Une grotte israélienne scellée depuis des millénaires révèle un clan préhistorique méconnu
"La capsule temporelle" près de Fureidis, au sud de Haïfa, avait été occupée il y a 300 000 ans par des hominidés, juste avant l’arrivée des Homo sapiens et des Néandertaliens
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Une grotte du nord d’Israël, restée scellée pendant des centaines de milliers d’années, a révélé un véritable trésor de vestiges datant d’une mystérieuse période préhistorique, juste avant l’apparition des Néandertaliens et des humains modernes dans la région, a annoncé jeudi l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA).
Le site, situé près de la ville de Fureidis, au sud de Haïfa, avait été occupé il y a 400 000 à 250 000 ans, à une époque où des groupes d’hominidés commençaient à se rassembler en communautés plus importantes et plus actives qu’auparavant.
Les spécialistes désignent cette période au Levant sous le nom de culture acheulo-yabrudienne.
« Il s’agit probablement de la dernière culture d’un très long continuum [de cultures] », a expliqué par téléphone au Times of Israel le Dr Kobi Vardi, responsable du département de la Préhistoire au sein de l’IAA, et codirecteur des fouilles. « Entre 250 000 et 50 000 ans avant notre ère, les Homo sapiens et les Néandertaliens avaient créé une culture totalement différente ; nous nous trouvons donc au cœur même de cette période de transition. »
Selon Vardi, le site avait été identifié pour la première fois il y a plusieurs dizaines d’années par des chercheurs qui cartographiaient alors les sites préhistoriques de la région du Carmel. Il avait été, à l’époque, attribué au Paléolithique moyen (il y a environ 250 000 à 50 000 ans).
Cependant, les archéologues de l’IAA et de l’université de Haïfa ont découvert des éléments qui indiquent que la grotte avait été occupée plus tôt – et ce grâce à une abondance d’outils en pierre et d’ossements d’animaux qui ont été exceptionnellement bien conservés.
« Le toit d’origine de la grotte s’est désagrégé et effondré, et le site a été recouvert par d’énormes blocs de pierre, ainsi que par de la terre et une végétation dense », a expliqué Vardi.
De gauche à droite : Amit Gabay, le Dr Kobi Vardi (tous deux de l’Autorité israélienne des Antiquités) et le professeur Ron Shimelmitz de l’université de Haïfa dans une grotte préhistorique près de Fureidis, dans le nord d’Israël. (Crédit : Emil Aladjem/l’Autorité israélienne des Antiquités)
L’effondrement a protégé la grotte et son contenu jusqu’à aujourd’hui – ce qui a amené les chercheurs à affirmer que le site, à leurs yeux, était une véritable « capsule temporelle » qui est parvenue à préserver des vestiges préhistoriques.
Les fouilles ont été lancées il y a environ six mois par l’équipe, en amont des travaux de construction d’une nouvelle route d’accès à Fureidis. En Israël, tous les chantiers de construction doivent être précédés de fouilles préventives visant à identifier d’éventuels vestiges archéologiques. Ces travaux sont financés par l’entreprise responsable du projet, en l’occurrence par la société Ayalon Highways.
Les chercheurs ont identifié des outils, notamment de petites haches à main, nommées bifaces, tranchantes, des racloirs et des lames, datant de la dernière phase du Paléolithique inférieur (il y a 400 000 à 250 000 ans).
« C’est très important, car les sites datant de cette phase sont extrêmement rares ; on en compte environ dix au Proche-Orient, dont deux en Syrie, un au Liban et six en Israël », a déclaré Vardi. « Ce site est toutefois le seul du massif du Carmel où cette phase a été mise au jour et où cette culture est conservée dans un état intact, c’est-à-dire sans avoir été recouverte par des couches plus récentes, à l’exception d’une petite partie de la grotte. »
Les chercheurs ont identifié cette période grâce aux différents types d’outils en pierre retrouvés sur le site.
« L’outil le plus courant que nous avons trouvé est un type particulier de racloir latéral, caractéristique de cette période, qui servait à de nombreux usages, notamment à préparer la viande et à travailler le cuir », a-t-il expliqué. « Nous en avons trouvé une centaine. »
Les archéologues ont également identifié des bifaces de petite taille et extrêmement tranchants. Ces outils ont été utilisés pendant environ un million d’années tout au long du Paléolithique, mais ceux qui ont été retrouvés dans la grotte de Fureidis sont particulièrement sophistiqués, selon Vardi.
« [Les racloirs latéraux et les bifaces] sont, ensemble, très caractéristiques de la culture acheuléo-yabroudienne », a-t-il déclaré. « Les hominidés de cette période vivaient en groupes plus importants que par le passé, même si nous ne pouvons pas déterminer précisément leur taille. Nous observons des signes de vie communautaire ainsi que leur capacité à extraire le silex directement des affleurements rocheux, ce qui est très important. Nous savons également qu’ils étaient des chasseurs très habiles, traquant aussi bien le petit gibier que des animaux de plus grande taille. »
Les archéologues ont découvert des ossements de daims, de gazelles, de chevaux préhistoriques et de bovins sauvages, présentant des traces de chasse et de découpe par l’homme.
« Il est très rare de trouver des ossements vieux de 300 000 ans dans un tel état de conservation », a souligné Vardi.
Bien que l’archéologue ait indiqué qu’il était possible que les animaux aient été cuits, les experts n’ont, à ce stade, identifié ni traces de brûlure sur les ossements ni vestiges de foyers dans la grotte. En revanche, ils ont découvert des sédiments qui laissent croire qu’une source coulait probablement juste à côté du site, ce qui en faisait un emplacement privilégié.
Aucun ossement humain n’a encore été trouvé, mais au vu des découvertes réalisées sur des sites similaires, Vardi espère que de telles découvertes seront faites à l’avenir.
Des restes humains datant de cette période pourraient également aider les scientifiques à mieux comprendre quels groupes humains anciens vivaient dans la région durant cette période de transition, une question qui reste sans réponse.
« Les changements progressifs apparus au cours de cette période dans l’anatomie humaine, la technologie et la société ont préfiguré les caractéristiques et les comportements complexes qui se sont développés par la suite et qui définissent à la fois les Néandertaliens et les humains modernes », a déclaré le professeur Ron Shimelmitz de l’université de Haïfa, selon le communiqué de l’IAA.
Compte tenu de l’importance de la grotte, une solution a été trouvée afin que la nouvelle route enjambe le site grâce à un pont, le laissant ainsi accessible aux chercheurs.
Vardi a indiqué que l’équipe avait l’intention d’y retourner pour mener des fouilles plus approfondies à l’avenir.
« Ce n’est qu’un début », a-t-il déclaré.
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