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Accord Trump-Iran : la discrète opposition des organisations juives américaines

L'AIPAC et d'autres organisations critiquent le texte sans se lancer dans la même offensive qu'en 2015 face à Obama, tandis que les républicains juifs soutiennent le président. L'armée est inquiète

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime dans une vidéo depuis Israël lors de la conférence politique 2019 de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), au Washington Convention Center, à Washington, DC, le 26 mars 2019. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime dans une vidéo depuis Israël lors de la conférence politique 2019 de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), au Washington Convention Center, à Washington, DC, le 26 mars 2019. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

JTA — De plus en plus d’organisations juives américaines font part de leurs réserves face au récent protocole d’accord qui a été signé entre les États-Unis et l’Iran.

Pour l’instant tout du moins, leurs réactions à l’accord signé par le président américain Donald Trump sont bien plus mesurées que cela avait été le cas en 2015, lors de la conclusion de l’accord sur le nucléaire iranien de l’ancien président Barack Obama. Par ailleurs, l’une des organisations juives qui s’était, en son temps, opposée à l’accord d’Obama a aujourd’hui apporté son soutien à celui de Donald Trump.

Depuis ce jeudi, l’American Jewish Committee (AJC) et le géant du lobbying pro-israélien AIPAC ont été les plus importantes organisations juives à avoir fait part de leurs inquiétudes au sujet de ce tout nouvel accord avec l’Iran, diffusant des objections officielles.

Contrairement au Plan d’action global commun (JCPOA) d’Obama, le protocole d’accord de Trump n’est pas un accord final mais il marque le début d’une période de négociation de 60 jours visant à mettre un terme définitif à la guerre avec l’Iran. Bien que la majeure partie des combats ait cessé début avril, ce conflit s’apprête techniquement à entrer dans son quatrième mois.

Pour le moment, le texte ne détaille aucun engagement clair concernant le programme nucléaire iranien. Cette question était pourtant au cœur du JCPOA et reste une préoccupation majeure pour les organisations juives, unanimement opposées à ce que l’Iran se dote de l’arme nucléaire, essentiellement en raison du risque pour Israël. Nombre de ces organisations s’étaient opposées à l’accord d’Obama en raison de ses « clauses de caducité » (sunset clauses), lesquelles prévoyaient une levée progressive des restrictions nucléaires au bout de dix ans.

Malgré cela, de nombreux analystes de tous les horizons politiques estiment que l’accord de Trump est moins avantageux que celui d’Obama, notamment parce qu’il ouvre la voie à une reprise économique iranienne. En outre, il ne dit rien ni du programme balistique iranien, ni du soutien de Téhéran à ses proxys terroristes.

Le gouvernement israélien – qui était dirigé à l’époque comme aujourd’hui par le Premier ministre Benjamin Netanyahu – s’était farouchement opposé à l’accord d’Obama. Netanyahu avait personnellement mené le lobbying contre ce texte en 2015 lors d’un discours polémique devant le Congrès américain.

Les dirigeants israéliens (sauf Netanyahu, jusque là silencieux) ont eux aussi fait part de leur vive opposition publique à l’accord de Trump — notamment parce qu’il exige d’Israël qu’il cesse ses opérations contre le Hezbollah dans le sud-Liban. Selon un sondage qui a été réalisé par la chaîne N12, 71 % des Israéliens ne font pas confiance à Trump pour défendre les intérêts de leur pays dans les négociations avec l’Iran.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès des Etats-Unis, à Washington, le 3 mars 2015. (Crédit : Amos Ben Gershom/Flash90/GPO)

Ce protocole d’accord « soulève des questions majeures », a expliqué l’AIPAC dans un long communiqué. Le groupe y a exhorté le Congrès à intervenir avant la signature d’un « accord nucléaire final » et il a soutenu que les termes du protocole ne correspondaient pas aux « objectifs déclarés du président Trump pour cette guerre », à savoir l’élimination des missiles balistiques iraniens, l’arrêt de son soutien aux groupes terroristes et la certitude qu’il ne se dotera pas de l’arme nucléaire.

« Ce protocole d’accord va permettre à l’Iran de tirer d’importants bénéfices économiques », a affirmé le communiqué de l’AIPAC. Le document « ouvre la possibilité de laisser à l’Iran une capacité nucléaire significative » en ignorant les infrastructures nucléaires actuelles et en n’imposant pas « les inspections nécessaires, en tout lieu et tout temps, pour garantir le respect des engagements », a-t-il ajouté.

L’AIPAC a par ailleurs regretté qu’en imposant un cessez-le-feu au Liban, l’accord « semble obliger Israël à mettre fin à ses efforts pour désarmer le Hezbollah ». Elle a noté que le texte « ne contient aucune disposition pour lutter contre le soutien apporté par l’Iran au terrorisme, pas plus qu’à son programme de missiles ou de drones ».

Le lobby a en outre estimé que l’accord « renforce » la position du régime iranien alors qu’au début de la guerre, Trump avait appelé le peuple iranien à « renverser son gouvernement ».

De son côté, l’AJC a listé sept « motifs d’inquiétude » concernant ce protocole d’accord. À l’instar de la plupart des autres organisations juives qui ont été interrogées par la JTA pour les besoins de cet article, l’AJC espère encore que les termes de l’accord pourront être modifiés avant sa finalisation afin d’être plus fermes envers l’Iran et plus favorables à Israël.

Un homme observant les débris d’un missile iranien qui s’est écrasé près de Jéricho, en Cisjordanie, le 8 juin 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)

En 2015, face au JCPOA, l’AJC avait déclaré s’opposer « formellement » à cet accord.

Republican Jewish Coalition : « Faites confiance au président Trump »

« Faites confiance au président Trump », a déclaré jeudi la Republican Jewish Coalition à ses sympathisants, ce qui a fait d’elle l’organisation juives la plus notable à soutenir le protocole d’accord du président américain.

« Le président Trump a gagné la confiance de la communauté juive de par son travail et celui de son équipe en vue de l’élaboration d’un accord final », ont déclaré dans un communiqué Matt Brooks, directeur général de la Republican Jewish Coalition, et Norm Coleman, son président.

Ils ont salué le protocole d’accord, affirmant qu’il « dessine des perspectives de stabilité économique pour les États-Unis, la région et le monde » et qu’il « offre des opportunités pour de nouvelles voies vers une paix renforcée ».

La Republican Jewish Coalition a toutefois prévenu que l’« accord final devra éviter les failles qui ont précipité la chute de celui d’Obama », insistant sur le fait qu’il ne devait y avoir « aucune clause de caducité » concernant le programme nucléaire iranien. Dans les jours précédant sa déclaration, le groupe avait relayé les éloges de ce protocole formulés par d’autres alliés de Trump, notamment par le sénateur américain Lindsey Graham.

Les faucons s’insurgent : un accord « encore plus faible » que celui d’Obama

Des cercles de réflexion pro-israéliens de tout premier plan, dont la Foundation for Defense of Democracies et le Jewish Institute for National Security of America, ont publié des notes critiques sur le projet de Trump.

« Par certains aspects, ce protocole d’accord est encore plus faible que celui du président Barack Obama », a affirmé le Jewish Institute for National Security of America. « Ce nouvel accord permet le versement de sommes d’argent bien plus importantes et lève davantage de sanctions contre l’Iran que le JCPOA ne l’avait fait. »

Le vice-président JD Vance s’adressant aux journalistes dans la salle de presse James S. Brady de la Maison Blanche, à Washington, le 18 juin 2026. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AP)

Trump et ses principaux lieutenants, à commencer par le vice-président JD Vance, affichent de plus en plus ouvertement le peu de patience qu’ils ont envers Israël et leur volonté de donner la priorité à la fin de la guerre, et non à la garantie de l’arrêt du programme nucléaire iranien.

Certaines organisations ont préféré attendre avant de se prononcer.

Nathan Diament, à la tête de l’Orthodox Union (OU), avait qualifié l’accord d’Obama de
« pas casher » en 2015. Jeudi, il a déclaré à la JTA que la position à adopter face à l’accord de Trump « sera un sujet central de discussion » lors de la mission de plaidoyer de la direction du groupe à Washington, qui est prévue au début de la semaine prochaine. Des représentants de l’OU doivent y rencontrer des membres de l’administration Trump ainsi que des parlementaires.

La JTA a contacté de nombreuses organisations juives qui s’étaient opposées publiquement à l’accord d’Obama en 2015 afin de connaître leur opinion au sujet de celui de Trump. Plusieurs d’entre elles, dont l’Anti-Defamation League (ADL) ou le Conservative movement’s Rabbinical Assembly, n’ont pas répondu avant la publication de cet article.

Parmi celles qui ont répondu, seul Morton Klein, président de l’organisation de droite Zionist Organization of America (ZOA), a fustigé le protocole d’accord sans retenue. Klein a confié à la JTA qu’il était « extrêmement en colère contre cet accord » — et contre Trump.

« Je trouve cet accord tout simplement stupéfiant », a expliqué Klein. « Venir en aide à un pays dont Trump lui-même disait que s’il obtenait l’arme nucléaire, il l’utiliserait contre Israël et tuerait des millions de Juifs ? Avec une telle mentalité, on l’aide aujourd’hui à se reconstruire ? »

Ce à quoi il a ajouté : « Trump a fait beaucoup de choses merveilleuses pour Israël, et nous l’en avons félicité. Mais aujourd’hui, il fait quelque chose de très mauvais pour Israël et pour l’Amérique. »

La condamnation publique reste rare au sein de la communauté

Une opposition publique aussi virulente reste rare, aujourd’hui, au sein des milieux juifs américains — surtout si on la compare à l’ampleur de la mobilisation qui s’était produite contre l’accord d’Obama en 2015.

Des centaines de personnes manifestent contre l’accord sur le nucléaire iranien le 26 juillet 2015 à Los Angeles, en Californie. (Peter Duke)

À l’époque, en plus des groupes de pression habituels, des dizaines de fédérations juives de tout le pays avaient poussé leur communauté et leurs élus à s’opposer au texte lors d’une campagne d’opposition massive et constante.

« Cet accord avec l’Iran menace la mission même de notre Fédération, laquelle consiste à assurer la continuité du peuple juif, à soutenir la sécurité de l’État d’Israël, à venir en aide aux Juifs dans le besoin ici et à l’étranger, et à se mobiliser sur les sujets de préoccupation majeurs », avait expliqué à l’époque un communiqué type de la Jewish Federation of Greater Los Angeles.

Trois ans plus tard, lors de son premier mandat, Donald Trump s’était retiré du JCPOA, le qualifiant d’« accord horrible et unilatéral qui n’aurait jamais, au grand jamais, dû être conclu ».

L’absence d’une opposition similaire, aujourd’hui, face à l’accord de Trump est flagrante, a estimé Klein : « Personne ne conteste cet accord au sein du monde juif. »

Au niveau local, les organisations juives ont adopté un ton mesuré dans leurs premières réactions. Le Jewish Community Relations Council (JCRC) du Grand Washington, l’un des dizaines de groupes locaux à s’être opposés au JCPOA de 2015, a indiqué à la JTA être « préoccupé » par le fait que l’accord de Trump « donne à l’Iran un nouveau moyen de pression à utiliser à l’avenir pour affaiblir l’économie mondiale ».

Ron Halber, directeur du JCRC, a reproché à ce protocole d’accord d’avoir été élaboré sans la participation d’Israël alors même qu’il exige de ce pays qu’il cesse son offensive contre le Hezbollah au Liban. Tout comme l’AIPAC, Halber a assuré que son organisation va continuer à faire pression pour que « l’accord final entre les États-Unis et l’Iran » se montre plus rigoureux envers Téhéran et plus protecteur envers Israël.

Dans son communiqué, la Jewish Federation of Greater Philadelphia, qui s’était elle aussi en son temps opposée au JCPOA, n’a pas fait de commentaires directs sur le nouveau texte mais elle a rappelé que « tout accord impliquant le régime iranien devra être jugé sur sa capacité à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ».

Le président américain Barack Obama, accompagné du Secrétaire d’État John Kerry, avec des vétérans et des mères de soldats morts au combat pour discuter de l’accord sur le nucléaire iranien, le jeudi 10 septembre 2015, dans la salle Roosevelt de la Maison Blanche à Washington. (AP/Andrew Harnik)

La JTA a sollicité six autres grandes fédérations juives opposées au JCPOA en 2015, dont la Combined Jewish Philanthropies du Grand Boston, qui avait été la première fédération à s’opposer à l’accord à l’époque et dont le dirigeant écrivait encore en 2021 : « Nous avions raison. »

La CJP de Boston n’a pas donné suite aux demandes de commentaires. Le Jewish United Fund de Chicago a refusé de s’exprimer, tandis que plusieurs autres fédérations — dont celles de Los Angeles, Miami, Phoenix et Détroit — n’avaient pas répondu au moment de mettre sous presse.

Enfin, dans son communiqué d’opposition au protocole d’accord, l’AIPAC n’a esquissé aucun plan d’action ou campagne pour s’y opposer, ce qui a tranché radicalement avec l’offensive généralisée menée contre le JCPOA en 2015.

Le porte-parole de l’AIPAC n’a pas répondu aux sollicitations de la JTA visant à savoir si, ou comment, le lobby comptait se mobiliser contre le projet de Donald Trump.

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