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À la Semaine des archives d’Israël, un aperçu des coulisses de la naissance de l’hébreu moderne

Photos oubliées, notes manuscrites ou microfilms vieillissants : pendant une semaine, une série d'événements propose un aperçu rare des documents qui témoignent de la mémoire collective du pays

Neta Dan (à gauche) évoque les mystères de la recherche archivistique lors de la soirée des archives organisée par l'Académie de la langue hébraïque, le 9 juin 2026 (Autorisation)
Neta Dan (à gauche) évoque les mystères de la recherche archivistique lors de la soirée des archives organisée par l'Académie de la langue hébraïque, le 9 juin 2026 (Autorisation)

Pour Dudu Amitai, responsable des archives de l’Académie de la langue hébraïque, décider quels sont les types de documents qui doivent être conservés et quels autres doivent être éliminés ne relève pas seulement d’une simple question de désencombrement. Il s’agit de déterminer quelle image de notre réalité actuelle sera transmise aux générations futures.

« Le rôle des archives est de refléter la réalité de l’institution que nous représentons », a déclaré Amitai devant un public d’environ 60 personnes au centre de l’Académie, à Jérusalem, dans la soirée de mardi. « Décider ce qu’il faut conserver et ce qu’il ne faut pas conserver implique d’abord de comprendre ce qui existe dans le présent, puis de réfléchir à ce qui, parmi tout cela, sera pertinent pour une personne dans le futur. »

C’est à l’occasion de la « Nuit des archives » qui a été organisée par l’Académie de la langue hébraïque – un événement qui s’est inscrit dans une série de conférences données cette semaine à travers le pays pour célébrer la Semaine internationale des archives – qu’Amitai a présenté ses réflexions. Pour certains, cet événement a offert une occasion unique de découvrir les coulisses de l’histoire de 40 des plus grandes institutions du pays.

« Traditionnellement, la Journée internationale des archives a lieu le 9 juin. Depuis quelques années, cependant, elle dure toute une semaine », a souligné Lavi Shai, président de l’Association israélienne des archives et de l’information, qui supervise les festivités de cette semaine.

« Lorsque nous avons lancé ces événements cette année, nous avons décidé d’ouvrir la participation à différents types d’archives à travers le pays, notamment à celles d’organisations et de municipalités. Jusqu’à présent, le succès a été phénoménal, et les réactions très positives. »

Tout au long de la semaine, des soirées d’archives ont été organisées dans différentes institutions historiques, parmi lesquelles le Fonds national juif (JNF-KKL), la Knesset, le mémorial de Yad Vashem, la Bibliothèque nationale d’Israël, les Chemins de fer israéliens, le service météorologique israélien, les archives cinématographiques d’Israël, et bien d’autres encore. Dans tout le pays, ces événements ont attiré des foules de personnes désireuses de découvrir les histoires méconnues qui ont contribué à façonner l’histoire d’Israël, a expliqué Shai.

Dudu Amitai, responsable des archives de l’Académie de la langue hébraïque, lors de la soirée des archives de l’Académie, le 9 juin 2026 (Autorisation)

Pour Neta Dan, chercheuse au sein du département de la recherche sur l’hébreu moderne à l’Académie de la langue hébraïque, le travail d’exploration des archives de l’institution peut parfois prendre des allures dramatiques et mystérieuses.

« Une fois, lorsque j’ai dit à quelqu’un que je travaillais comme linguiste, cette personne a mal entendu et a cru que j’avais dit que j’étais détective », raconte Dan en riant, soulignant que les mots hébreux pour ces deux professions se prononcent de manière très similaire (balshanit vs balashit). « En y réfléchissant plus tard, je me suis rendu compte que les deux étaient très proches : mes recherches universitaires nécessitent souvent certaines compétences d’investigation. »

Dan, spécialiste de l’époque d’Eliezer Ben Yehuda et de son œuvre de renaissance de la langue hébraïque pour l’Israël moderne, a évoqué les nombreuses occasions où elle a exploré les archives de l’institution pour mettre au jour de nouveaux détails historiques.

Dans un cas, deux mystérieuses photographies trouvées par hasard ont permis d’identifier un rassemblement d’écrivains et de personnalités du monde culturel juifs à Vienne en 1913, a expliqué Dan. Dans un autre cas, un seul mot écrit à la main sur l’une des fiches utilisées par Ben Yehuda a permis de confirmer le rôle de son assistant principal, Moshe Bar Nissim, dans la rédaction de son dictionnaire fondateur de la langue hébraïque.

« Pour moi, fouiller dans les archives est un véritable travail de détective, qui nous permet de faire connaître nos plus grands trésors culturels », a-t-elle ajouté.

Une exposition à l’Académie de la langue hébraïque présente des objets historiques illustrant l’évolution historique de l’hébreu moderne, le 9 juin 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Amitai, pour sa part, a invité le public à participer à un jeu consistant à déterminer si certains documents méritaient ou non d’être archivés. Une vieille photo, en particulier, a été jugée digne d’intérêt après qu’il a été précisé qu’il s’agissait d’un rare portrait de la mère de Ben Yehuda ; le compte-rendu d’une réunion d’un comité universitaire au cours de laquelle un membre en avait critiqué un autre en des termes très virulents a également été retenu.

Dudu Amitai, responsable des archives de l’Académie de la langue hébraïque, a fait participer le public à un jeu lors de la soirée des archives de l’Académie, le 9 juin 2026. (Autorisation)

Amitai a présenté avec enthousiasme un vieux microfilm – un support très utilisé pour stocker des informations jusque dans les années 1970.

« Aujourd’hui, on n’utilise généralement plus de microfilms, mais c’est un support extrêmement pratique pour l’archivage », a déclaré Amitai en brandissant une vieille disquette et un CD-ROM. « Ces autres supports modernes étaient très populaires à une époque. Mais ils sont très fragiles, et tout le monde ne dispose pas aujourd’hui du matériel nécessaire pour les lire. En revanche, les microfilms durent beaucoup plus longtemps. Et pour les lire, une source de lumière et une loupe suffisent. »

Dan a ensuite abordé l’histoire des archives Bar-Adon, une collection d’enregistrements audio réalisés par le linguiste israélo-américain Aharon Bar Adon, qui a interviewé 250 personnalités israéliennes de premier plan au sujet de la langue hébraïque dans les années 1960 et 1970. Les participants ont ainsi pu entendre les anciens Premiers ministres David Ben Gurion et Menahem Begin décrire leurs difficultés à apprendre l’hébreu pour la première fois, ainsi que l’écrivain Isaac Bashevis Singer évoquer son attachement au yiddish.

L’Association israélienne des archives et de l’information compte environ 400 membres à travers le pays, a fait savoir Shai. Elle propose aussi des cours et des formations professionnelles. Les progrès de l’intelligence artificielle ces dernières années ont rendu le travail de nombreux archivistes plus rapide et plus facile que jamais, permettant un développement plus rapide du secteur, a-t-il souligné.

Le Dr Lavi Shai, président de l’Association israélienne des archives et de l’information, lors de la soirée des archives organisée par l’Académie de la langue hébraïque, le 9 juin 2026 (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

« Les archivistes ont toujours un rôle à jouer », a affirmé Amitai. « Leur travail est indispensable pour consigner les détails de l’histoire, avec toutes ses difficultés, et pour retracer avec précision le récit de notre époque. »

« Certains de nos prédécesseurs font partie des figures marquantes de l’histoire d’Israël, et leurs œuvres revêtent une grande importance d’un point de vue historique », a poursuivi Amitai. « Nous sommes en possession de nombreux artefacts très intéressants, dont beaucoup sont particulièrement riches en informations. »

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