À Cannes, embarras après la tribune anti-Bolloré et la réaction du patron de Canal+, Maxime Saada
Si Maxime Saada a appelé le CNC à "ne plus travailler" avec les 600 professionnels du cinéma qui ont signé une tribune contre Vincent Bolloré, il doute de la mise en œuvre concrète de cette décision
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La décision choc du patron de Canal+ de boycotter les signataires d’une tribune anti-Vincent Bolloré a secoué, lundi, le festival de Cannes, où le spectre d’une « liste noire » suscite embarras et inquiétude au sein d’une filière économiquement déjà fragilisée.
En appelant dimanche son groupe à « ne plus travailler » avec les 600 professionnels du cinéma qui ont signé la tribune, dont Juliette Binoche, Jean-Pascal Zadi ou Swann Arlaud, Maxime Saada a éclipsé la course à la Palme d’or et soulevé des questions quant à la mise en œuvre concrète de cette décision.
Un peu plus tard dans la journée, le collectif Zapper Bolloré a même revendiqué 651 signatures supplémentaires, portant à plus de 1 200 le nombre de signataires, parmi lesquels le réalisateur Robin Campillo (« 120 battements par minute »).
Lundi, sur la Croisette, des professionnels se sont émus d’une possible mise à l’écart de centaines d’acteurs, cinéastes et techniciens ayant dénoncé « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art par l’intermédiaire de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Canal+, qui n’est autre que le premier financeur du cinéma français.
« Tu ne peux pas avoir peur de perdre ton travail juste parce que tu exprimes une inquiétude collective », a déclaré à l’AFP l’actrice Adèle Exarchopoulos, dont le film Garance est en lice pour la Palme d’or.
« On est face à un formidable gâchis », a déclaré en conférence de presse Alain Attal, un des producteurs du film. « Cette réaction à chaud crée une espèce de liste noire et en même temps, on est emmerdé parce qu’on a une formidable maison (Canal+) qui soutient la diversité ».
Chaque année, le groupe alloue en effet quelque 170 millions d’euros au cinéma français, finançant aussi bien les grosses productions que les films d’auteur. « Canal+ soutient tous les cinémas, toute la diversité » et a vocation « à investir davantage », avait d’ailleurs réaffirmé Maxime Saada dimanche, notant que des films marqués à gauche, comme « L’histoire de Souleymane », avaient bénéficié de ces financements.
Mais c’est son appel à ne plus travailler avec les signataires de la tribune anti-Bolloré, publiée à l’orée du festival de Cannes, qui a retenu l’attention.
« Menaces »
« Je comprends d’où est née cette tribune, elle est née d’une peur, d’une anxiété, et quand on entend derrière ‘liste noire’, ‘menaces’, ça ne fait qu’entretenir cette anxiété », a réagi Jeanne Herry, réalisatrice de « Garance ».
La tribune, qui espérait surfer sur la fronde anti-Bolloré lors de l’édition, était toutefois loin d’avoir fait l’unanimité dans le milieu, où certains peinaient à déceler justement une inflexion idéologique dans les choix de Canal+.
« On voit à quel point nous sommes soutenus [par Canal+] sur des projets divers et complexes, et à quel point ils ont envie d’un cinéma différent et multiple », a déclaré Hugo Sélignac, à la tête de Chi-Fou-Mi Productions, ajoutant comprendre que les équipes de Canal+ aient pu être « vexées » par la tribune, mais rejetant toute mise à l’écart de ses signataires.
« Bien sûr on va retravailler avec eux », a-t-il ajouté.
Dans la matinée, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, avait, lui aussi, dit « regretter » la réaction de Maxime Saada, tout en prenant ses distances avec la tribune.
La réponse de Saada « sur le plan de la liberté d’expression, ça pose question. Parce que le droit à la critique fait partie de ce principe fondamental », a-t-il détaillé sur France Inter, tout en rappelant que, jusqu’à présent, Canal+ soutenait « tous les cinéastes ».
À un an de la présidentielle et alors que le CNC est sous le feu de l’extrême droite, la polémique a rebondi sur le plan politique.
À gauche, des personnalités ont exprimé leur indignation face à la sortie de Saada.
« L’extrême-droite n’a jamais aimé la liberté, ni la création, ni le service public », a jugé Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste.
« Permettre à un milliardaire d’avoir la main sur toute la production culturelle française est suicidaire », a écrit Jean-Luc Mélenchon sur le réseau social X. « Il faut non seulement soutenir les artistes qui lui tiennent tête, mais aussi préparer le démantèlement de tels monopoles », a-t-il poursuivi.
D’autres voix se sont élevées pour défendre la prise de position de Saada.
« Je n’ai jamais entendu Canal+ être accusé de ne pas assumer une diversité dans les films qu’il co-produit », a affirmé le député Renaissance Sylvain Maillard, invitant les signataires de la tribune « à plutôt se consacrer à leur art, le cinéma, plutôt qu’à faire de la politique ».
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