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Interview

Alors que les missiles pleuvent sur Israël, un rabbin livre des conseils mêlant halakha et santé mentale

Le rabbin Yoni Rosensweig explique que pour les Juifs pratiquants, il peut être difficile de respecter Shabbat, avec l'anxiété et le stress induits par les missiles

Des Israéliens s'abritant alors qu'une sirène retentit pour avertir de l'arrivée de missiles balistiques tirés depuis l'Iran vers Israël, dans un refuge public, à Tel Aviv, le 28 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des Israéliens s'abritant alors qu'une sirène retentit pour avertir de l'arrivée de missiles balistiques tirés depuis l'Iran vers Israël, dans un refuge public, à Tel Aviv, le 28 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Quelques semaines après l’invasion sanglante menée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023, une Israélienne souffrant d’anxiété a contacté le rabbin Yoni Rosensweig, expert en droit juif et en santé mentale, pour lui poser une question importante.

« Elle m’a demandé si elle pouvait acheter du poison et le garder près de son lit », a raconté le rabbin Rosensweig au Times of Israel.

« Elle craignait que le Hamas n’attaque à nouveau le pays et l’enlève. »

Rosensweig, qui réside à Beit Shemesh et est rabbin orthodoxe, est le fondateur de Maaglei Nefesh : Centre pour la Santé mentale, la Communauté et la Halakha, qui met en contact personnes souffrant de troubles psychiques, thérapeutes et rabbins.

Il est également l’auteur de Nafshi BSheelati : Les halakhot de la santé mentale, écrit en collaboration avec le Dr. Shmuel Harris, qui est psychiatre.

La halakha désigne, en hébreu, la loi juive orthodoxe.

Au fil des ans, le rabbin et son organisation sont devenus des repères pour celles et ceux qui tentent de concilier santé mentale et respect de la loi juive orthodoxe. Ils proposent également un programme de formation sur la question à destination des dirigeants juifs, que ce soit au sujet de l’utilisation des technologies pendant Shabbat pour lutter contre la dépression ou du fait de manger pendant les jours de jeûne pour les personnes souffrant de troubles alimentaires.

Après le 7-Octobre, le nombre d’Israéliens souffrant de troubles mentaux a explosé. Selon les données publiées en janvier par le Bureau central des statistiques (CBS), la proportion d’Israéliens déclarant souffrir de dépression est passée de 25,5 % en 2023 à 33,9 % en 2024, tandis que celle des personnes déclarant souffrir de stress est passée de 58,2 % à 67,9 %.

Depuis, un grand nombre de questions portant sur le trouble de stress post-traumatique (TSPT), l’anxiété et la dépression engendrés par le conflit, en particulier en ce qui concerne l’observance de Shabbat, ont été reçues par Rosensweig et Maaglei Nefesh, et ce d’autant plus en période de confrontation intense.

Un homme tenant un bébé montre une notification d’alerte missile sur son téléphone portable alors que les habitants se réfugient à l’intérieur après le tir de missiles de l’Iran vers Israël, à Mishmar David, dans le centre d’Israël, le 4 mars 2026. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Depuis le début des hostilités avec la République islamique d’Iran, Téhéran a lancé des centaines de missiles et de drones sur Israël, tuant dix personnes et en blessant des centaines d’autres, y compris celles qui ont été blessées en tentant de se mettre à l’abri, car les attaques ont également contraint des millions de personnes à travers le pays à se mettre en sécurité plusieurs fois par jour.

La loi juive interdit plusieurs activités pendant Shabbat, qui commence le vendredi soir au coucher du soleil et se termine le samedi à la tombée de la nuit, notamment allumer la lumière, utiliser des appareils électroniques et des téléphones, voyager en voiture ou en bus, et utiliser de l’argent. Dans le même temps, il est obligatoire de transgresser Shabbat pour sauver une vie – une règle appelée pikuach nefesh – et également pour préserver ou prendre soin de la santé d’une personne, avec une indulgence croissante pour le non-respect des règles générales en fonction de la gravité de la situation.

« La santé mentale est étroitement liée à la culture et au système de croyances d’une personne », a déclaré Rosensweig.

« Un chrétien ou un musulman vivra ses difficultés de santé mentale dans son contexte, dans son contexte religieux, dans son contexte culturel. Il en va de même pour un Juif orthodoxe. Donc, si nous voulons prendre soin de la santé mentale des gens, nous devons comprendre cela, ce qui signifie également reconnaître leurs besoins religieux. »

Le rabbin Yoni Rosensweig prend la parole à la synagogue Neve Habaron, à Zichron Yaakov, dans le nord d’Israël, le 22 janvier 2023. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Le rabbin a expliqué qu’une personne qui estime qu’il est très important de respecter les règles de Shabbat pourrait négliger ses besoins en matière de santé si ceux-ci ne sont pas pris en compte dans un cadre approprié.

« En ce qui concerne la guerre et Shabbat, utiliser son téléphone, se tenir informé et rester en contact avec ses proches peut être nécessaire pour certaines personnes, mais si elles pensent que cela n’est pas autorisé, elles risquent de sacrifier leur santé mentale au profit de leur pratique religieuse », a-t-il déclaré.

Rosensweig a souligné que ni lui ni ses collègues rabbins ne cherchaient à se substituer aux professionnels de la santé mentale.

« Je ne suis pas un professionnel de la santé mentale », a-t-il déclaré.

« Si quelqu’un m’appelle pour me poser une question, par exemple sur le type de thérapie à suivre ou la méthode à utiliser, je lui réponds que je ne sais pas. »

Des personnes tentant de se protéger alors que les sirènes retentissent pendant les funérailles de Sarah et Ronit Elimelech, au lendemain d’une frappe de missile sur Bet Shemesh qui a fait plusieurs morts, le 2 mars 2026. (Crédit : Ilia Yefimovich/AFP)

« Les professionnels de la santé mentale sont très importants, mais chacun a un certain bagage culturel, et c’est là que j’interviens, pour m’assurer que l’aspect culturel et religieux des choses soit également entendu et compris », a-t-il ajouté.

Rosensweig a partagé avec la population quelques directives générales sur la halakha qui tiennent compte de ce qui est nécessaire en cas d’urgence nationale, même pour les personnes qui ne sont pas confrontées à des problèmes de santé mentale spécifiques.

Ces directives comprennent, par exemple, des instructions sur ce qui est autorisé en matière de port de téléphones pendant Shabbat afin de pouvoir entendre les alertes précoces envoyées par le Commandement du Front intérieur pour avertir la population d’éventuelles sirènes imminentes dans leur région.

« En tant que ligne directrice générale, je dirais aux gens qu’ils peuvent tout à fait porter leur téléphone portable pendant Shabbat », a déclaré Rosensweig.

« Si possible, ils devraient le porter avec autre chose, ou en d’autres termes, le mettre dans un sac avec, par exemple, des mouchoirs ou un livre de prières. »

« En ce qui concerne le partage d’informations, par exemple, si vous pensez que vos parents ou quelqu’un d’autre va vous appeler pour prendre de vos nouvelles, je vous suggère de convenir d’un code à l’avance, avant Shabbat », a-t-il ajouté.

« Par exemple, si vous ne répondez pas, cela signifie que tout va bien, tandis que si quelque chose s’est produit, vous répondrez. »

Des secouristes et des militaires interviennent sur les lieux où plusieurs personnes ont été tuées par une frappe de missile iranien à Beit Shemesh, le 1er mars 2026. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

En Israël, certaines stations de radio restent silencieuses pendant Shabbat, sauf pour annoncer des attaques imminentes ou communiquer d’autres informations urgentes, et de nombreuses personnes qui observent Shabbat les laissent allumées toute la journée. Selon le rabbin, si les gens ressentent le besoin d’en savoir plus, une solution pourrait être de laisser un écran en mode silencieux ouvert sur un site d’actualités important, où ils peuvent lire les titres et les dernières nouvelles.

« En règle générale, cependant, les gens ne devraient pas consulter leur téléphone », a déclaré Rosensweig.

Dans le même temps, Rosensweign a souligné que pour les personnes souffrant de troubles de santé mentale spécifiques, il est important de demander conseil à un rabbin afin d’obtenir des réponses détaillées.

Un soldat israélien souffrant de troubles de stress post-traumatique (TSPT) revendique la reconnaissance de ses droits et une meilleure prise en charge devant la Knesset, à Jérusalem, le 23 décembre 2025. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Nous avons constaté plusieurs choses depuis le 7-Octobre », a souligné Rosensweig.

« Le TSPT, l’anxiété et la dépression existaient déjà auparavant, mais nous constatons qu’ils sont exacerbés dans certaines régions. »

Il a ajouté que la guerre peut également avoir un impact sur des troubles préexistants, tels que les troubles alimentaires.

« Avoir une bonne santé mentale est en grande partie une question d’équilibre et d’harmonie », a-t-il expliqué.

« Si la vie est déséquilibrée, il est souvent plus difficile de maintenir une routine qui aide à rester en bonne santé. »

Rosensweig a expliqué que bon nombre des questions qui lui sont posées concernent l’utilisation du téléphone pendant Shabbat comme mécanisme d’adaptation.

« Les gens ont besoin d’écouter de la musique pour se calmer, ou veulent utiliser des applications de pleine conscience pour les aider à se détendre », a-t-il déclaré.

« Une personne souffrant de TSPT peut avoir des flashbacks, des dissociations et des problèmes associés tels que la dépression, et le téléphone peut l’aider à gérer tous ces symptômes. Je reçois donc des questions à ce sujet. Je reçois également des questions sur l’utilisation de la marijuana à des fins médicales pendant Shabbat pour gérer les symptômes du TSPT. »

Les gens contactent Rosensweig à titre personnel et via le site web Maaglei Nefesh, où tout le monde peut également programmer un appel ou un tchat virtuel.

Des personnes à l’intérieur d’un abri anti-aérien, place de Bâle à Tel Aviv, lors d’une alerte missile, le 28 février 2026. (Ben Sales / Times of Israel)

Dans le même temps, il ajoute que chaque cas est différent et qu’il ne peut pas faire preuve d’une indulgence générale concernant le respect de telle ou telle règle de Shabbat en cas de dépression ou d’anxiété.

« Nous savons tous que parfois, nous nous levons et nous nous sentons mal, et que parfois nous nous forçons à aller de l’avant, tandis que d’autres fois, nous restons chez nous et prenons un jour de congé », explique Rosensweig.

« C’est une question de degré. Il en va de même pour la santé mentale. Si une personne me dit qu’elle a besoin d’utiliser son téléphone pendant Shabbat, nous y réfléchirons ensemble. Quelle est la gravité de la dépression ou de l’anxiété ? Cela affecte-t-il sa capacité à fonctionner ? Que se passera-t-il si elle n’utilise pas son téléphone ? »

« Nous procédons à cette évaluation », a-t-il ajouté.

« S’il est clair que les choses vont mal tourner, alors bien sûr, nous l’acceptons, tout comme nous acceptons les problèmes de santé physique. »

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