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US : Les dirigeants juifs inquiets des nouvelles conditions sur les aides à la sécurité des synagogues

Les lieux de culte qui ne coopèrent pas avec l’ICE ou qui proposent des programmes DEI craignent de perdre les subventions qui contribuent à financer des mesures essentielles

Une voiture de patrouille de la police de New York est garée devant une synagogue dans le Lower East Side de Manhattan, le 7 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)
Une voiture de patrouille de la police de New York est garée devant une synagogue dans le Lower East Side de Manhattan, le 7 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

JTA – Le gouvernement fédéral américain alloue chaque année des centaines de millions de dollars à des établissements religieux afin de les aider à se protéger contre des attaques violentes, comme l’incendie criminel d’une synagogue à Jackson, dans le Mississippi, le mois dernier, ou l’attaque à la voiture-bélier qui a pris pour cible le siège de Habad à Brooklyn la semaine dernière.

Mais une synagogue qui se déclare sanctuaire pour des réfugiés – et refuse, à ce titre, de coopérer avec les services de l’immigration et des douanes (ICE) – pourrait-elle encore bénéficier de ce financement au regard des nouvelles règles instaurées par l’administration Trump ? Et qu’en serait-il d’une congrégation qui irait à l’encontre de la politique anti-DEI (diversité, équité et inclusion) de l’administration en mettant en place des programmes destinés à mieux accueillir les Juifs de couleur, les personnes handicapées ou encore les membres de la communauté LGBTQ ?

Après plus de six mois de démarches menées par des organisations juives et des membres du Congrès, la situation demeure floue, le gouvernement fédéral n’ayant toujours pas fourni d’explications claires sur les conditions d’octroi de ces financements. La date limite de dépôt des candidatures étant désormais passée, les congrégations qui ont postulé malgré cette incertitude attendent maintenant de savoir si elles recevront une subvention.

« Nous faisons face à des menaces réelles contre nos communautés », a déclaré Amy Spitalnick, PDG du Conseil juif pour les affaires publiques, dans un communiqué. « Et malgré cela, comme nous le signalons depuis des mois, ce programme essentiel est aujourd’hui plongé dans le chaos et dangereusement politisé, entre retards de mise en œuvre, directives confuses et contradictoires, et nouvelles conditions qui obligent les communautés à choisir entre leurs valeurs et leur sécurité. »

La dernière initiative visant à dissocier le financement de la sécurité de conditions idéologiques ou politiques a pris forme jeudi dans une lettre qui a été signée par un groupe bipartite de membres du Congrès, et qui est destinée à être envoyée à Kristi Noem, secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, qui supervise le programme.

La lettre, rédigée avec le soutien de la Jewish Federations of North America (JFNA), marque la première demande publique de l’organisation en faveur de la suppression de ces conditions.

Les législateurs y exhortent le département de la Sécurité intérieure à maintenir le programme de subventions pour la sécurité des organisations à but non lucratif (NSGP) centré sur son objectif premier, sans exigences politiques qui n’ont pas de liens avec la mission du programme.

« En cette période marquée par la recrudescence des attentats terroristes antisémites et des violences qui ont pris pour cible diverses institutions confessionnelles, nous estimons qu’il est essentiel que le NSGP reste une ressource cruciale pour tous ceux qui souhaitent pratiquer leur culte en toute sécurité et sans politisation partisane », indique la lettre.

Selon Eric Fingerhut, le président-directeur général de la JFNA, certaines institutions juives ont décidé de ne pas solliciter ce financement cette année. Leur nombre reste toutefois inconnu.

« Nous continuons à encourager toutes les institutions juives ayant des besoins accrus en matière de sécurité à demander ces fonds », a-t-il dit dans un communiqué. « Nous avons également entendu de la part de notre communauté que les conditions générales actuelles ont eu pour effet involontaire de dissuader certaines organisations de présenter une demande – c’est pourquoi nous pensons qu’elles devraient être mises à jour de manière appropriée. »

Eric Fingerhut, président-directeur général des Fédérations juives d’Amérique du Nord, dans le hall d’un hôtel de Varsovie, le 13 mars 2022. (Crédit : Carrie Keller-Lynn/The Times of Israel)

Cette lettre a fait suite à un appel plus énergique qui a été lancé le mois dernier par les membres du Congressional Jewish Caucus (groupe parlementaire juif), qui est composé exclusivement de démocrates, un appel initié par le Jewish Council for Public Affairs (Conseil juif pour les affaires publiques). Cette lettre soulevait des préoccupations similaires concernant les conditions politiques et idéologiques liées à l’octroi des subventions.

Le DHS n’a pas répondu à la lettre du Caucus juif du Congrès et il n’a pas répondu aux demandes de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency.

Créé il y a plus de 20 ans, le programme accorde des subventions aux organisations à but non lucratif considérées comme présentant un risque élevé face au terrorisme ou aux violences extrémistes, les aidant à financer leur renforcement et d’autres améliorations de la sécurité physique. Les dépenses éligibles comprennent, en général, les caméras, les contrôles d’accès, les alarmes, les serrures et les barrières de protection. Le Congrès a alloué 274,5 millions de dollars au cours des deux dernières années et il a porté ce financement à 300 millions de dollars pour 2026. En 2024, les députés ont également approuvé une injection unique de 400 millions de dollars qui a visé à faire face à la recrudescence des menaces contre les lieux de culte et contre les organisations à but non lucratif, à la suite du pogrom commis par le Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023.

Les dégâts occasionnés par un incendie à la synagogue de la congrégation Beth Israel de Jackson, dans le Mississippi, le 10 janvier 2026. (CréditCongrégation Beth Israel)

La demande a largement dépassé les fonds disponibles. En 2024, environ 7 600 candidats ont sollicité près d’un milliard de dollars de subventions, et seuls 43 % ont été approuvés. Les institutions juives ont toujours représenté une part importante des bénéficiaires.

Lorsque les subventions fédérales à but non lucratif pour la sécurité avaient été proposées pour la première fois en 2004, elles avaient déclenché un vif débat au sein de la communauté juive : l’Union for Reform Judaism, l’Anti-Defamation League et l’American Jewish Committee s’y étaient opposés pour des raisons liées à la séparation de l’Église et de l’État, avertissant que le soutien fédéral direct aux lieux de culte risquait de franchir une ligne constitutionnelle.

Un argument qui a été repris par d’éminents députés juifs lors de l’examen par le Sénat du « High-Risk Non-Profit Security Enhancement Act » (loi sur le renforcement de la sécurité des organisations à but non lucratif à haut risque). Le sénateur Carl Levin a soutenu un amendement visant à interdire l’aide à l’amélioration de la sécurité des lieux de culte, et le sénateur Frank Lautenberg a fait valoir que même avec des garanties, le financement fédéral des sites religieux « franchissait une ligne », citant une lettre des dirigeants réformistes et reconstructionnistes qui affirmait qu’une telle aide « affaiblissait gravement le mur séparant l’Église et l’État ».

Des hommes hassidiques passent devant des policiers new-yorkais qui gardent une synagogue de Brooklyn le 11 décembre 2019, avant les funérailles de Mosche Deutsch, un étudiant rabbinique de Brooklyn tué lors d’une fusillade dans un marché casher de Jersey City, dans le New Jersey. (Crédit : Mark Lennihan/AP)

Toutefois, au fil du temps, et en particulier à mesure que les menaces contre les institutions juives se sont intensifiées, l’opposition au sein de la communauté juive s’est largement apaisée. Pour beaucoup, l’urgence de protéger des vies l’a emporté sur les inquiétudes initiales. Le programme a été décrit de manière croissante par les responsables juifs et les députés comme un rare succès bipartite : une initiative vitale qui renforçait la sécurité des synagogues et d’autres institutions sans entraîner d’ingérence du gouvernement dans les affaires religieuses.

Ce consensus a commencé à s’effriter l’année dernière sous l’administration Trump, qui a introduit de nouvelles conditions d’octroi des subventions qui, selon les groupes juifs, vont au-delà de la sécurité et touchent à des questions de valeurs et de politique.

Les règles révisées exigent des bénéficiaires des subventions qu’ils fournissent des certifications générales relatives à l’application des lois sur l’immigration et aux pratiques en matière de diversité, ce qui fait craindre que les synagogues ne risquent de perdre leur financement si elles se déclarent sanctuaires, si elles refusent de coopérer avec les autorités chargées de l’immigration ou si elles proposent des programmes axés sur l’inclusion.

En août, une lettre ouverte signée par des groupes confessionnels a critiqué les nouvelles conditions d’octroi des subventions. Elle a exhorté les organisations à reconsidérer leur participation au programme tant que ces conditions resteraient en vigueur.

Une caméra de surveillance installée en face de la synagogue Park East, le 3 mars 2017 à New York. (Crédit : Drew Angerer/Getty Images/AFP)

« Nous sommes unis dans notre refus de capituler devant des conditions qui nous obligeraient à sacrifier la sécurité et la dignité des membres de notre communauté, de nos voisins et de nos partenaires afin de recevoir des fonds », indique la lettre.

Parmi les signataires figuraient des groupes progressistes de défense des Juifs tels que Bend the Arc : Jewish Action, Jews for Racial and Economic Justice et Jewish Voice for Peace, ainsi que des congrégations telles que Kolot Chayeinu à Brooklyn, la Kehilla Community Synagogue à Oakland et le Temple Beth El à Stamford, dans le Connecticut.

Des groupes comme les JFNA et la JCPA, qui défendent depuis longtemps le programme, ont adopté une approche différente. Ils ont conseillé aux institutions et congrégations juives de demander des financements tout en œuvrant en coulisses pour faire évoluer la situation, soulignant que si les conditions étaient toujours en vigueur au moment de l’octroi des subventions, les candidats pourraient alors refuser l’argent.

Un véhicule du département de police de New York est garé devant une synagogue dans le Lower East Side de Manhattan, le 7 octobre 2023, à New York. (Crédit : Mary Altaffer/AP)

Au mois de novembre, le DHS a informé la JCPA que les exigences en matière de coopération et en matière d’immigration ne s’appliquaient pas aux subventions de sécurité accordées aux organisations à but non lucratif, même si l’avis officiel de financement n’a pas été révisé pour refléter ce changement et que les demandes exigeaient néanmoins des candidats qu’ils divulguent si leur travail ou leur mission impliquait le soutien aux immigrants. Les dispositions interdisant ce que l’administration a défini comme étant des types d’activités « DEIA illégales » restent en vigueur.

L’incertitude est soulignée par une FAQ du gouvernement qui demande si l’acceptation d’une subvention de sécurité à but non lucratif pourrait permettre au gouvernement fédéral d’imposer des restrictions « dans tout autre domaine politique susceptible de contredire les croyances religieuses et/ou autres » d’un bénéficiaire. Plutôt que d’apporter une réponse claire, le guide conseille aux candidats de consulter un avocat, une réponse que les défenseurs ont jugée préoccupante.

Un litige connexe est également en cours devant un tribunal fédéral. En octobre, un juge de Rhode Island a statué dans l’affaire Illinois et al. c. FEMA que l’administration Trump ne pouvait pas exiger des États qu’ils coopèrent avec les services fédéraux d’immigration comme condition pour recevoir certaines subventions de sécurité intérieure, ordonnant que ces exigences soient supprimées des accords de subvention.

Mais une note de service ultérieure du DHS a précisé que la décision ne s’appliquait qu’aux 21 États et juridictions qui ont intenté le procès, et que l’administration rétablira les conditions si elle obtient gain de cause en appel.

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