Une universitaire israélienne a nommé Trump à temps pour le Nobel de cette année
Parmi les hommages de dernière minute au président américain, le vote de la professeure Anat Alon-Beck – adossé à l'espoir d'une libération des otages – aura compté, mais pas assez
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Alors que tous les regards étaient tournés vers Oslo avant l’annonce vendredi du lauréat du prix Nobel de la paix 2025, le président américain Donald Trump ne cachait pas son envie de remporter le titre tant convoité.
Ces derniers mois, à mesure que les initiatives diplomatiques destinées à mettre un terme à la guerre entre Israël et le Hamas prenaient de l’ampleur, des partisans de Trump toujours plus nombreux avaient fait savoir qu’ils avaient voté en sa faveur.
Cependant, en vertu des règles du comité Nobel, seules les recommandations soumises avant le 31 janvier 2025, et par des personnes autorisées à le faire, ont été considérées comme valides. Ces recommandations émanent généralement de députés, professeurs d’université, anciens lauréats et autres membres de tribunaux internationaux.
Anat Alon-Beck, universitaire israélo-américaine spécialisée dans le droit des sociétés et les valeurs mobilières installée à Cleveland, dans l’Ohio, a choisi de recommander le président américain Donald Trump.
En sa qualité de professeure titulaire de droit à l’Université Case Western Reserve, elle a donc officiellement soutenu la candidature de Trump pour le prix Nobel de la paix avant la date limite – une décision qui, selon elle, motivée non par la politique mais par un espoir tout personnel : contribuer à faire libérer et revenir en Israël les derniers otages de Gaza.
Le Times of Israel est revenu avec Alon-Beck sur sa décision de nommer Trump et son raisonnement – l’entretien a eu lieu avant que l’accord de cessez-le-feu ne soit finalisé sous la conduite de Trump, en Egypte, il y a une quinzaine de jours, et que tous les otages vivants rentrent en Israël, ce lundi, en application de la première phase de l’accord.
Chercheuse invitée à la faculté de droit de Harvard, Alon-Beck explique que sa décision de proposer Trump était liée à des convictions morales et non à des convictions politiques. Elle souligne que son intention était humanitaire et non politique.
Selon elle, c’est la libération des otages qui a emporté sa décision, allusion aux otages libérés à compter du 19 janvier 2025, dans le cadre d’un échange de prisonniers entre Israël et le Hamas, rendu possible par la pression des assistants de Trump dans les jours précédant sa prestation de serment pour son deuxième mandat à la Maison Blanche.
Alon-Beck explique qu’à l’époque, la pensée des otages l’obsédait. Elle réfléchissait sans cesse à ce qu’il faudrait pour mettre un terme au conflit.
« J’ai soumis son nom au comité Nobel parce que je voulais qu’il y ait une réelle incitation à libérer les otages », dit-elle. « Le président Trump s’est toujours dit impliqué dans cette question. J’ai assisté à son investiture à Washington, le 20 janvier 2025, et à l’issue, j’ai consulté plusieurs personnes ».
« Nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il était trop tôt et qui ne comprenaient pas pourquoi je m’apprêtais à prendre cette décision », se souvient-elle.
« Entre autres choses, j’ai lu le travail du Dr Kobi Barda, [un expert des relations américano-israéliennes] sur le sujet, y compris les recherches effectuées sur les règles de soumission pour le prix Nobel de la paix, et j’ai réalisé qu’il était essentiel de respecter la date limite du comité – ce qui m’a permis de soumettre ma proposition à temps. »
Il y a de cela trois mois, lors de la visite du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Washington, ce dernier avait remis au président Trump une lettre de recommandation pour le prix Nobel de la paix. Netanyahu savait probablement que le geste était purement symbolique pour le prix de cette année, le comité Nobel ne pouvant pas le prendre en compte pour des raisons de dépassement de la date-butoir.
La députée Républicaine Claudia Tenney, de New York, une alliée de Trump qui siège à la commission des affaires étrangères de la Chambre des Représentants, l’a elle aussi proposé pour le Nobel de la Paix 2025, en temps et en heure.
Tenney a soumis la candidature de Trump pour le prix Nobel de la paix dès le mois de décembre 2024, répétant en cela sa proposition de l’année précédente – pour des raisons tenant aux accords d’Abraham, conclus entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Ces accords avaient été signés en septembre 2020, lors du premier mandat de Trump à la présidence des États-Unis.
Le raisonnement d’Alon-Beck est plus actuel. Dans sa soumission écrite au comité Nobel, Alon-Beck explique que « la libération des premiers otages – mes frères et sœurs – n’a pas seulement été une étape diplomatique, mais aussi une profonde victoire personnelle et morale. Ces innocents ont été arrachés à leur foyer et à leur famille, maintenus en captivité dans des conditions cruelles et utilisés comme monnaie d’échange dans une guerre contraire aux principes de la civilisation humaine ».
« Leur libération a été un acte de justice et d’humanité, et le président Trump y a joué un rôle décisif », poursuit Alon-Beck. « Ce qui distingue le président Trump, c’est sa capacité à obtenir des résultats significatifs grâce à sa détermination. Grâce à lui, un accord de cessez-le-feu historique a été conclu, qui a permis de libérer des otages dont la vie ne tenait qu’à un fil ».
« J’ai simplement écrit ce que j’avais sur le cœur et ce qui me semblait juste à ce moment-là », explique-t-elle au Times of Israel. « Ce qui est intéressant, c’est qu’en vertu des règles du comité Nobel, il existe cinq catégories de personnes ou d’entités éligibles pour désigner des candidats – et l’une d’entre elles est la catégorie des professeurs de droit ».
« Environ une semaine plus tôt, j’avais reçu un avis de mon université m’informant de ma promotion au rang de professeur titulaire, ainsi qu’une lettre du doyen m’informant qu’en ma qualité de professeure de droit, j’étais maintenant autorisée à soumettre des candidatures pour le prix Nobel. Bien sûr, c’était une lettre standard : il ne devait pas imaginer que je l’utiliserais si rapidement. »
Interrogé sur les lettres publiques de soutien – comme celle de Netanyahu ou encore celle envoyée par les familles des otages – Alon-Beck s’explique : « Ce sont des lettres d’encouragement. Elles contribuent à faire en sorte que le monde entier continue de parler de la question. Les membres du comité ne sont pas dans une tour de verre : de telles lettres agissent comme une sorte de ‘campagne d’influence’. »
« Rien de tout cela n’a d’importance pour moi personnellement », souligne-t-elle. « Ce n’est pas mon rôle dans cette affaire qui m’importe mais le fait que les otages rentrent chez eux. J’y crois vraiment, comme je crois au fait que le président Trump pourrait recevoir le prix ».
« Sur le plan personnel, cela fait des décennies que je vis aux Etats-Unis et cette guerre nous a profondément ébranlés », poursuit Alon-Beck. « Nous voulions faire quelque chose pour les familles des otages ; alors, au début de la guerre, un groupe d’universitaires et d’avocats israéliens installés aux États-Unis a formé une organisation à but non lucratif appelée le National Jewish Advocacy Center, qui intente des procès devant les tribunaux fédéraux sur des questions liées à l’antisémitisme et au terrorisme ».
L’une de ces affaires concerne un média américain appelé Palestine Chronicle, qui employait un ‘journaliste’ à Gaza qui séquestrait des otages chez lui. « Nous avons poursuivi le média en vertu des dispositions sur le soutien matériel au terrorisme – une clause rarement utilisée du Patriot Act américain qui criminalise la fourniture d’aide ou de services à des groupes terroristes désignés – et l’affaire en est actuellement au stade de l’affidavit », explique-t-elle.
Elle ajoute que ces deux dernières années, son groupe a établi des relations avec de nombreuses familles d’otages et que toutes ses actions sont en faveur de la libération des otages et de la fin de la guerre.
« Cette guerre cause à Israël un grand tort, sur le plan diplomatique et et sur le plan de sa réputation, sur la scène internationale », indique-t-elle, « et il est crucial d’y mettre fin. La libération des otages est la clé ».
Malgré le débat sur l’octroi du prix Nobel de la paix à Trump, des analystes familiers du fonctionnement du comité avaient estimé qu’il était peu probable qu’il le remporte, cette année.
Et ce, pour des raisons différentes : ses menaces envers le Danemark au sujet du Groenland, sa position agressive envers les travailleurs migrants aux États-Unis, son rejet des institutions internationales et, peut-être le plus grave, son déni du changement climatique.
Les partisans de Trump gardent espoir pour la suite en citant le précédent du président Barack Obama, récipiendaire du prix Nobel de la paix en 2009, malgré ses succès limités sur le moment.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







