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À Cannes, embarras après la tribune anti-Bolloré et la réaction du patron de Canal+, Maxime Saada

Si Maxime Saada a appelé le CNC à "ne plus travailler" avec les 600 professionnels du cinéma qui ont signé une tribune contre Vincent Bolloré, il doute de la mise en œuvre concrète de cette décision

Maxime Saada, président de la chaîne de télévision privée française Canal+, posant avant la 46ᵉ cérémonie des César, à Paris, le 12 mars 2021. (Crédit : Thomas Samson/Pool via AP)
Maxime Saada, président de la chaîne de télévision privée française Canal+, posant avant la 46ᵉ cérémonie des César, à Paris, le 12 mars 2021. (Crédit : Thomas Samson/Pool via AP)

La décision choc du patron de Canal+ de boycotter les signataires d’une tribune anti-Vincent Bolloré a secoué, lundi, le festival de Cannes, où le spectre d’une « liste noire » suscite embarras et inquiétude au sein d’une filière économiquement déjà fragilisée.

En appelant dimanche son groupe à « ne plus travailler » avec les 600 professionnels du cinéma qui ont signé la tribune, dont Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi ou Swann Arlaud, Maxime Saada a éclipsé la course à la Palme d’or et soulevé des questions quant à la mise en œuvre concrète de cette décision.

Un peu plus tard dans la journée, le collectif Zapper Bolloré a même revendiqué 651 signatures supplémentaires, portant à plus de 1 200 le nombre de signataires, parmi lesquels le réalisateur Robin Campillo (« 120 battements par minute »).

Lundi, sur la Croisette, des professionnels se sont émus d’une possible mise à l’écart de centaines d’acteurs, cinéastes et techniciens ayant dénoncé « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+, qui n’est autre que le premier financeur du cinéma français.

« Tu ne peux pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective », a déclaré à l’AFP l’actrice Adèle Exarchopoulos, dont le film Garance est en lice pour la Palme d’or.

« On est face à un formidable gâchis », a déclaré en conférence de presse Alain Attal, un des producteurs du film. « Cette réaction à chaud crée une espèce de liste noire et en même temps, on est emmerdé parce qu’on a une formidable maison (Canal+) qui soutient la diversité ».

Chaque année, le groupe alloue en effet quelque 170 millions d’euros au cinéma français, finançant aussi bien les grosses productions que les films d’auteur. « Canal+ soutient tous les cinémas, toute la diversité » et a vocation « à investir davantage », avait d’ailleurs réaffirmé Maxime Saada dimanche, notant que des films marqués à gauche, comme « L’histoire de Souleymane », avaient bénéficié de ces financements.

Mais c’est son appel à ne plus travailler avec les signataires de la tribune anti-Bolloré, publiée à l’orée du festival de Cannes, qui a retenu l’attention.

« Menaces »

« Je comprends d’où est née cette tribune, elle est née d’une peur, d’une anxiété, et quand on entend derrière ‘liste noire’, ‘menaces’, ça ne fait qu’entretenir cette anxiété », a réagi Jeanne Herry, réalisatrice de « Garance ».

La tribune, qui espérait surfer sur la fronde anti-Bolloré lors de l’édition, était toutefois loin d’avoir fait l’unanimité dans le milieu, où certains peinaient à déceler justement une inflexion idéologique dans les choix de Canal+.

« On voit à quel point nous sommes soutenus [par Canal+] sur des projets divers et complexes, et à quel point ils ont envie d’un cinéma différent et multiple », a déclaré Hugo Sélignac, à la tête de Chi-Fou-Mi Productions, ajoutant comprendre que les équipes de Canal+ aient pu être « vexées » par la tribune, mais rejetant toute mise à l’écart de ses signataires.

« Bien sûr on va retravailler avec eux », a-t-il ajouté.

Dans la matinée, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, avait, lui aussi, dit « regretter » la réaction de Maxime Saada, tout en prenant ses distances avec la tribune.

La réponse de Saada « sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique fait partie de ce principe fondamental », a-t-il détaillé sur France Inter, tout en rappelant que, jusqu’à présent, Canal+ soutenait « tous les cinéastes ».

À un an de la présidentielle et alors que le CNC est sous le feu de l’extrême droite, la polémique a rebondi sur le plan politique.

À gauche, des personnalités ont exprimé leur indignation face à la sortie de Saada.

« L’extrême-droite n’a jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public », a jugé Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.

« Permettre à un milliardaire d’avoir la main sur toute la production culturelle française est suicidaire », a écrit Jean-Luc Mélenchon sur le réseau social X. « Il faut non seulement soutenir les artistes qui lui tiennent tête, mais aussi préparer le démantèlement de tels monopoles », a-t-il poursuivi.

D’autres voix se sont élevées pour défendre la prise de position de Saada.

« Je n’ai jamais entendu Canal+ être accusé de ne pas assumer une diversité dans les films qu’il co-produit », a affirmé le député Renaissance Sylvain Maillard, invitant les signataires de la tribune « à plutôt se consacrer à leur art, le cinéma, plutôt qu’à faire de la politique ».

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