A Bnei Brak, les tensions entre religieux et laïcs montent autour de la question de la voiture à Shabbat
Selon les habitants, les conflits liés à la conduite automobile le samedi sont de plus en plus dangereux, quelques semaines après qu’une fillette a été percutée et légèrement blessée par une voiture lors de heurts
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BNEI BRAK, centre d’Israël — Même en semaine, les tensions restent vives dans ce quartier de Bnei Brak, suite aux manifestations sur la question de Shabbat qui ont divisé la ville.
« Les intégristes ici sont de vrais vandales et de véritables barbares », déclare d’un air courroucé une femme qui visite le quartier de Kvutzat Sofrim (Complexe des écrivains) en cet après-midi de mercredi. « Ils ont craché sur ma fille. C’est terrible. »
Les conflits locaux incessants autour du statut du quartier ont pris une dimension nationale ces dernières semaines, après que la municipalité a décidé de fermer un pont voisin durant Shabbat « afin de préserver le caractère du quartier ».
Les forces de l’ordre ont alors déclaré cette fermeture illégale et fait retirer les barricades, provoquant une vive réaction de la part des militants ultra-orthodoxes locaux, qui sont massivement descendus manifester dans les rues, afin d’empêcher physiquement le passage des véhicules.
La situation a atteint son paroxysme il y a deux semaines, pendant les manifestations du vendredi soir. Un conducteur a foncé dans la foule des manifestants et a percuté une fillette de 3 ans qui se trouvait sur la chaussée. Si l’enfant, légèrement blessée, s’est depuis rétablie, cet incident a poussé les responsables municipaux et les habitants à rechercher d’urgence une solution pacifique.
« C’est le chaos total », déplore Bracha, une habitante du quartier, assise sur un banc près du lieu où la fillette a été renversée. « Et les choses deviennent de plus en plus effrayantes. »
Une situation complexe
Les prémices du conflit entre les habitants orthodoxes haredim et les résidents laïques du quartier Kvutzat Sofrim étaient apparues deux ans plus tôt – avant même que quelqu’un n’ait emménagé dans le secteur.
À l’origine, ce projet immobilier avait été présenté comme la nouvelle communauté ultra-orthodoxe du nord de Bnei Brak. Cette ville située à l’est de Tel Aviv est largement considérée comme la capitale officieuse de la communauté juive haredi. Les lois foncières exigeaient toutefois que certains appartements soient vendus au grand public par le biais du Mechir Lamishtaken, un système de tirage au sort subventionné par l’État permettant d’acheter des logements à prix réduit. Finalement, ce sont des candidats laïques qui ont remporté le droit d’acquérir quelque 10 % des logements.
Pour ceux qui ont été tirés au sort, l’opportunité a été exceptionnelle, explique Natan Schwartz, PDG de Nesher Real Estate, une agence immobilière spécialisée dans les biens situés à Bnei Brak.
« La ville bénéficie d’une situation centrale, avec des opportunités d’emploi, des hôpitaux, des universités, un tramway et un accès à tout », ajoute Schwartz. « Les appartements coûtent 1 million de shekels de moins qu’à Tel Aviv, juste en face. Personne ne refuserait une offre aussi avantageuse dans un secteur aussi stratégique. »
Mais, comme les acheteurs l’ont rapidement découvert, cette offre comportait certaines conditions.
Des troubles dans le quartier
Les premiers habitants du nouveau complexe ont commencé à emménager il y a environ deux ans. Les premières manifestations ont éclaté seulement quelques mois plus tard, raconte Bracha.
« La plupart des habitants de ce quartier s’entendent très bien », déclare-t-elle, en montrant un complexe abritant plusieurs petites synagogues voisines. « Mais le rabbin de l’une des mouvances hassidiques prône des idées très extrémistes, et ses fidèles manifestent chaque semaine. Ils veulent que les laïcs quittent les lieux. »
Les habitants insistent sur le fait que ces extrémistes ne représentent qu’une infime partie de la population haredi de Kvutzat Sofrim. Certains décrivent leurs manifestations comme une nuisance relativement mineure, sans incidence sur leur quotidien. D’autres, dont une femme qui préfère conserver l’anonymat, les accusent de « pourrir le quartier ».
Bracha, qui se présente comme « haredi mais libérale », explique que les manifestants sèment le chaos dans le quartier. Elle appelle à davantage de tolérance de la part de tous.
« Il y a des panneaux dans le quartier qui interdisent de conduire à Shabbat, mais certains le font quand même ici », fait-elle remarquer. « Il y a des laïcs dans mon immeuble, mais cela ne me dérange pas. Ils sont calmes et respectueux, et ils veulent pouvoir conduire. Nous pouvons tous cohabiter en paix. »
Provocation et manque de respect
Aviva, une autre habitante du quartier, ne partage pas cet avis.
« Au fond, nous sommes tous frères. Mais les gens qui vivent ici doivent comprendre qu’il s’agit d’un quartier haredi », souligne-t-elle. « C’est un endroit où l’on observe Shabbat. Si vous souhaitez enfreindre Shabbat chez vous, c’est votre choix. Mais le faire en public, c’est une provocation envers la communauté. »
Il y a eu d’autres affrontements à Bnei Brak, note Aviva, et la majeure partie de la ville est désormais fermée à la circulation durant Shabbat. Mais l’incident survenu il y a plusieurs semaines, au cours duquel un conducteur laïc a foncé dans une foule de manifestants et percuté une fillette « m’a choquée et m’a profondément blessée », indique-t-elle.
« Ils ont délibérément fait des allers-retours au milieu de la foule, puis ils se sont enfuis à toute vitesse », ajoute-t-elle. « Cette situation me fait mal au cœur, car il serait possible de vivre en paix, dans le respect mutuel, mais avec leur comportement actuel, c’est très difficile. »
À la suite de cet incident, le conducteur a été arrêté et emmené hors des lieux. La fillette a quant à elle été transportée à l’hôpital. Elle s’est depuis rétablie. Le conducteur a affirmé qu’il n’avait pas eu l’intention de blesser qui que ce soit : la foule nombreuse qui entourait son véhicule l’aurait fait paniquer, ce qui l’aurait poussé à appuyer sur l’accélérateur. La police poursuit actuellement son enquête.
Et maintenant ?
Les choses se sont enchaînées lorsque, peu avant le début de Shabbat, la mairie de Bnei Brak a ordonné que des bennes à ordures et d’autres objets soient placés pour bloquer l’accès au pont Moshe Yehuda Leib, à l’entrée du quartier. L’objectif était de réduire au minimum la traversée du quartier pendant Shabbat. Une autre entrée a certes été laissée ouverte, mais les habitants ont été scandalisés par cette mesure qui, selon certains, leur avait donné l’impression d’être piégés dans leur propre quartier.
« On peut continuer tout droit, et il y a une autre sortie un peu plus loin », précise Bracha. « Mais malgré tout, cette situation est regrettable. Nous devrions essayer de vivre en paix. »
La communauté du Kvutzat Sofrim est encore en pleine évolution, tant sur le plan matériel que religieux. Les grues de chantier et les gravats jonchent le sol, et hormis les immeubles d’habitation et les synagogues de fortune, le quartier est pratiquement désert. Les habitants doivent sortir du secteur pour faire leurs courses. En semaine, les personnes non-haredim les plus visibles dans les rues sont les ouvriers du bâtiment et les électriciens qui construisent de nouveaux logements.
À ce stade, difficile de dire quelle sera l’issue de ce conflit. Alors que la police et les responsables municipaux s’efforcent de trouver une solution, la mairie se verra probablement interdire de mettre en place des barrages à Shabbat et pendant les prochaines fêtes religieuses, ce qui pourrait ouvrir la voie à de nouveaux affrontements.
Quelle que soit la solution à court échéance, certains membres de la communauté estiment déjà savoir comment la situation évoluera à long terme.
« Selon les règles du tirage au sort du Mechir Lamishtaken, il est interdit de vendre son appartement pendant les trois premières années suivant l’emménagement », explique l’agent immobilier Schwartz. « Je pense que d’ici un an environ, la majorité des [résidents laïques] réaliseront un joli bénéfice en vendant leur bien. »
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