Après avoir perdu 60 kilos en prison, un journaliste palestinien décrit les rations alimentaires israéliennes
Ali Samoudi, relâché la semaine dernière après un an de détention administrative sans qu'aucune charge ne soit retenue contre lui, dit n'avoir jamais été interrogé sur ses liens présumés avec le Jihad islamique
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Un journaliste palestinien, qui a été récemment remis en liberté après avoir passé un an dans une prison israélienne sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre lui, a témoigné jeudi lors d’une interview accordée à CNN des conditions de détention très difficiles auxquelles sont confrontés les prisonniers.
Ali Samoudi, qui a perdu 60 kg pendant son incarcération, est devenu méconnaissable, même pour sa famille et ses amis, après sa libération le 30 avril.
Samoudi était détenu par Israël au titre d’un dispositif juridique controversé dit « détention administrative », qui permet aux autorités de maintenir indéfiniment un suspect en prison sans mise en examen, sur la base de renseignements confidentiels.
Si certains individus placés en détention administrative finissent par être inculpés, d’autres, comme Samoudi, ne le sont pas.
L’année dernière, le ministre de la Défense, Israel Katz, a interdit l’utilisation de cette pratique à l’encontre des suspects juifs. Elle n’est désormais plus employée que contre environ 4 000 Palestiniens et contre un petit nombre d’Arabes israéliens. Cette situation a donné lieu à des accusations de discrimination visant les autorités israéliennes.
Samoudi, dans l’interview accordée à CNN, a indiqué que les prisonniers recevaient chaque jour de maigres rations de nourriture.
Palestinian journalist Ali al-Samoudi was recently released from Israeli prison, where he was held for a year without charge and without a trial. He lost around half his body weight behind bars. “It was a real hell,” he tells @JDiamond1, in this heart-wrenching report. pic.twitter.com/WH0tqu4lyn
— Christiane Amanpour (@amanpour) May 8, 2026
Selon lui, le petit-déjeuner se résume à une cuillère de labneh et à un quart de cuillère de confiture ; le déjeuner, à quatre cuillères de riz, deux tranches de concombre et une cuillère de haricots blancs ; quant au dîner, il se compose de deux cuillères de houmous, une cuillère de tahini et un œuf dur.
Samoudi ne se rendait pas compte du poids qu’il avait perdu avant sa libération, affirmant qu’il lui était interdit de se regarder dans un miroir. « Je me sentais très mal. Ma situation était délicate, et j’en étais bien conscient, mais je n’imaginais pas que cela allait aussi loin », a-t-il confié.
Un rapport récent du Bureau du défenseur public israélien a révélé que les Palestiniens détenus pour des raisons de sécurité dans les prisons israéliennes ont fait l’objet de violences graves et systématiques de la part des gardiens, de privations alimentaires et de négligence sur le plan médical. Ils ont également été exposés à des conditions d’hygiène insalubres, à l’origine de l’apparition et de l’aggravation d’épidémies au sein des établissements pénitentiaires.
« C’était un véritable enfer. Aujourd’hui, la prison est un enfer, dans tous les sens du terme. Tout ce qu’ils nous font subir ne vise qu’à nous punir et à se venger », a expliqué Samoudi.
« Un jour, à mon retour d’une visite avec mon avocat, ils nous ont jetés par terre, le visage contre le sol, et il se sont mis à nous frapper. Un officier israélien m’a marché sur la tête pendant quatre minutes en me plaquant le visage contre le sol, alors que j’étouffais », a-t-il affirmé.
À une autre occasion, les gardiens israéliens ont refusé de prodiguer des soins médicaux à un détenu de 22 ans, a rapporté Samoudi.
Prisoner Loay Faisal Turkman, from the Al-Almaniyya neighborhood in Jenin, has been martyred inside Israeli occupation prisons. pic.twitter.com/QUlOK93AJG
— Palestinian Center for Prisoners Advocacy (@PalPrisonersA) June 30, 2025
« Il est tombé malade pendant la nuit. Nous leur avons demandé de l’emmener à l’infirmerie, mais ils ont refusé… Le matin, nous leur avons de nouveau demandé [mais ils ont encore refusé]… Nous l’avons sorti dans la cour sur son matelas, mais ils ne l’ont pas emmené », a-t-il déclaré. « Il est mort sous nos yeux. »
Selon CNN, l’homme s’appelait Loay Faisal Turkman. Il était originaire de Jénine. Lui aussi était incarcéré sans motif.
À la fin de l’année 2025, le nombre de Palestiniens décédés en détention dans les prisons israéliennes depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie à Gaza s’élevait à près de 100 personnes, a indiqué un rapport de Physicians for Human Rights-Israel.
L’administration pénitentiaire israélienne (IPS) a refusé de s’exprimer au sujet de la détention de Samoudi ou des raisons pour lesquelles il a passé autant de temps en captivité en l’absence de toute mise en accusation. Elle a également refusé de commenter le cas de Turkman.
Par le passé, l’IPS a rejeté toute allégation de mauvais traitements, affirmant que les détenus étaient traités dans le respect du droit international.
Toutefois, le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, dont le bureau supervise l’IPS, se vante régulièrement d’avoir durci les conditions de détention des prisonniers palestiniens retenus par Israël, estimant que leur situation était trop confortable avant son arrivée au pouvoir, il y a trois ans.
Samoudi avait été blessé par balle en 2022 par les forces israéliennes lors du même incident qui avait coûté la vie à sa collègue, la journaliste palestino-américaine d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh, tuée par les soldats. L’armée israélienne avait conclu par la suite qu’il était « très probable » qu’un seul soldat ait ouvert le feu après « une erreur d’identification ».
La chaîne CNN a déclaré que, lorsqu’elle avait demandé à l’armée israélienne les raisons du placement en détention de Samoudi début 2025, celle-ci avait répondu que l’homme s’était présenté comme un membre du groupe terroriste du Jihad islamique palestinien, et qu’il était soupçonné d’avoir transféré des fonds à cette organisation.
Samoudi, pour sa part, a qualifié ces accusations de « foutaises ». Il a ajouté n’avoir jamais été interrogé à ce sujet pendant sa détention.
« Mon arrestation s’inscrit dans le cadre de la campagne menée par Israël contre la presse et les médias palestiniens, avec pour objectif de me réduire au silence, de bloquer ma caméra, de briser ma plume et, ainsi, de m’empêcher de faire valoir mon droit à la liberté de la presse. Un droit qui est garanti par toutes les lois et par toutes les normes internationales », a-t-il affirmé.
Trente-trois journalistes palestiniens sont actuellement détenus dans des prisons israéliennes. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la grande majorité d’entre eux sont en détention administrative. Seuls deux autres États, la Chine et le Myanmar, ont incarcéré davantage de journalistes qu’Israël en 2025, a indiqué le Comité pour la protection des journalistes.
L’État juif a rejeté les accusations qui ont laissé entendre qu’il prenait délibérément pour cible des journalistes. Il affirme que nombre des membres de la presse qui ont été tués au cours de la guerre étaient, en réalité, des terroristes.
Dans certains cas, l’armée israélienne a présenté des documents confisqués à des groupes terroristes de Gaza dans lesquels les noms des journalistes figuraient sur les listes de combattants.
Selon une étude qui a été publiée en décembre par un centre de recherche israélien, 60 % des 266 professionnels de la presse qui ont été tués depuis le pogrom perpétrés par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 – l’attaque sanglante qui a déclenché la guerre – étaient soit fortement liés à des groupes terroristes basés à Gaza , s’agissant notamment du Hamas et du Jihad islamique palestinien, soit en étaient membres. Nombre d’entre eux avaient un rôle de propagandistes.
Malgré tout, les journalistes peuvent bénéficier de la protection du droit international humanitaire tant qu’ils ne prennent pas les armes et qu’ils ne participent pas directement aux hostilités, auquel cas ils sont considérés comme des cibles légitimes.
À la question de savoir s’il craignait d’être à nouveau arrêté, Samoudi a répondu à CNN que oui, mais que son métier de journaliste était la mission de sa vie, et qu’il comptait bien poursuivre son travail de reportage.
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