50 enfants français juifs expulsés d’un avion Vueling : les versions divergent
Les enquêteurs tentent de déterminer si la compagnie espagnole avait des raisons valables d'expulser le groupe du vol à destination de la France ou s'il s'agit d'un acte antisémite
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Quatre jours après le débarquement de plus de 50 enfants français et juifs, de retour de colonie de vacances, d’un avion dans un aéroport espagnol, on ignore toujours ce qui s’est exactement passé. Les versions divergentes de l’incident donnent en effet des images très différentes du déroulement des événements.
Des responsables espagnols, français et israéliens se sont affrontés publiquement sur les réseaux sociaux, tandis que des témoins et des responsables de la compagnie aérienne se disputent pour savoir si ces enfants méritaient d’être expulsés de l’avion ou s’ils ont été victimes d’antisémitisme.
La compagnie aérienne espagnole low-cost Vueling, impliquée dans l’incident, a déclaré que les jeunes avaient agi de manière imprudente à bord de l’appareil, en manipulant de manière inappropriée l’équipement d’urgence, en perturbant la démonstration de sécurité avant le décollage et en mettant en danger la sécurité du vol.
Cependant, de nombreux témoignages de membres de la colonie affirment qu’ils ne faisaient que chanter et qu’ils ont cessé immédiatement après avoir été avertis par l’équipage. Cette version des faits soulève des accusations selon lesquelles leur débarquement forcé serait motivé par des préjugés antisémites.
Ces accusations ont été renforcées par la révélation que le commandant de bord, Iván Chirivella, était l’instructeur de vol ayant formé deux des terroristes responsables des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.
Vueling a reconnu les antécédents de Chirivella, mais a nié tout lien avec le débarquement. Chirivella a été innocenté de toute connaissance des activités terroristes auxquelles il se livrait à l’époque.
The woman who was arrested and beaten is the director of the Kinneret summer camp.
Fifty Jewish French children, aged 10 – 15, were singing Hebrew songs on the plane.
The @vueling airline crew said that Israel is a terrorist state and forced the children off the aircraft; they… https://t.co/V78PEHB58B pic.twitter.com/HizF6SZoaD
— עמיחי שיקלי – Amichai Chikli (@AmichaiChikli) July 23, 2025
Une vidéo filmée mercredi dernier montre une femme, qui serait la directrice de la colonie, violemment immobilisée et menottée par des agents de la Garde Civile (l’équivalent de la gendarmerie).
Samedi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a déclaré avoir contacté la PDG de Vueling, Carolina Martinoli, pour lui demander des explications sur les raisons pour lesquelles 44 mineurs et huit adultes avaient été débarqués du vol V8166 le 23 juillet, et pour savoir si cela était lié au fait qu’ils étaient juifs.
« Mme Martinoli a assuré à M. Barrot qu’une enquête interne approfondie était en cours et que ses conclusions seraient communiquées aux autorités françaises et espagnoles », a déclaré le ministère.
Barrot a également pris contact avec l’ambassadeur d’Espagne en France.
Ministre espagnol des Transports : « Ces morveux d’Israéliens »
Vendredi, le ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, a qualifié ces adolescents français et juifs de « morveux d’Israéliens » dans un message publié sur le réseau social X, puis supprimé.
Yad Vashem Espagne a corrigé Puente.
« Ce sont des Juifs français. Des Européens », indiquait le message publié sur le compte.
« Oscar Puente, confondre l’identité religieuse avec une nationalité étrangère, c’est de l’antisémitisme. Alors que des milliers de familles juives menacées fuient l’Europe chaque année, on attend d’un fonctionnaire qu’il fasse preuve de respect et qu’il n’incite pas à la haine. »
Le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme), une organisation française dédiée à la lutte contre l’antisémitisme, a également critiqué Puente pour son message.
« En attribuant à ces jeunes une nationalité qu’ils n’ont pas et en les stigmatisant publiquement sur un ton hostile, vous avez franchi une ligne rouge », a déclaré l’organisation dans une lettre.
« Nous exigeons une explication. Et des excuses publiques. Car vos propos ne sont pas une simple erreur, mais une faute politique, morale et historique. »
Contestation des faits
Dans un communiqué publié jeudi, Vueling a déclaré que la décision d’expulser les participants à la colonie Kineret était motivée par des raisons de sécurité et n’avait rien à voir avec des convictions anti-Juifs ou anti-Israël.
« Les mesures prises par le personnel de bord ont été uniquement motivées par un comportement qui compromettait l’intégrité du vol, ainsi que la sécurité des passagers et l’ensemble des opérations », indiquait le communiqué.
« Nous rejetons catégoriquement toute suggestion selon laquelle la décision de notre équipage aurait été motivée par la religion des passagers concernés. »
Dans une déclaration audio enregistrée et diffusée sur Enfoque Judio, le commandant de bord, Chirivella, a également déclaré que les jeunes se comportaient mal et que leur expulsion de l’avion était conforme au protocole.
Un porte-parole de la Garde civile espagnole a déclaré que les agents qui ont fait descendre les jeunes de l’avion n’étaient pas au courant de leur appartenance religieuse.
Cependant, de nombreux témoignages de membres de la colonie et d’autres passagers de l’avion contredisent cette version des faits, affirmant que les enfants n’avaient rien fait d’inhabituel. Selon ce récit, les colons chantaient des chansons en hébreu dans l’avion, mais ont cessé dès qu’un membre du personnel navigant leur a demandé d’arrêter.
Me Julie Jacob, avocate représentant la colonie Kineret, a déclaré à i24 News qu’il n’existait aucune preuve d’activité dangereuse commise par ces enfants.
« Aucun acte menaçant la sécurité n’a été observé. Les déclarations de Vueling sont fausses, fantaisistes et sans fondement », a-t-elle déclaré vendredi.
Elle a également déclaré à i24 que plusieurs enfants avaient besoin d’un soutien psychologique depuis l’incident. Me Jacob prévoit de porter plainte contre Vueling.
Plusieurs informations parues dans les médias juifs affirment que des membres du personnel de la compagnie aérienne ont tenu des propos incendiaires à l’égard du groupe et ont qualifié Israël « d’État terroriste ». Ces affirmations n’ont pas été vérifiées.
Les colons et leurs familles ont également déclaré que le personnel de Vueling les avait menacés pour avoir parlé hébreu, selon Yad Vashem Espagne, la branche locale du musée et mémorial israélien de la Shoah.
Karine Lamy, qui se présente comme la mère de l’un des adolescents, a déclaré à i24NEWS qu’un seul enfant avait commencé à chanter et qu’après un avertissement de l’équipage, ils s’étaient calmés et s’étaient bien comportés. Elle a ajouté que la sécurité avait tout de même été appelée et avait ordonné au groupe de débarquer.
Elle a expliqué que les agents de sécurité avaient ensuite demandé à tout le monde de poser leur téléphone portable sur le sol afin de supprimer les vidéos enregistrées. Selon Lamy, la directrice s’y est opposée, affirmant qu’ils n’avaient pas le droit de faire cela, ce qui a conduit à son arrestation.
Un passager nommé Damian, qui n’avait aucun lien avec la colonie de vacances, a déclaré au site juif espagnol Enfoque Judio qu’il n’avait rien vu qui justifie un traitement aussi sévère.
« Rien ne s’est passé qui ait nécessité leur débarquement » a déclaré Damian.
« Les enfants étaient polis, calmes. Ils étaient excités, certes, mais ils ne faisaient rien de mal. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. »
Une femme dont le fils de 17 ans se trouvait dans l’avion a déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat que le groupe rentrait chez lui après deux semaines de colonie de vacances.
Elle a ajouté qu’elle « ne voyait pas ce qui pouvait justifier » cet incident, qui a touché des enfants âgés de seulement 12 et 13 ans.
« Ils ont été débarqués comme des chiens », a-t-elle déclaré.
Certains de ces jeunes portaient des vêtements et des symboles religieux juifs, tels que des kippot, des tzitzit et des étoiles de David.
Une vidéo partagée par Enfoque Judio montre l’un des moniteurs ordonner aux enfants de cacher tous leurs symboles religieux pendant leur détention, afin de ne pas compliquer les choses.
Dimanche, Yad Vashem Espagne a demandé à Vueling de mener une enquête approfondie et impartiale.
« La compagnie n’a encore fourni aucun élément de preuve à l’appui de sa version des faits », soulignait le communiqué.
« Il est étrange qu’à une époque où chaque incident est enregistré, en particulier dans un avion, aucune vidéo ou photo montrant le comportement prétendument dangereux de ce groupe n’ait été diffusée », a-t-il ajouté, compte tenu notamment des versions contradictoires des faits.
Jeudi, tous les jeunes et les membres du personnel arrêtés étaient rentrés en France, a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères. Selon un communiqué publié en hébreu, le ministère, en collaboration avec l’ambassade israélienne à Madrid, « est resté en contact permanent » avec les autorités de l’aéroport après l’incident.
Précédents historiques
Vendredi, le ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli, a indiqué que la compagnie aérienne Vueling avait confirmé que le pilote de l’avion était l’instructeur de vol de deux des 19 terroristes ayant perpétré les attentats du 11 septembre 2001 contre les États-Unis.
« La réalité dépasse toute imagination », a-t-il écrit sur le réseau social X.
Les liens entre Chirivella et les terroristes du 11 septembre ont été largement documentés au fil des ans, notamment dans son propre livre publié en 2003, Innocent Accomplice ( « Complice innocent »).
Bien que Chirivella ait été généreusement rémunéré par les terroristes Marwan al-Shehhi et Mohamed Atta, il a été innocenté de tout lien avec eux ou de toute connaissance préalable de l’attentat. Selon Vueling, le lien entre les deux événements serait purement fortuit.
Les actes antisémites ont explosé partout dans le monde depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Chikli a désigné l’Espagne comme l’un des pays les plus affectés.
Selon un récent rapport de l’Observatoire de l’antisémitisme, une initiative conjointe de la Fédération des communautés juives d’Espagne et du Mouvement contre l’intolérance, le nombre d’actes antisémites signalés dans le pays a presque sextuplé depuis 2022.
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