Arabie saoudite : C’est Israël, non l’Autorité palestinienne, qui a besoin de réformes pour garantir la paix
Le diplomate assure que l'AP travaille déjà sur des réformes, mais que le gouvernement israélien s'oppose à la solution à deux États et incite à la haine contre les Palestiniens, les Arabes et les musulmans
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

DOHA — Une haute-responsable des services de diplomatie saoudiens a annoncé que si la communauté internationale se concentrait beaucoup sur la nécessité, pour l’Autorité palestinienne (AP), de s’engager dans un processus de réforme global, c’était en définitive une réforme du gouvernement israélien qui était indispensable pour garantir la paix dans la région.
« Les Palestiniens mènent des réformes depuis 30 ans. Le président [de l’Autorité palestinienne] Mahmoud Abbas a présenté un plan de réforme ambitieux dans lequel il s’est engagé parce qu’il bénéficiera aux Palestiniens », a assuré Manal Radwan, ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, lors d’une table ronde organisée samedi dans le cadre du Forum de Doha au Qatar.
« L’Arabie saoudite est bien sûr engagée et nous travaillons quotidiennement avec l’Autorité palestinienne pour l’aider dans son plan de réforme, mais ce dont nous avons vraiment besoin pour obtenir une paix et une sécurité durables, pour mettre un terme à ce conflit, pour mettre en œuvre le plan de paix en 20 points du président Trump et pour faire appliquer la résolution du Conseil de sécurité, c’est d’un gouvernement israélien réformé », a-t-elle ajouté.
« Nous avons un gouvernement israélien qui s’oppose à la solution à deux États. Nous avons un gouvernement israélien dont les responsables lancent continuellement des incitations à la haine à l’encontre des Palestiniens, des Arabes et des musulmans », a poursuivi Radwan. « Nous ne voyons pas, ici, un partenaire pour la paix, ni même un partenaire pour un cessez-le-feu durable. Voici donc la réforme réelle et importante que nous espérons voir se réaliser ».
Il s’agit de la dernière critique en date d’Israël de la part d’un haut responsable saoudien – quelques heures seulement après que l’ancien chef des services de renseignement du pays et membre de la famille royale, le prince Turki al-Faisal, a affirmé qu’Israël était le pays le plus déstabilisateur de la région en raison de ses actions militaires en cours à Gaza, en Cisjordanie, en Syrie et au Liban. Des offensives qui ont trouvé leur origine dans le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, et la guerre à Gaza qui a suivi.
Le fait que Radwan ait pris la défense de l’AP et de son processus de réforme en cours est digne d’être remarqué, dans la mesure où Ryad a été l’un des acteurs à exhorter Abbas, en privé, à s’engager dans une réforme globale après des années d’accusations de corruption et de mauvaise gestion lancées à l’encontre de Ramallah.
L’Arabie saoudite s’était indignée en apprenant, le mois dernier, que le ministre des Finances de l’Autorité palestinienne de l’époque avait approuvé des paiements illicites à des prisonniers sécuritaires dans le cadre de l’ancien mécanisme dit « pay-for-slay » (payer pour tuer), avait confié à ce moment-là un responsable américain au Times of Israel.
Abbas avait limogé le ministre, une décision qui avait suffisamment convaincu Washington pour que l’administration Trump décide de suspendre ses projets de sanctions à l’encontre du président de l’Autorité palestinienne et d’autres hauts responsables – et qui avait également satisfait Riyad, avait fait savoir un responsable palestinien.
Turki, l’ancien chef des services de renseignement saoudiens, avait estimé vendredi qu’Israël était un « fauteur de troubles » au Moyen-Orient, bien plus que l’Iran, a-t-il ajouté.
Alors qu’il lui était demandé quelle était la plus grande menace pour la stabilité régionale au cours d’un entretien qu’il a accordé devant le public réuni au cours du sommet du Milken Institute sur le Moyen-Orient et l’Afrique à Abou Dhabi, Turki avait répondu : « Pour l’instant, c’est sans aucun doute Israël ».
« Nous avons constaté que l’Iran a été durement touché par les États-Unis », a-t-il ajouté, faisant apparemment référence à l’attaque lancée par Washington contre les installations nucléaires iraniennes au mois de juin dernier, à la suite de plusieurs jours de bombardements par Israël. Turki, en tant que membre éminent de la famille royale saoudienne, reste une personnalité influente à Ryad – même s’il a quitté le gouvernement.
« Les événements au Liban, avec le déclin du Hezbollah et le changement de régime en Syrie, ont manifestement affecté la capacité de l’Iran à influencer les événements dans l’ensemble du Moyen-Orient », a-t-il poursuivi.
« Israël prend de l’assurance en bombardant la Syrie presque quotidiennement, en continuant à bombarder les Palestiniens, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban où un cessez-le-feu est pourtant censé être en vigueur », a poursuivi Turki.
Israël a précisé que ses frapppes venaient répondre à des violations du cessez-le-feu.
« Ce n’est certainement pas un signe avant-coureur de paix dans notre région du monde. À mon avis, c’est Israël qui est aujourd’hui le fauteur de troubles et qui devrait être maîtrisé », a-t-il affirmé.
Des propos qui ont encore davantage souligné à quel point Ryad semble loin de la normalisation de ses liens avec Israël, et qui mettent en évidence une inquiétude plus générale dans la région concernant les actions militaires de l’État juif.
Ces critiques de l’Arabie saoudite sont aussi intervenues alors que les États-Unis se préparent à passer à la deuxième phase de leur plan de cessez-le-feu – une trêve qui a mis un terme à la guerre dans la bande de Gaza.
Cette deuxième phase concernera la mise en place de nouveaux mécanismes de gouvernance et de sécurité qui seront chargés d’administrer Gaza après la guerre en remplacement du Hamas. Le président américain Donald Trump dévoilera les personnes et les pays impliqués dans ces mécanismes dans le cadre d’une annonce qui est d’ores et déjà prévue, a déclaré vendredi un responsable américain au Times of Israel, confirmant ainsi une information qui avait été révélée jeudi par la chaîne d’information N12.
Trump souhaite que ce plan permette d’instaurer une paix et une stabilité plus larges au Moyen-Orient – et il tente d’obtenir une normalisation des relations entre les États arabes et Israël, y compris avec l’Arabie saoudite.
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