Une néonazie allemande, qui a changé de sexe, relance le débat sur les transgenres
Marla-Svenja Liebich, qui dit s'être convertie au judaïsme, condamnée à 18 mois de prison pour des délits incluant l'incitation à la haine raciale, ne s'est pas présentée à la prison pour femmes de Chemnitz
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Nouveau rebondissement dans une affaire qui a provoqué des débats enflammés en Allemagne : une figure néonazie ayant changé de genre après une condamnation a affirmé vendredi avoir quitté le pays plutôt que d’intégrer une prison pour femmes.
Coutumière des provocations, Marla-Svenja Liebich devait se présenter dans la soirée à la prison pour femmes de Chemnitz, en Saxe, dans l’est du pays, afin de commencer à purger sa peine de 18 mois pour incitation à la haine, diffamation et outrage.
À la place, elle a publié un message sur les réseaux sociaux avec une image proclamant « le bonjour de Moscou », ajoutant : « C’est quoi la suite ? Un mandat d’arrêt international. »
Un porte-parole de la police a annoncé à un petit rassemblement de soutien devant la prison que Liebich avait envoyé un message audio concernant son projet de fuite : « Il a été annoncé que la personne ne se sentait pas bien et avait quitté le pays. »
En 2023, au moment de sa condamnation, elle s’appelait Sven Liebich et était de sexe masculin.
Liebich a changé de genre après l’adoption, fin 2024, de la « loi sur l’autodétermination » sous le mandat du chancelier social-démocrate Olaf Scholz. Ce texte permet de changer de prénom et de genre en déposant une demande auprès du bureau d’état civil local, puis de l’officialiser en y retournant trois mois après, sans avoir à fournir de justificatifs médicaux.
Zoek de verschillen…
Links Sven Liebich, rechts Marla-Svenja Liebich.
Welkom in de vrouwengevangenis, Marla! pic.twitter.com/QcJJOvXlVS— dap hartmann (@daphartmann) August 23, 2025
Saluée par les défenseurs des droits des personnes transgenres, cette simplification fait craindre aux militants pour les droits des femmes que des hommes prédateurs n’abusent des nouvelles règles pour accéder aux espaces réservés aux femmes et aux jeunes filles, comme c’est déjà le cas ailleurs en Europe.
L’affaire Liebich, qui est largement soupçonné d’avoir changé de genre par provocation et pour obtenir de meilleures conditions carcérales, illustre pour les détracteurs de la loi son côté permissif.
« La justice, l’opinion publique et la politique sont tournées en ridicule parce que la loi sur l’autodétermination le permet », a déploré le ministre de l’Intérieur, Alexander Dobrindt.
Le ministre conservateur a demandé un débat « sur la manière de rétablir des règles claires contre l’abus du changement de genre ».
Liebich a également déclaré s’être convertie au judaïsme et a demandé à bénéficier de repas casher et d’une supervision rabbinique en prison.
Le commissaire allemand à l’antisémitisme, Felix Klein, a condamné cette décision, la qualifiant de « moquerie non seulement envers les Juifs, mais aussi envers toutes les personnes religieuses, quelle que soit leur confession ».
La loi sur l’autodétermination a été introduite par le dernier gouvernement allemand sous la direction du chancelier de centre-gauche Olaf Scholz.
Elle permet à tout adulte de changer de nom et de sexe en déposant une simple demande auprès du bureau d’état civil local, sans avoir à fournir de raison ni d’informations médicales.
« Agitateurs d’extrême droite »
Auparavant, les Allemands qui souhaitaient changer leur sexe légal devaient présenter deux expertises psychologiques et attendre la décision du tribunal.
Le nouveau gouvernement de coalition allemand, dirigé par l’alliance conservatrice CDU/CSU, s’est engagé à revoir la loi.
La ministre de la Famille, Karin Prien, a déclaré que la loi dans sa forme actuelle « comporte des faiblesses qui pourraient encourager des abus ciblés ».
L’Allemagne doit désormais « observer attentivement comment la loi fait ses preuves dans la pratique », a-t-elle déclaré.
Les militants LGBTQ+ affirment que l’abrogation de la loi entraînerait davantage de discrimination.
« Pour les personnes transgenres, il existe un risque que certaines des avancées obtenues par le militantisme trans au cours des quinze dernières années soient annulées », a déclaré le groupe militant Queer Nations.
Dans l’affaire Liebich, le porte-parole du parquet, Benedikt Bernzen, a déclaré que la décision d’envoyer la condamnée à la prison pour femmes de Chemnitz était fondée sur « son sexe et son lieu de résidence enregistrés ».
Toutefois, « dans tous les cas, un examen individuel est effectué » une fois qu’un prisonnier est admis, a-t-il déclaré à l’AFP.
La commissaire aux droits des personnes queer, Sophie Koch, a déclaré à l’hebdomadaire Die Zeit qu’il n’y avait aucune obligation légale de maintenir Liebich dans une prison pour femmes et a mis en garde contre le fait de « tomber dans le piège des agitateurs d’extrême droite ».
Personnalité des milieux de l’ultradroite en Allemagne de l’Est, Liebich, 54 ans, aurait été membre du réseau néonazi Blood and Honour, selon des médias allemands.
Sur une boutique en ligne, Sven Liebich proposait notamment à la vente une batte de baseball avec le slogan « outil pour expulsions ».
En 2022, Sven Liebich avait perturbé une marche des fiertés à Halle, qualifiant les personnes LGBTQ+ de « parasites de la société », selon des militants.
Mais en juillet, Liebich est apparue avec un haut léopard, un sac à main et des boucles d’oreille dorés, un turban et une capeline sur la tête. Elle arborait également une large moustache teinte en blond.
Un bilan pour mi-2026
« Le cas Liebich met en évidence que la loi […] présente des faiblesses qui peuvent favoriser des abus ciblés », a estimé la ministre conservatrice de la Famille, Karin Prien.
Le nouveau texte a remplacé une législation de 1981 qui prévoyait une procédure longue et coûteuse, avec deux rapports psychologiques.
Dans leur accord de coalition conclu au printemps, conservateurs et sociaux-démocrates se sont engagés à dresser un bilan « au plus tard le 31 juillet 2026 ».
L’évaluation devra notamment indiquer combien de demandes ont été rejetées en raison « d’indices objectifs et concrets d’un usage abusif », a précisé un porte-parole du ministère vendredi.
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