Zohar va supprimer les subventions des Ophir après la victoire d’un film anti-Tsahal
Pour le ministre de la Culture, avoir accordé le 1ᵉʳ prix à "The Sea" est "honteux" ; le film de Shaï Carmeli-Pollak donne, selon lui, une image négative des soldats de l’armée israélienne
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Après la victoire du film « The Sea », qui raconte l’histoire d’un garçon palestinien âgé de 12 ans, dans la catégorie meilleur film lors de la cérémonie des Ophir Awards mardi soir, le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a annoncé, mercredi, qu’il allait suspendre le financement du ministère pour les Ophir Awards et la cérémonie de 2026.
Écrit et réalisé par Shaï Carmeli-Pollak, ce film raconte l’histoire de Khaled (incarné par Mohammed Gazaoui), un garçon palestinien de 12 ans, qui s’apprête à découvrir la mer pour la première fois de sa vie, lors d’un voyage scolaire à Tel Aviv. Mais à un poste de contrôle de l’armée israélienne, les soldats lui refusent le passage. Khaled parvient à se faufiler et entame alors un périple vers la mer. Son père (incarné par Khalifa Natour) se lance à sa recherche, au risque d’être arrêté et de perdre son emploi.
Le film a remporté l’Ophir du meilleur long métrage, tandis que Carmeli-Pollak a reçu l’Ophir du meilleur scénario. Gazaoui a remporté le prix du meilleur acteur, devenant ainsi le plus jeune lauréat de l’histoire des Oscars israéliens ; Natour a reçu le prix du meilleur second rôle masculin ; et Avi Bellili a remporté l’Ophir de la meilleure bande originale.
En tant que lauréat du prix Ophir du meilleur film, « The Sea » représentera Israël dans le processus de nomination pour la catégorie meilleur film international des Oscars, une pratique courante dans l’industrie cinématographique depuis 1991.
Dans un communiqué publié par son ministère, Zohar a qualifié cette victoire de « honteuse ».
« Ce film présente le point de vue palestinien et renvoie une image négative des soldats de l’armée israélienne et de l’État d’Israël », a-t-il déclaré.
« Il n’y a pas de plus grande gifle pour les citoyens israéliens que la cérémonie annuelle embarrassante et déconnectée des Ophir Awards », s’est indigné Zohar.
« Le fait que le film lauréat dépeigne nos soldats héroïques sous un jour diffamatoire et mensonger alors qu’ils se battent et risquent leur vie pour nous protéger n’est malheureusement plus surprenant. »
« Cette absurdité, qui consiste à faire payer aux citoyens israéliens de leur poche les honteux prix Ophir, qui représentent moins de 1 % de la population israélienne, va prendre fin, car j’ai décidé d’y mettre un terme », a écrit Zohar.
« À compter du budget 2026, cette cérémonie pathétique ne sera plus financée par l’argent des contribuables. Tant que je suis en poste, les citoyens israéliens ne paieront plus de leur poche pour une cérémonie qui crache au visage de nos soldats héroïques. Plus jamais. »
Mardi soir, Carmeli-Pollak était l’un des nombreux participants à la cérémonie à porter un tee-shirt sur lequel était inscrit « Un enfant est un enfant est un enfant », dans le cadre d’une campagne appelant à la fin des combats contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.
Le lauréat du prix Ophir est presque toujours sélectionné pour représenter Israël dans la catégorie meilleur film international aux Oscars.
En réponse au communiqué de Zohar, l’Académie israélienne du cinéma et de la télévision a déclaré que « The Sea » était un film sensible à l’égard de l’humanité en général, et en particulier à l’égard de son protagoniste, un garçon palestinien dont le seul souhait est d’atteindre la mer.
« Ce film reflète un engagement profond envers l’excellence cinématographique, la liberté artistique et la liberté d’expression », poursuit le communiqué de l’académie.
« Dans la dure réalité dans laquelle nous vivons, alors que la guerre sans fin à Gaza fait des ravages en termes de morts et de destructions, la capacité à voir ‘l’autre’, même s’il n’appartient pas à votre propre peuple, donne un peu d’espoir », a écrit Assaf Amir, président de l’académie.
« Face aux attaques du gouvernement israélien contre le cinéma et la culture israéliens, ainsi qu’aux appels au boycott lancés par une partie de la communauté cinématographique internationale, la sélection de ‘The Sea’ est une réponse forte et retentissante. Je suis fier qu’un film en arabe, né d’une collaboration entre Israéliens juifs et palestiniens, représente Israël aux Oscars », a-t-il déclaré dans un commentaire inclus dans le communiqué, sans mentionner Zohar directement.
Zohar est considéré par beaucoup comme trop critique envers l’industrie cinématographique israélienne, tentant régulièrement de réduire le financement ou le soutien accordé à tout film qui semble critiquer le gouvernement et ses politiques.
Il n’avait pas été invité à la cérémonie des Ophir 2024. Il a toutefois été invité cette année, dans le cadre de l’engagement de l’académie en faveur de la liberté d’expression, selon un porte-parole de l’académie.
Parmi les autres films récompensés lors de la cérémonie de remise des prix 2025 figurait « Nandauri » d’Eti Tsiko, qui raconte l’histoire d’une avocate israélienne qui retourne à ses racines géorgiennes. Tsiko a remporté le prix du meilleur réalisateur et Neta Riskin celui de la meilleure actrice pour son interprétation dans un géorgien impeccable. Shaï Goldman a remporté l’Ophir de la Meilleure photographie, Inbal Shuki celui des Meilleurs costumes et Orly Ronen celui du Meilleur maquillage.
Le lauréat de l’Ophir du meilleur court métrage narratif, « Dalia’s Tea Casts a Shadow on Mount Fuji » d’Oren Gerner, est également en lice pour les Oscars, maintenant que le prix Ophir dans cette catégorie a été officiellement reconnu par l’Académie des arts et des sciences du cinéma aux États-Unis.
Jusqu’à présent, les courts métrages israéliens ne pouvaient prétendre à une nomination aux Oscars qu’en remportant certains festivals, comme le festival du film de Jérusalem, le festival du film de Haïfa ou Docaviv, ou en étant projetés dans des salles américaines.
Parmi les autres lauréats, citons Uri Avinoam, qui a remporté le prix du meilleur second rôle féminin pour « Because You’re Ugly », le portrait d’une famille matriarcale réalisé par Sharon Engelhart, et Rita Borodiansky, qui a remporté le prix du meilleur casting.
« Yes » de Nadav Lapid, qui raconte l’histoire d’un pianiste chargé de composer un nouvel hymne national après le 7 octobre, a remporté le prix du meilleur montage pour Nili Feller ainsi que celui de la meilleure bande originale pour Moti Chefetz et Aviv Eldema.
Le prix Ophir du meilleur documentaire a été décerné à « A Letter to David » (« Une lettre à David »), l’hommage du réalisateur Tomer Shoval à David Cunio, otage du Hamas, à son frère et compagnon d’infortune Ariel Cunio, ainsi qu’à leur famille.
Au cours de la cérémonie, le prix d’excellence pour l’ensemble de sa carrière a été remis au réalisateur Uri Barbash qui, dans son discours de remerciement, a vivement critiqué Zohar.
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