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Une Israélienne développe un test sanguin qui détecte le risque de suicide chez les patients bipolaires

Une chercheuse de l'université de Haïfa affirme que son modèle d'IA détecte les biomarqueurs dans les globules blancs, ce qui pourrait permettre de surveiller les patients atteints de trouble bipolaire

La professeure Shani Stern dans son laboratoire du Département de neurobiologie Sagol de l'Université de Haïfa. (Avec l'aimable autorisation de Sergueï Lavdanski/Université de Haïfa)
La professeure Shani Stern dans son laboratoire du Département de neurobiologie Sagol de l'Université de Haïfa. (Avec l'aimable autorisation de Sergueï Lavdanski/Université de Haïfa)

Une chercheuse de l’université de Haïfa affirme avoir mis au point une nouvelle méthode pour évaluer le risque suicidaire des patients atteints de trouble bipolaire, et ce grâce à un simple test sanguin.

La professeure Shani Stern, membre du département de neurobiologie Sagol de Haïfa, a travaillé avec des chercheurs au Canada et en Italie, avec lesquels elle a développé un algorithme lié à l’intelligence artificielle adossé aux mutations génétiques rencontrées dans les globules blancs de patients atteints de trouble bipolaire.

Cette méthode révolutionnaire, publiée dans la revue Translational Psychiatry, est fiable à plus de 95 %.

« Nous avons été surpris par la très grande fiabilité de prédiction des patients à fort risque suicidaire attachée aux marqueurs qui se trouvent dans les globules blancs », explique Stern au Times of Israel par téléphone.

Dans la mesure où les personnes diagnostiquées d’un trouble bipolaire ont un risque de suicide 10 à 20 fois plus élevé que celui de la population générale, et que 40 % d’entre elles environ feront un jour ou l’autre une tentative de suicide, ce test sanguin fiable pourrait permettre aux soignants d’avoir une bien meilleure compréhension de l’état de santé mentale de leurs patients bipolaires, poursuit Stern. Cela signifie que les soignants pourraient surveiller de plus près leurs patients bipolaires et intervenir plus tôt.

Illustration : Un réseau de neurones avec activité électrique des cellules neuronales (Lbre de droit ; iStock by Getty Images)

Le trouble bipolaire, également connu sous le nom de maladie maniaco-dépressive, est considéré comme l’une des affections psychiatriques les plus graves. Ce trouble est celui qui est le plus associé à des tentatives de suicide.

« Dix pour cent réussissent », ajoute Stern.

De nombreux facteurs jouent un rôle dans le comportement suicidaire, explique au Times of Israel la professeure émérite Illana Gozes de la Faculté Gray des sciences médicales et de la santé de l’Université de Tel Aviv, experte en neurosciences.

« Si quelqu’un a un problème, ou s’il y a d’autres personnes dans sa famille qui se sont suicidées, alors il y a un risque plus élevé de suicide », souligne Gozes. Le risque est augmenté chez les personnes bipolaires ayant déjà fait des tentatives de suicide, consommé des substances ou subi un traumatisme pendant l’enfance.

Malgré le risque élevé que présentent les patients bipolaires, les cliniciens ne disposent actuellement d’aucun outil fiable pour prédire lequel fera une tentative de suicide.

La Prof. Emerita Illana Gozes de la Faculté Gray des sciences de médecine et de santé de l’Université de Tel Aviv. (Avec l’aimable autorisation de Shachar Shachar)

L’étude de Stern examine les changements perceptibles dans les gènes des sujets – ce que l’on qualifie d’expression génique – avant le suicide, poursuit Gozes. « C’est surtout l’environnement de la personne qui est déterminant dans le passage à l’acte suicidaire. »

Étudier le suicide

Stern explique que son équipe et elle étudient le trouble bipolaire depuis quelques années, tout comme le suicide, qui, souligne-t-elle, est « très difficile à étudier ».

« Nous ne pouvons pas avoir de modèles animaux pour le suicide », signale-t-elle.
« Et les tissus des personnes qui se sont suicidées ne sont plus disponibles. Nous ne pouvons utiliser que des tissus post-mortem, pas des cellules vivantes. »

C’est en travaillant avec le professeur Martin Alda de l’université Dalhousie du Canada et le professeur Alessio Squassina de l’université Cagliari, en Italie, qu’elle a pu étudier des échantillons de sang donnés par six personnes atteintes de trouble bipolaire avant leur suicide.

Les scientifiques ont prélevé du sang sur 14 autres patients atteints de trouble bipolaire. Sept d’entre eux ont été suivis pendant plus de cinq ans, sans tentative de suicide ni antécédents familiaux de suicide. Les sept autres avaient fait des tentatives de suicide ou avaient des parents qui se sont suicidés.

Ces échantillons ont permis d’isoler des globules blancs rendus « immortels » grâce au virus Epstein-Barr.

Cette image, fournie par le ministère américain de la Santé et des Services sociaux, donne une idée de la membrane externe du virus Epstein-Barr. (Département américain de la Santé et des Services sociaux via AP)

« Normalement, dans de pareils échantillons de sang, les globules blancs ne se divisent pas en-dehors du corps et meurent au bout de quelques jours », explique Stern. « Mais ces globules blancs transformés peuvent vivre éternellement, raison pour laquelle on les dit immortels. »

Le matériel génétique actif a été extrait de ces cellules, et un séquençage de l’ARN a été effectué pour isoler les gènes exprimés différemment entre groupes à risque.

Dans la deuxième étape de la recherche, les scientifiques ont construit un modèle informatique, en appliquant des algorithmes d’apprentissage automatique.

« Nous avons commencé par examiner les gènes exprimés différemment », souligne Stern. « Nous avons essayé de comprendre quelles étaient les différences entre ceux qui s’étaient suicidés et ceux qui étaient à très faible risque, car suivis depuis de nombreuses années sans aucune tentative de suicide à leur actif. »

En utilisant une validation croisée plus de 1 700 fois, le modèle des chercheurs a toujours atteint une précision de plus de 95 % pour ce qui est de la prédiction des patients suicidés.

Des globules blancs porteurs de l’information génétique

La découverte la plus surprenante de ces chercheurs repose sans doute sur le fait que des changements génétiques liés au cerveau ont été détectés dans les globules blancs.

Les scientifiques s’attendaient à ce que l’identification du risque de suicide passe par l’étude des neurones, les cellules nerveuses du cerveau qui envoient et reçoivent des signaux.

« Et pourtant, à partir des seules cellules sanguines, nous avons pu identifier des signatures génétiques liées aux maladies du cerveau et aux troubles psychiatriques », poursuit-elle.

Son équipe effectue des recherches sur les neurones dérivés d’échantillons de sang de patients à l’aide d’une technologie qui fait appel à des cellules souches pluripotentes induites, cellules souches spéciales pratiquement capables de se transformer en tout type de cellule du corps humain.

« Pour avoir une bonne prédiction des patients qui se suicideront et en mourront, il suffit d’échantillons de sang », conclut-elle. « Pas besoin de neurones. »

Ce résultat inattendu laisse entendre que les globules blancs sont porteurs d’informations génétiques qui reflètent plus ou moins ce qui se passe dans le cerveau.

« Ces globules blancs expriment également de nombreux gènes neuronaux, ce à quoi on ne s’attendait pas », ajoute-t-elle. « Je pense que ces signatures génétiques des globules blancs représentent d’une manière ou d’une autre, peut-être pas totalement, mais au moins partiellement, ce qui se passe dans le cerveau. »

Le professeur Haitham Amal, chef du laboratoire Amal de neuronique, signalisation cellulaire et médecine transitionnelle à l’Université hébraïque de Jérusalem, explique que le travail « pluridisciplinaire » de Stern, qui intègre des plateformes d’apprentissage automatique et d’IA, permet effectivement d’identifier des biomarqueurs du risque suicidaire.

« Avec ces marqueurs, nous pourrons sauver des patients avec un potentiel comportement suicidaire », souligne Amal pour le Times of Israel.

Illustration : une personne dépressive. (Crédit : bodnarchuk/iStock by Getty Images)

Un test sanguin fiable susceptible de sauver des vies

Stern rappelle la nécessité de mener des études longitudinales de plus grande envergure de façon à s’assurer que ces signatures génétiques sont reproductibles et stables au sein de différentes populations et dans des contextes cliniques réels.

Il s’agit pour elle de la toute première étape vers la construction d’un modèle de risque complet pour les patients bipolaires, intégrant biomarqueurs, mesures cérébrales et informations comportementales.

Un test sanguin simple et fiable pourrait permettre aux soignants d’adapter leur traitement aux personnes bipolaires. Si le bilan sanguin d’un patient fait état de changements marqués, les psychiatres pourront décider d’ajuster les stratégies de médication, augmenter la surveillance ou proposer un soutien supplémentaire.

« Cela ouvre la porte à des tests simples et non invasifs capables d’aider les médecins à identifier les personnes à risque et prévenir des tragédies, littéralement sauver des vies », conclut Stern.

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