Affaire Jérémie Cohen : la cour jauge la sincérité de l’ex-petite amie d’un accusé
Le président Christian Petiteau s'est montré perplexe quand l'ex-petite amie d'un accusé redit qu'elle n'a su que "longtemps après" que Jérémie Cohen était mort percuté par le tramway
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Les juges ont soupesé mercredi la sincérité de l’ex-petite amie du principal accusé au procès du passage à tabac de Jérémie Cohen peu avant que ce dernier ne meure percuté par un tramway à Bobigny : « Ce n’est pas une histoire de discrimination » mais d’agression sexuelle, a-t-elle réaffirmé, quatre ans après.
Jérémie Cohen, 31 ans, courait sur la voie, le soir du 16 février 2022 à Bobigny, quand il été mortellement renversé par un tramway, une douzaine de secondes seulement après avoir reçu les derniers coups de son passage à tabac.
Un cri, issu d’une scène de violence filmée par un touriste, résonne plusieurs fois devant la cour criminelle de Seine-Saint-Denis : « Miguel, Miguel, c’est bon », lance une femme à l’homme qui vient de porter des coups violents à la victime, à terre, lors d’un attroupement devant un hall d’immeuble.
Ce homme, c’est Miguel D., dans le box des accusés pour violences en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Cette femme, c’est sa petite amie officieuse de l’époque, qui semble être venue le défendre comme elle affirme qu’il l’a « défendue » ce soir-là.
Âgée de 29 ans, la témoin admet qu’elle ne s’est présentée que tard aux policiers, en avril 2022, en même temps que Miguel D. et l’autre accusé Kenny A., seulement après la diffusion de la vidéo, récupérée par la famille Cohen.
« On voulait juste rétablir la vérité », « sur les réseaux et à la télé, ça faisait beaucoup de bruit, ça ne portait que sur cette raison-là », dit-elle, en allusion à l’hypothèse d’un « meurtre antisémite » relayée alors par l’extrême droite.
La mort du trentenaire juif, porteur d’un handicap psychique, avait en effet été médiatisée quelques jours seulement avant le premier tour de l’élection présidentielle. La longue enquête n’a pas retenu de motif antisémite, notamment parce qu’aucun témoin n’a rapporté que Jérémie Cohen portait sa kippa.
« Quelques secondes »
Les cinq juges professionnels scrutent très attentivement son visage quand la témoin assure que tout a commencé alors qu’elle gardait une place de parking en attendant Kenny et Miguel.
« J’ai senti qu’on me touchait les fesses » par derrière puis « j’ai vu cet homme qui avait son pénis dans une main et quelque chose de gris dans l’autre », raconte-t-elle, les accusés ayant évoqué cet objet comme étant « une agrafeuse » – mais l’objet n’a jamais été retrouvé.
Disant avoir « crié à l’aide », elle assure que ses amis ont « neutralisé cet homme-là » à terre.
Les coups portés à Jérémie Cohen, elle dit les avoir à peine vus parce qu’elle était alors en pleine « crise d’angoisse » et pressée de partir – alors que d’autres témoins ont décrit deux scènes de violence successives, avec coups de pied et de poing, notamment à la tête.
Elle étonne aussi le président Christian Petiteau quand elle redit qu’elle n’a su que « longtemps après » que Jérémie Cohen était mort percuté par le tramway : la collision a eu lieu tout près et « quelques secondes » seulement après son cri, souligne le juge.
« Vos souvenirs ont l’air de varier » depuis la reconstitution des faits, lui reproche l’avocat général Théo Lemettre. Peut-être Jérémie Cohen « était-il en train d’uriner dans la rue », lui suggère-t-il, ce qu’elle rejette.
Puis une des juges lui fait remarquer que l’enquête a révélé que Jérémie Cohen avait plutôt des relations sexuelles avec des hommes. « En tout cas, il était derrière moi : ce n’est pas normal de voir quelqu’un s’exhiber comme ça », répond la témoin, pas désarçonnée par le feu roulant de questions.
Les avocats de la famille Cohen se relaient pour contester ce qu’ils appellent « la prétendue agression à caractère sexuel » survenue « dans le dos » de la témoin.
« Personne n’a vu ce que vous avez décrit », attaque Me Pascale Laporte. « Vous savez ce que vous risquez à mentir sous serment », suggère Me Franck Serfati, se disant convaincu que « si la vidéo n’avait pas existé », le trio ne se serait jamais présenté à la police.
Les débats doivent s’achever vendredi.
la Communauté du Times of Israël !







