Une revue de Harvard suspendue après avoir publié un article empreint de rhétorique nazie
Le rédacteur en chef du magazine dit que l'étudiant à l’origine du texte "n'a pas cité Adolf Hitler intentionnellement" et qu’aucun membre de la rédaction "n’a vu le lien"
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JTA – Un magazine conservateur de l’université de Harvard a été suspendu dimanche par son conseil d’administration après la controverse provoquée par un article publié en septembre, dont le contenu reprenait la rhétorique d’Adolf Hitler.
Dans son édition imprimée de septembre, The Harvard Salient a publié un article signé par l’étudiant David F. X. Army, dans lequel il écrivait : « L’Allemagne appartient aux Allemands, la France aux Français, la Grande-Bretagne aux Britanniques, l’Amérique aux Américains », reprenant presque mot pour mot une phrase prononcée par Hitler dans un discours au Reichstag en janvier 1939, où il prédisait qu’une nouvelle guerre mondiale conduirait à l’extermination des Juifs.
L’article du Harvard Salient affirmait également que « l’islam et autres n’ont absolument pas leur place en Europe occidentale » et appelait à un retour à des valeurs « ancrées dans le sang, la terre, la langue et l’amour de soi ». (L’expression « sang et terre » renvoie à une idéologie nazie selon laquelle la race et la terre constituent les fondements d’un peuple.)
Le rédacteur en chef du Salient, Richard Y. Rodgers, a indiqué dans un communiqué adressé au journal de l’université que l’auteur « n’avait pas intentionnellement cité Adolf Hitler » et qu’« aucun membre de la rédaction n’avait remarqué la similitude avant la publication ».
Rodgers a ajouté que « l’article se voulait une réflexion sur la manière dont les nations et les cultures préservent leur cohérence à l’ère du cosmopolitisme déraciné et de l’homogénéisation mondiale. Confondre une défense de l’appartenance avec un manifeste de l’exclusion est une erreur du lecteur, non de l’auteur ».
La version imprimée de l’article avait été distribuée le mois dernier dans les résidences universitaires accueillant les étudiants de premier cycle. Harvard avait installé des boîtes de distribution du Salient en février, après que la publication, indépendante de l’université, s’était plainte que les étudiants n’avaient pas un accès aisé à ses numéros.
Cette controverse intervient alors que certaines figures politiques et médiatiques de droite sont accusées d’utiliser une rhétorique faisant écho à celle des nazis. Elle survient aussi au moment où Harvard et d’autres universités font face à des pressions de l’administration Trump, sommées de démontrer qu’elles ne censurent pas les voix conservatrices.
Le mois dernier, un juge fédéral a jugé illégal le gel de plus de 2,6 milliards de dollars de fonds fédéraux destinés à Harvard, estimant que la mesure servait de « paravent » politique. L’administration Trump avait suspendu ces fonds après avoir accusé l’université de discriminer les idées conservatrices sur son campus et de favoriser un climat d’antisémitisme.
Le journal étudiant The Harvard Crimson a publié trois tribunes dénonçant le discours du Salient, auxquelles Rodgers a répondu la semaine dernière par un article affirmant que « la pensée conservatrice ordinaire est désormais à deux doigts de la criminalité ».
« Ensemble, ces articles forment un récit cohérent : le chercheur conservateur devient théoricien réactionnaire, l’étudiant traditionaliste devient fanatique », a écrit Rodgers. « Le ‘fascisme’ n’est plus une référence historique, mais un cliché brandi comme une arme, un moyen d’exclure ses opposants du cadre moral de l’université. »
Dimanche, le conseil d’administration du Salient a clos le débat en annonçant la suspension du magazine, dans l’attente d’un examen interne.
« Le Harvard Salient a récemment publié des articles contenant des propos répréhensibles, injurieux et humiliants, totalement contraires aux principes conservateurs que la revue affirme défendre », indique le communiqué du conseil d’administration, auquel siège, en tant que membre d’office, Ruth Wisse, spécialiste éminente de la littérature juive.
« Le conseil a également reçu des plaintes crédibles et profondément préoccupantes concernant la culture interne de l’organisation. Il est de notre responsabilité, en tant qu’administrateurs, d’enquêter de manière approfondie sur ces allégations et de prendre les mesures nécessaires », poursuit le texte. « Nous suspendons donc les activités du magazine, avec effet immédiat, dans l’attente de cet examen. »
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