse, Abraham organise également une grande fête après le sevrage de son fils Isaac, ce qui souligne l’importance de cette étape (Genèse 21:8).

Lipschits exclut par ailleurs la possibilité que les enfants de Tel Azekah aient été enterrés intentionnellement, lors de sacrifices humains, une pratique courante chez les Phéniciens et d’autres populations de l’époque.

« Habituellement, [dans le cas des sacrifices d’enfants], les os étaient brûlés et placés dans un pot », précise-t-il. « Dans ce cas-ci, les corps n’ont pas été touchés. »

May approuve, expliquant que cette pratique impliquait généralement des sépultures plus élaborées que le simple dépôt du corps à un endroit donné.

Datation claire et contexte culturel

De nombreux mystères entourent encore ce charnier, mais Lipschits assure que la datation est on ne peut plus claire.

« Le réservoir d’eau était probablement utilisé à l’âge du bronze moyen, vers le milieu du IIe millénaire avant notre ère, et est resté en service jusqu’à la fin de l’âge du fer », dit-il. « Nous le savons car, au fond du réservoir, nous avons trouvé environ un demi-mètre de récipients brisés datant de la fin de l’âge de fer. Les citernes étaient normalement nettoyées tous les deux ans environ, mais pas là, signe qu’elle était tombée en désuétude. »

Au-dessus de la poterie, les archéologues ont découvert une couche de terre d’une vingtaine de centimètres, signe que le réservoir a été abandonné pendant plusieurs dizaines d’années, et par-dessus, deux mètres de vestiges datant de la période perse, notamment des ossements, des céramiques, des objets en pierre et des bijoux.

« La [citerne] a été scellée à l’époque hellénistique [333-63 avant notre ère], ce qui fait que la datation est assez claire », souligne Lipschits.

Le professeur Oded Lipschits de l’université de Tel Aviv. (Expédition Lautenschläger à Azekah)

Une datation au carbone 14 a par ailleurs été effectuée sur des échantillons provenant de la structure, précise l’archéologue, et l’analyse a confirmé les évaluations basées sur les céramiques et la stratigraphie.

Selon Lipschits, il ne fait aucun doute que la colonie de Tel Azekah était judéenne à cette époque.

« La culture matérielle est très similaire à celle de Jérusalem », justifie-t-il en faisant allusion aux objets et à l’architecture témoignant de la vie quotidienne à Tel Azekah.

Lipschits ajoute que son équipe a excavé de nombreux vestiges de la période perse sur le site, notamment des maisons, des installations agricoles, des ossements d’animaux et bien d’autres éléments.

Évacuation de la terre hors du site de fouilles de Tel Azekah avant l’aube, sur une photo non datée. (Shmuel Bar-Am)

En 586 avant notre ère, les Babyloniens ont conquis la Judée, détruit Jérusalem et le Premier Temple. Selon la Bible, les Judéens qui n’ont pas été tués ont été contraints à l’exil.

« Aujourd’hui, nous savons que la plupart des Judéens ont continué à vivre en Judée, même pendant la période d’exil », assure Lipschits.

« Je suppose que ceux [de Tel Azekah] étaient des Judéens qui ont continué à vivre dans les environs. »

De l’ADN judéen en vue ?

Selon May, seuls les tests ADN qu’ils effectuent actuellement permettront d’apporter des preuves concluantes de l’origine ethnique des corps.

« En tant que biologiste, j’ai le sentiment que ce n’est qu’une fois que nous aurons les résultats ADN que nous pourrons dire qui étaient ces personnes », souligne-t-elle avant d’ajouter qu’aujourd’hui, plusieurs laboratoires dans le monde, y compris en Israël, conservent des échantillons d’ADN provenant de différentes populations, ce qui permet aux chercheurs de comparer les résultats des tests et ainsi de déterminer l’origine des individus testés.

En Israël, l’extraction d’ADN à partir de restes anciens a toujours été très difficile, en raison de la détérioration des restes due aux intempéries, mais ces dernières années, les progrès technologiques permettent aux scientifiques d’obtenir de l’ADN à partir de sites anciens, explique May.

À Tel Azekah, les chercheurs ont réussi à extraire l’ADN de plusieurs individus.

« Nous ne pouvons pas encore dire exactement combien, mais nous disposons d’un bon nombre d’échantillons », assure May.

« De nombreuses questions restent en suspens, auxquelles il nous faudra répondre, comme par exemple le sexe des enfants et leur appartenance ou non à la même famille élargie », ajoute-t-elle.

Le site de fouilles de Tel Azekah sur une photo non datée. (Shmuel Bar-Am)

Les scientifiques étudient également les quelques adultes retrouvés dans la citerne et cherchent à déterminer s’ils étaient apparentés aux enfants ou s’ils appartenaient à un groupe ethnique distinct, peut-être enterrés là en raison de leur statut inférieur.

Selon M. Lipschits, la découverte de ce charnier ouvre de nouvelles perspectives pour l’étude des sépultures d’enfants.

« Nous sommes confrontés à un mystère concernant le sort des bébés décédés à l’âge du fer, et de mon point de vue, ce n’est que le début de nouvelles recherches », assure-t-il. « Les archéologues, anthropologues et spécialistes de la Bible peuvent désormais poursuivre leurs travaux sur la question. »

De son côté, l’équipe de Tel Azekah tente de localiser le cimetière ou la zone de sépulture par rapport au reste de la population de la colonie lors de la période perse.

« Les sépultures sont l’un de nos [sujets] d’étude en ce moment », conclut Lipschits. « En général, les sépultures se trouvaient à l’extérieur des sites. Nous élargissons donc désormais notre [champ de] recherche pour les localiser. »

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