« Une punition divine » : Les Syriens assistent en spectateurs à la guerre régionale
« C'est un véritable paradoxe : nous sommes en sécurité alors que tous ceux qui nous entourent sont en danger », dit une pharmacienne de 35 ans
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Dans sa pharmacie du centre de Damas, Lara Inaya sert ses clients tout en prenant des nouvelles de ses proches qui vivent dans le Golfe et sont plongés dans une guerre régionale, alors que la Syrie est, pour une fois, épargnée.
« Pour la première fois, nous appelons nos proches et nos amis à Dubaï, Ryad et Doha pour nous assurer qu’ils vont bien », affirme cette pharmacienne de 35 ans.
« C’est un véritable paradoxe : nous sommes en sécurité alors que tous ceux qui nous entourent sont en danger », ajoute-t-elle en rangeant son téléphone dans la poche de sa blouse blanche.
« Nous avons vécu la guerre et ne la souhaitons à personne », ajoute la jeune femme, qui a vécu la longue guerre civile ayant ravagé la Syrie de 2011 jusqu’au renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024.
Le Moyen-Orient est plongé depuis samedi dans un cycle de violence déclenché par une attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, qui contre-attaque contre les pays de la région.
Alors que Téhéran était l’un des principaux soutiens du régime Assad, la coalition rebelle – menée par le groupe islamiste radical Hayat Tahrir al-Sham (HTS), l’ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie – qui l’a renversé est résolument hostile à la République islamique d’Iran.
Les Syriens sont aujourd’hui spectateurs du conflit régional ; Israël a même intercepté dans le ciel de leur pays des missiles envoyés par l’Iran vers le territoire israélien.
« Punition divine »
Dimanche, un homme et ses trois filles ont été blessés dans la province de Damas par des débris d’un missile iranien intercepté par l’armée israélienne.
La Syrie a fermé son espace aérien et la compagnie nationale Syrian Air a annulé tous ses vols, de et vers les aéroports de Damas et d’Alep (nord), jusqu’à nouvel ordre.
À Salhiyé, un quartier commercial animé de la capitale syrienne, l’activité est normale en fin d’après-midi et les magasins restent ouverts tard le soir, en ce mois du ramadan.
« Je suis les informations 24 heures sur 24, je suis accro aux nouvelles en raison de ce qui s’est passé en Syrie », dit Adel al-Aqel, qui vend des chaussettes en coton local.
Selon cet homme de 59 ans, ce qui se passe en Iran est « une punition divine ». La photo de fond d’écran de son téléphone est celle de son fils, tué pendant la guerre.
« Les Iraniens l’ont tué lorsqu’ils combattaient aux côtés de Bachar al-Assad », dit-il amèrement.
« En même temps », ajoute-t-il, « Israël est notre ennemi historique. Nous ne devons pas nous impliquer […] Nous devons juste assister en spectateurs au conflit ».
« Épuisés »
Mercredi, l’armée syrienne a annoncé qu’elle renforçait sa présence militaire le long de ses frontières avec le Liban et l’Irak, deux pays en proie à la guerre régionale.
Des milliers de Syriens réfugiés au Liban depuis le début de la guerre dans leur pays ont fui les frappes israéliennes sur le territoire libanais et sont rentrés, provoquant une grande affluence à la frontière.
Seul indice de tension à Damas : les files d’attente qui s’allongent devant les stations-service, les habitants voulant faire le plein d’essence et de mazout.
Le rationnement de l’électricité est par ailleurs devenu plus sévère ces derniers jours, en raison de la baisse des quantités de gaz naturel arrivant via la Jordanie, suite à l’arrêt du pompage « en raison de l’escalade régionale », selon le ministère de l’Énergie.
« Ce qui m’importe dans tout ce qui se passe, c’est que nous ne soyons pas affectés économiquement ou militairement », dit Abou Raed, un chauffeur de camionnette de 59 ans, qui attend son tour.
« La guerre nous a épuisés, nous ne pouvons pas supporter une nouvelle guerre. »
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