Une magistrate empêche un procureur juif de juger les manifestants anti-Israël de Stanford
Elle a allégué qu'il y avait un possible conflit d'intérêts ; selon les critiques, cette décision risque de renforcer les clichés antisémites et permettra à des prévenus "d'instrumentaliser l'identité des procureurs"
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J. The Jewish News of Northern California via la JTA — Des organisations juives de la région de la baie de Californie ont protesté après qu’une juge a dessaisi un procureur juif d’une affaire qui impliquait des manifestants pro-palestiniens et anti-Israël, qui étaient accusés d’avoir commis des actes de vandalisme dans le bureau du président de l’université de Stanford.
Le procureur en question, Jeff Rosen, a ainsi été dessaisi dans le cadre du procès criminel intenté contre cinq manifestants, la magistrate ayant estimé que Rosen était allé trop loin en laissant entendre dans un message de campagne qu’il s’agissait d’un acte antisémite.
« Rosen a tous les droits d’adopter des positionnements fermes contre la criminalité et contre l’antisémitisme au sein de la communauté. Mais il convient d’agir avec la plus grande prudence lorsque l’on parle d’un procès en cours pour les besoins d’une communication de campagne », a déclaré la juge Kelley Paul.
Elle a ajouté que Rosen avait commis une erreur en qualifiant publiquement ces actes d’antisémites alors qu’ils n’ont pas donné lieu à des mises en examen pour crime de haine.
« Cette affaire n’est pas un crime de haine », a indiqué Paul. « Le fait de présenter ces accusations dans le cadre de la lutte contre l’antisémitisme va à l’encontre de la jurisprudence. »
Dans un e-mail qui a été adressé à J. The Jewish News of Northern California, le bureau de Rosen a écrit que, même si ce dernier est « en désaccord avec la décision de la juge, nous la respectons ».
Dans une déclaration conjointe, le Jewish Community Relations Council de la région de la Baie et la Jewish Silicon Valley se sont dits « profondément inquiets » de la décision qui a été prise par Paul, estimant que l’affaire « doit aller de l’avant ».
« Cette décision vise particulièrement les procureurs issus de minorités, en laissant croire qu’ils sont incapables d’oeuvrer dans le sens de la justice dans des affaires perçues comme affectant leurs propres communautés », lit-on dans le communiqué, lequel ajoute qu’elle « risque de renforcer les préjugés antisémites les plus éculés et d’encourager les prévenus à instrumentaliser l’identité des procureurs. »
Les cinq manifestants sont accusés de vandalisme criminel et de complot suite à une manifestation qui avait eu lieu au mois de juin 2024. 13 personnes s’étaient introduites dans les bureaux de l’administration de Stanford, causant des dégâts qui avaient été estimés à 300 000 dollars. Au mois de février dernier, le jury s’était dit dans une impasse, avec 9 votes contre 3 en faveur du vandalisme et 8 voix contre 4 concernant la question du complot.
Rosen avait rapidement fait part de son intention de les rejuger.
La demande de dessaisissement a été déposée par le défenseur adjoint d’office, Avi Singh, qui a soutenu que Rosen avait compromis la neutralité de son bureau en parlant de l’accusation sur une page de collecte de fonds intitulée « DA Rosen lutte contre l’antisémitisme », accompagnée d’un bouton permettant de faire un don.
Singh a ajouté que cette campagne de collecte de fonds laissait entendre, à tort, que les prévenus étaient antisémites. Aucun d’entre eux n’a été mis en examen pour crime de haine.
Rosen, qui parle très librement de ses convictions en matière de lutte contre l’antisémitisme et de soutien apporté à Israël, a démenti toute possibilité de conflit d’intérêts.
Dans sa décision, Paul a mentionné des propos tenus par Rosen dans un discours prononcé en mars 2025 pour le Hillel de San Jose, un mois environ avant que son bureau ne porte plainte contre les manifestants. Une vidéo de ce discours est d’ailleurs liée à la page « Lutte contre l’antisémitisme » de son site de campagne.
Dans ce discours, Rosen assimile antisémitisme et « anti-américanisme », expression qui avait par ailleurs été utilisée par le procureur adjoint Robert Baker pour décrire la conduite des manifestants lors des plaidoiries finales du procès. Paul a estimé que les similitudes de langage justifiaient de dessaisir les services du procureur de cette affaire dans leur globalité, pas seulement Rosen.
Dans leur déclaration, les organisations juives ont laissé entendre que Rosen avait été dessaisi parce que juif.
« Des générations entières de Juifs américains occupant des postes publics ont, plus souvent qu’à leur tour, été traités comme des suspects ou on a jugé qu’ils étaient conflictuels », ont déploré le JCRC de la région de la baie de Californie et la Jewish Silicon Valley.
« Cette décision risque de renforcer les préjugés antisémites éculés et d’encourager les prévenus à instrumentaliser l’identité des procureurs, faisant de toute opposition publique à la haine un motif de dessaisissement de l’affaire. »
Le rival de Rosen lors de la primaire de juin, l’ex-procureur Daniel Chung, s’est, lui, saisi de cette décision pour en faire une vidéo de campagne, qualifiant l’attitude de Rosen, dans l’affaire Stanford, de « trop zélée », une « perte de temps et d’argent ».
« C’est un revers humiliant pour le procureur Rosen et pour toute son équipe », a dit Chung dans une vidéo qui a été postée sur Instagram. « Pendant des années, des millions de dollars ont été dépensés pour poursuivre des étudiants manifestants de Stanford pour des chefs d’accusation criminels. »
L’attitude de Rosen, a ajouté Chung, « fragilise la procédure de La défense » et elle « est la preuve du travail de sape de l’intégrité, de la compétence et de la compassion à l’oeuvre sous le mandat du procureur Rosen, ces 16 dernières années. »
L’affaire a été confiée au procureur général de Californie, qui décidera s’il y a lieu de rejuger les prévenus — German Gonzalez, Maya Burke, Taylor McCann, Hunter Taylor-Black et Amy Zhai — ou au contraire d’abandonner les charges les concernant.
la Communauté du Times of Israël !







