Après le 7 octobre, de nombreux jeunes ont conscience qu’Israël « est loin d’être un acquis »
Après ce traumatisme sans précédent, les jeunes retrouvent de la force et du sens sur les chemins d'Israël où la tragédie est remise en perspective avec l'histoire de cette terre
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Dans le kibboutz israélien Yad Mordechaï, situé dans le Neguev occidental, des écoliers se pressent dans les tranchées depuis lesquelles les combattants ont défendu la région lors de la guerre d’indépendance.
Du haut de ses 19 ans, Moriah Yisraeli, qui termine son service national dans les rangs de la Société pour la préservation des sites du patrimoine israélien, attend qu’ils soient tous rassemblés pour commencer la visite.
Elle leur parle de la redoutable bataille de 1948 à l’issue de laquelle le kibboutz est tombé aux mains des ennemis avant d’être repris. Après quoi elle leur montre une photo récente : celle des membres armés de la brigade d’urgence de Yad Mordechai qui se sont eux aussi tenus dans ces tranchées le 7 octobre 2023 pour défendre leur maison – mais cette fois contre les terroristes du Hamas.
« Les enfants ne disent rien », explique-t-elle au Times of Israel après la visite.
« On voit que, dans leur tête, tout se connecte. Ils prennent d’un coup conscience que l’histoire que nous racontons n’est pas seulement de l’histoire. C’est ce qui se passe maintenant, et c’est aussi leur histoire. »
Cette connexion est aussi le signe d’une préoccupation nationale plus profonde. Au moment-même où, ailleurs dans le monde, face à l’antisémitisme et l’antisionisme, les organisations juives font en sorte de renforcer les liens entre les jeunes de la diaspora et Israël, certains jeunes Israéliens doutent de leur avenir dans leur propre pays.
En octobre 2023, plus de 12 300 Israéliens sont définitivement partis, près de quatre fois plus qu’en octobre 2022.
Pour certains jeunes Israéliens, les effets du pogrom du 7 octobre et de la guerre à Gaza aiguisent la question de la quête de stabilité à l’étranger. Déjà avant le massacre, de jeunes Israéliens partaient vivre à l’étranger, fatigués de la pression économique, des dissensions sociales, des problèmes de sécurité et d’un marché immobilier indomptable. Les conséquences des agissements du Hamas n’ont fait qu’accélérer cette tendance. Fin 2024, près de 83 000 personnes sont parties, un record.
Afin d’enrayer cette vague d’émigration qui ne tarit pas, programmes patrimoniaux, mouvements de jeunesse et projets de reconstruction populaires tentent de redonner du sens à ces jeunes et de leur rappeler ce qui les unit à cette terre.
Patrimoine et service
Yisraeli a commencé son service avec le Société pour la préservation des sites du patrimoine israélien en septembre 2023, quelques semaines avant les attaques du 7 octobre. Elle fait partie de la centaine de jeunes qui, chaque année, font office de guide sur des sites patrimoniaux tels que Yad Mordechai ou le camp de détention d’Atlit.
Au sujet des effets du pogrom du Hamas, elle confie : « Soudain, le passé et le présent se sont confondus. En racontant l’histoire de 1948, on a l’impression de raconter la nôtre, celle d’aujourd’hui. J’ai pris conscience que c’est précisément cela qui nous relie et qui fait que nous restons ici. »
« En racontant notre histoire, on aide les gens à apprécier ce qu’ils ont. Personnellement, cela m’a rappelé que le fait d’avoir notre propre État était loin d’être un acquis »
Sa collègue bénévole, Galia Shoham, 19 ans, est du même avis. « En racontant notre histoire, on aide les gens à apprécier ce qu’ils ont. Personnellement, cela m’a rappelé que le fait d’avoir notre propre État était loin d’être un acquis », explique Shoham.
Toutes deux disent que cette expérience a renforcé leur sentiment d’appartenir à un ensemble. « Quand on donne au pays », ajoute Yisraeli, « on reçoit toujours quelque chose en retour. »
Des opportunités à l’étranger
Ce n’est pas le cas de tous les jeunes Israéliens. Des villes européennes comme Berlin sont aujourd’hui des destinations prisées des expatriés israéliens en quête d’un niveau de vie plus élevé – surtout depuis les manifestations de 2012 en faveur de davantage de justice sociale qui ont permis de se rendre compte que le fameux yaourt milky au chocolat israélien était moins cher dans la capitale allemande.
Depuis longtemps une plaque tournante des Juifs nés en Israël, New York a connu un boom depuis le 7 octobre et compte désormais plus de 560 sièges sociaux de startups technologiques fondées en Israël – contre 450 en 2024.
Selon un rapport de l’Institut de recherche sur la politique juive, dont le siège se trouve à Londres, il y a désormais près de 630 000 Juifs nés en Israël qui ne vivent plus en Israël, auxquels s’ajoutent 330 000 « personnes liées à Israël », soit près d’un million au total.
Face à ce besoin d’enrayer l’émigration en enracinant les Israéliens dans leur histoire, leur terre et leur culture, nombre de programmes se mettent au service des jeunes – voire des très jeunes – Israéliens : âgée de 19 ans, Naama Loto a senti sa relation à l’histoire d’Israël s’approfondir au début de son adolescence grâce au mouvement Green Horizons, qui propose des randonnées éducatives et du camping dans le but de promouvoir des compétences de leadership et les valeurs sionistes.
Lors des confinements liés à la pandémie de COVID-19, elle a fait de la randonnée sur le mont Arbel avec son groupe.
« Face à toutes ces strates d’histoire – Croisés, Mamelouks, personnages bibliques – j’ai eu littéralement le sentiment de me promener dans l’histoire de mon peuple », explique-t-elle. « C’est à ce moment-là que j’ai su que j’étais bien à ma place. »
Interrogée sur son avenir, Loto n’a pas d’hésitation.
« J’ai rencontré et travaillé avec énormément de personnes extraordinaires qui se soucient profondément de ce pays. Si je partais, j’aurais l’impression de m’éloigner d’une histoire que je n’ai pas fini de découvrir », ajoute-t-elle.
Daniel Dvir, président de Green Horizons, note que ces expériences formatrices sont importantes.
« Lorsqu’un adolescent dort à la belle étoile ou traverse le Neguev, il se sent profondément lié à cette terre », explique-t-il. « Il y a de beaux paysages partout dans le monde, mais ce n’est pas pareil. Cette connexion fait qu’il est ensuite plus difficile de se sentir chez soi n’importe où ailleurs. »
Reconstruire le nord
A la suite du pogrom terroriste commis le 7 octobre – qui a coûté la vie à 1 200 personnes et fait 251 otages séquestrés dans la bande de Gaza – sans compter la guerre en cours contre le Hamas dans le sud du pays, le nord d’Israël a lui aussi rapidement été entraîné dans le conflit par des tirs nourris de roquettes du groupe terroriste libanais Hezbollah.
Des dizaines de milliers d’habitants ont dû évacuer suite à la destruction de leur maison voire de leur ville et, malgré l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu avec le Hezbollah en novembre 2024, nombre de ces communautés restent sous le choc de la guerre.
Pour leur venir en aide, le Centre Yigal Alon du kibboutz Ginosar a mis en oeuvre une initiative à travers laquelle les jeunes, avant de faire leur service, forment des ‘garinim’, ou noyaux, qui « adoptent » des villes du nord en donnant des cours particuliers et participant à la reconstruction tout en participant activement à la vie communautaire.
« C’est plus que du bénévolat », estime le coordonnateur Roi Defrin. « Nous voulons qu’ils se sentent investis, qu’ils considèrent ces communautés comme des endroits dans lesquels ils pourraient un jour construire leur avenir. »
Daniel, un soldat de 20 ans originaire de Modiin, fait partie du groupe pilote.
« Il ne m’est jamais venu à l’esprit de quitter Israël », confie-t-il. « Vivre ici est un privilège. Lorsque l’on fait partie d’un rêve qui dure depuis des milliers d’années, les difficultés paraissent moins grandes. »
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