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Une Syrienne autorisée à vivre en Israël avec son mari, ex-soldat de Tsahal handicapé

Un tribunal lui accorde un permis de séjour temporaire après plusieurs refus du ministère de l’Intérieur, malgré sa conversion au judaïsme et la rupture de ses liens avec la Syrie

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Les locaux du ministère de l’Intérieur à Jérusalem, le 23 novembre 2011. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Les locaux du ministère de l’Intérieur à Jérusalem, le 23 novembre 2011. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Dans une affaire peu commune, le tribunal de district de Jérusalem a ordonné mardi au ministère de l’Intérieur d’accorder un statut provisoire en Israël à une femme d’origine syrienne, convertie au judaïsme, et épouse d’un ancien combattant de Tsahal handicapé.

Le juge Nimrod Flax a fait droit à la requête du couple, estimant que le refus du ministère de leur permettre de s’installer dans l’État juif était « extrêmement déraisonnable ».

Il a notamment invoqué l’état de santé physique et psychologique du mari, Yaïr (nom d’emprunt demandé pour des raisons de sécurité), la conversion de son épouse Nur (également un pseudonyme), le fait qu’elle a rompu tout lien avec la Syrie et ne peut y retourner pour des raisons de sécurité, ainsi que l’absence de tout autre pays où le couple pourrait vivre ensemble.

Le juge lui a accordé un permis de séjour temporaire d’un an, renouvelable.

La requête avait été déposée par leur avocate, Adi Lustigman, après les refus répétés du ministère de l’Intérieur d’accorder à Nur un statut en Israël pour des raisons humanitaires. Le ministère avait soutenu que le mariage ne constituait pas, à lui seul, une « raison humanitaire particulière » au sens de la loi sur la citoyenneté et l’entrée en Israël, qui restreint l’octroi de statut aux ressortissants d’États ennemis comme la Syrie.

Après le jugement, le couple a confié à leur avocate être trop bouleversé pour s’exprimer devant les médias.

Plusieurs éléments de leur histoire ont été révélés lors d’une interview accordée ce mois-ci à la chaîne publique Kan. Partie étudier en Europe après avoir quitté la Syrie au début de la guerre civile, Nur y a rencontré Yaïr, qui voyageait après son service militaire. Ils se sont rencontrés via l’application Tinder.

L’avocat Adi Lustigman. (Crédit : Autorisation)

« Quand nous nous sommes rencontrés, il y a eu une connexion incroyable entre nous, un amour très fort », a confié Yaïr à Kan. « Nous nous sommes engagés à rester ensemble, et au bout de quatre mois, nous avons décidé de nous marier. »

Nur raconte : « Quand j’ai rencontré Yaïr, puis quand je suis tombée amoureuse de lui, je voulais en savoir plus sur lui, découvrir la langue, la culture, ses origines, et aussi la religion ».

Évoquant sa décision de se convertir, elle explique que « je voulais que ma religion officielle reflète mes convictions, et je voulais que nos enfants aient une vie moins compliquée et grandissent dans la religion que j’ai choisie ».

Nur s’est convertie au judaïsme dans une synagogue réformée en 2021. Cette conversion est reconnue en Israël dans le cadre de la Loi du retour.

Yaïr, citoyen israélien, a été gravement blessé pendant son service militaire et reconnu invalide à 38 % à vie, selon les documents judiciaires.

Malgré cela, il a ensuite repris du service comme volontaire et est devenu officier. Le tribunal a souligné que son état physique et psychologique était complexe et fragile, et qu’il nécessitait un suivi médical et psychologique continu.

Le tribunal de district de Jérusalem, le 13 janvier 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Le couple a vécu ces dernières années de pays en pays, sans pouvoir s’installer durablement au même endroit ni bénéficier de droits essentiels, tels que le droit de travailler, l’accès aux prestations sociales ou à l’assurance maladie. Ne disposant que de visas touristiques de courte durée, il leur était également difficile de louer un logement. Ils ne pouvaient jamais planifier leur vie au-delà de quelques mois.

Selon le tribunal, leurs démarches pour s’établir en Israël ont débuté fin 2022 par une demande de statut pour Nur au titre d’une exception humanitaire. En décembre 2023, le ministère de l’Intérieur a rejeté cette demande, estimant que, bien que la relation soit durable, le couple vivait plus souvent séparé qu’ensemble. Il a également affirmé que Nur cachait cette relation à sa famille et dépendait entièrement de son mari.

Une première requête administrative a été déposée en février 2024. En juillet 2025, l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet a conclu qu’il n’y avait aucun obstacle sécuritaire.

Une rue endommagée, pendant la guerre civile syrienne, à Qusair, en Syrie, le 5 juin 2013. (Crédit : SANA/AP)

Malgré cela, le ministère de l’Intérieur a rejeté à nouveau la demande en août 2025. Il a fait valoir que, si Yaïr avait droit à des soins médicaux en Israël, le couple n’avait pas de « droit acquis à mener une vie familiale spécifiquement en Israël ». Il a ajouté que l’absence d’alternative de résidence ne constituait pas, en soi, un motif humanitaire suffisant.

Dans son jugement, le juge Flax a écrit que la décision du ministère de l’Intérieur « d’ignorer le poids cumulatif des circonstances et d’examiner chaque élément isolément, en lui accordant un poids minimal » constituait un « manquement extrême au principe de raisonnabilité ».

En accordant à Nur un permis de séjour temporaire (un visa A/5) d’un an, le juge a précisé qu’elle pourrait en demander le renouvellement, que le ministère devra examiner à la lumière des principes établis dans sa décision. Il a également condamné le ministère de l’Intérieur à verser au couple 15 000 shekels au titre des frais de justice et des honoraires d’avocat.

À la suite du jugement, Lustigman a déclaré au Times of Israel que le raisonnement du ministère était incohérent.

« Dans la première décision, il était reproché au couple d’avoir passé trop peu de temps ensemble, Yaïr étant bloqué en Israël pour des raisons médicales pendant les restrictions liées au COVID. Dans la seconde, le ministère lui reprochait d’avoir passé trop de temps à l’étranger, le couple refusant d’être séparé. Il s’est ensuite appuyé sur ce séjour à l’étranger pour affirmer qu’il n’avait pas réellement besoin de soins en Israël, ignorant qu’il n’était à l’étranger que parce que l’État l’empêchait de vivre avec sa femme chez lui. »

Elle a ajouté que le couple ressentait « un immense soulagement et une grande joie face à ce jugement humain et juste ».

« Après des années de souffrances et d’injustices, ils pourront enfin construire une vie de famille en Israël, auprès de la famille de Yaïr, qui les attendait. Leur longue errance prend fin. »

Elle a poursuivi en affirmant que « ce jugement reflète ce que la commission humanitaire du ministère de l’Intérieur a maintes fois négligé, à savoir la réalité humaine des personnes qui s’adressent à elle, le caractère unique de chaque situation et l’impact profond de ses décisions sur leur vie ».

« Le tribunal envoie également un message important sur les limites du pouvoir discrétionnaire administratif, en particulier lorsque des droits fondamentaux sont en jeu et que des individus subissent un préjudice grave dans leurs relations avec les autorités », a-t-elle ajouté.

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