Washington suspend des sanctions visant Abbas après qu’il a limogé un ministre
Ramallah affirme que cette éviction rapide a convaincu les États-Unis de la volonté de l’Autorité palestinienne de mettre fin au système de "pay-to-slay"
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le mois dernier, les États-Unis ont menacé d’imposer des sanctions personnelles au président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas et à d’autres hauts responsables palestiniens en raison de paiements illicites versés à des prisonniers détenus pour des raisons sécuritaires. Washington a toutefois renoncé à cette mesure après qu’Abbas eut limogé le ministre qui avait approuvé ces allocations, ont indiqué au Times of Israel un responsable américain, un responsable palestinien et trois autres sources proches du dossier.
L’administration du président américain Donald Trump avait envisagé de désigner Abbas, son adjoint Hussein al-Sheikh, le Premier ministre de l’AP Mohammed Mustafa, l’ancien ministre des Finances Omar Bitar et le haut responsable de l’OLP Ahmad Majdalani comme terroristes spécialement désignés au niveau mondial, après avoir appris que des paiements avaient été versés aux familles de prisonniers via un ancien mécanisme qui leur attribuait des allocations proportionnelles à la durée de leur peine, ont expliqué les sources.
De telles sanctions, fondées sur le financement du terrorisme, auraient gravement entravé la capacité de l’AP à fonctionner : tout gouvernement étranger maintenant son aide à Ramallah, une aide dont l’AP, à court de liquidités, dépend de manière critique, se serait exposé à des sanctions secondaires de la part des États-Unis.
Cependant, quelques jours après avoir transmis sa menace à Ramallah début novembre, Washington a décidé de suspendre cette mesure. Ramallah a estimé que le limogeage de Bitar par Abbas avait suffi à convaincre l’administration Trump de la détermination de l’Autorité palestinienne à mettre fin aux paiements illicites versés aux prisonniers sécuritaires.
En février, Abbas avait signé un décret mettant fin à un système d’aide sociale controversé qui octroyait des allocations mensuelles aux prisonniers palestiniens détenus pour des raisons sécuritaires, y compris des terroristes condamnés, en fonction de la durée de leur peine. Les familles de terroristes tués recevaient elles aussi ces allocations. Cette réforme était réclamée depuis longtemps par les États-Unis, Israël et de nombreux soutiens arabes et européens de l’AP. Certains accusaient Ramallah d’encourager les attentats terroristes et attaques contre des Israéliens et qualifiaient l’ancienne politique de « pay-for-slay », payer pour tuer.
Le décret signé par Abbas en février établissait un nouveau système selon lequel les allocations sociales seraient distribuées strictement en fonction des besoins financiers, et Majdalani avait été chargé d’en assurer la direction.
Un examen interne mené début novembre avait cependant révélé que, bien que le nouveau système ait été effectivement mis en place, certains prisonniers, y compris des personnes récemment incarcérées, continuaient de percevoir des allocations versées selon l’ancien mécanisme.
Un responsable palestinien avait alors confié au Times of Israel que les dirigeants de l’AP ignoraient l’existence de ces paiements illicites. Il soulignait que c’était Ramallah qui avait invité une délégation américaine à venir en Cisjordanie pour vérifier que le nouveau système d’aide était opérationnel et qu’elle ne l’aurait pas fait si elle n’avait pas été certaine de réussir cet audit.
Selon ce responsable, le limogeage de Bitar par Abbas, qui avait approuvé les paiements illicites, démontrait la détermination du président de l’AP à mener la réforme jusqu’au bout.
Un responsable américain a indiqué que, même si certaines personnalités du département d’État avaient continué à plaider pour l’imposition de sanctions aux responsables de l’AP, la Maison Blanche s’y était opposée. Elle estimait qu’une démarche aussi agressive risquait de contrarier Ramallah, dont le soutien était nécessaire pour faire adopter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution destinée à faire avancer le plan de paix de Trump pour Gaza.
Une source proche du dossier a précisé qu’il ne s’agissait même pas de la première fois que Washington menaçait d’imposer de telles sanctions à l’Autorité palestinienne, frustré par la lenteur avec laquelle Ramallah mettait en œuvre la réforme visant à mettre fin au système de « pay-to-slay ». La source a toutefois exprimé des doutes quant au sérieux de cette menace, rappelant que la préparation de ces sanctions pouvait prendre plusieurs mois.
Le département d’État avait toutefois adopté une mesure punitive moins sévère à l’encontre d’Abbas, en lui refusant, ainsi qu’à d’autres dirigeants palestiniens, les visas nécessaires pour assister en septembre à l’Assemblée générale des Nations unies (ONU) à New York. Cette décision répondait à la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien par plusieurs pays européens, démarche encouragée par Ramallah.
Depuis lors, l’administration Trump avait quelque peu assoupli son approche envers l’AP, invitant Abbas à un sommet sur Gaza à Charm el-Cheikh en octobre et s’appuyant en partie sur Ramallah pour obtenir au Conseil de sécurité le soutien requis à l’adoption d’une résolution confiant au Conseil de paix de Trump le mandat de gérer Gaza pour les deux années à venir.
La découverte de ces paiements illicites est venue rompre cette dynamique. Si Abbas a réussi à « endiguer l’hémorragie » en se séparant de son ministre des Finances, des sanctions personnelles pourraient de nouveau être envisagées à l’encontre de responsables de l’AP si la réforme du programme d’aide sociale n’était pas pleinement mise en œuvre, a averti le responsable américain.
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