La France fait part de son inquiétude à l’AP sur son système « Pay-to-Slay »
Emmanuel Macron a souligné que les salaires versés aux terroristes condamnés sont une violation manifeste de l'engagement pris par Ramallah, et que toute annexion de la Cisjordanie serait une "ligne rouge"
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La France a fait part à l’Autorité palestinienne (AP) de ses préoccupations concernant les paiements illicites récemment versés par Ramallah à des prisonniers palestiniens détenus pour des raisons de sécurité, avant la rencontre, mardi, entre le président français, Emmanuel Macron, et le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, à l’Élysée, a déclaré un haut responsable français au Times of Israel.
Lundi, Abbas a limogé le ministre des Finances de l’AP, Omar Bitar, pour avoir approuvé le versement d’indemnités aux prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité en Israël, dans le cadre de son système « Pay-to-Slay » (payer pour tuer), qui consiste à verser des sommes d’argent aux terroristes palestiniens et à leurs familles en fonction de la durée de leur peine, ont révélé au Times of Israel un responsable palestinien et une deuxième source proche du dossier.
Ces paiements constituent une violation manifeste de l’engagement pris par Ramallah envers la France et d’autres soutiens clés de la communauté internationale, selon lequel l’AP réformerait son système « Pay-to-Slay ».
Alors qu’Abbas avait signé en février un décret visant à mettre fin à l’ancien système, le nouveau mécanisme qui conditionne strictement le versement des aides sociales aux besoins financiers des bénéficiaires n’est pas encore pleinement mis en place. Le licenciement de Bitar a également mis en évidence la résistance interne à laquelle l’AP est confrontée dans le cadre de cette initiative.
À l’issue de leur rencontre à l’Élysée, Macron a déclaré aux journalistes qu’Abbas s’était engagé à faire réaliser un audit par une société américaine afin de certifier que le « Pay-to-Slay » n’était plus en vigueur.
On ignore si Macron faisait référence à l’audit que Ramallah a demandé à l’administration Trump de réaliser pour certifier que la réforme est bien mise en œuvre.
Selon un responsable palestinien interrogé lundi par le Times of Israel, Ramallah espère qu’une équipe américaine se rendra en Cisjordanie début 2026 pour réaliser cet audit.
Macron a également déclaré à la presse qu’une commission conjointe franco-palestinienne serait créée pour élaborer une constitution palestinienne, promesse également faite par Abbas plus tôt cette année.
« Nous avons décidé ensemble de créer une commission mixte pour la consolidation de l’État palestinien », a déclaré Macron, ajoutant que celle-ci « contribuerait à l’élaboration d’une nouvelle constitution, dont le président Abbas m’a présenté une ébauche ».
Il a précisé que la France verserait 100 millions d’euros d’aide humanitaire à Gaza pour l’année 2025.
Abbas a déclaré avoir accepté « la mise en place rapide de la commission constitutionnelle ».
Macron a averti que tout projet d’annexion de la Cisjordanie par Israël constituerait une « ligne rouge » et provoquerait une vive réaction européenne.
« Les projets d’annexion partielle ou totale, qu’ils soient légaux ou de facto, constituent une ligne rouge à laquelle nous réagirons fermement avec nos partenaires européens », a-t-il rappelé.
« La violence des colons et l’accélération des projets de colonisation atteignent des sommets sans précédent, menaçant la stabilité de la Cisjordanie et constituant des violations du droit international », a ajouté Macron.
« La priorité va à l’organisation d'(une) élection présidentielle et d’élections générales libres, transparentes et démocratiques dans l’ensemble des territoires palestiniens, y compris à Jérusalem-Est », a ajouté Macron qui s’exprimait devant la presse.
Sur le plan financier, « Israël doit de toute urgence transférer les revenus douaniers dus à la Palestine et rétablir les correspondances bancaires entre institutions israéliennes et palestiniennes », a déclaré Macron.
« Nul ne peut comprendre une politique qui fragilise le seul partenaire à même de coopérer au plan sécuritaire et de s’ériger contre l’explosion de violence qui résulterait immanquablement de son effondrement », a ajouté le président français.
Depuis le début du mois d’octobre, la Cisjordanie a connu une forte hausse des attaques de résidents d’implantations, coïncidant avec la récolte annuelle des olives. Durant cette période, des résidents d’implantations – et parfois des soldats – ont mené des violences quasi quotidiennes contre les cueilleurs d’olives, parmi lesquels figurent parfois des volontaires venus d’Israël et de l’étranger, juifs ou non.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a indiqué vendredi avoir recensé 264 attaques de résidents d’implantations ayant fait des victimes, causé des dégâts matériels ou les deux, au cours du mois d’octobre.
Ces attaques s’inscrivent dans un contexte de recrudescence de la violence des résidents d’implantations depuis le pogrom perpétré dans le sud d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Le président de l’AP a également réitéré son engagement à retirer les discours de haine anti-Israël contenus dans les manuels scolaires utilisés dans les écoles palestiniennes.
Macron recevait pour la première fois Mahmoud Abbas depuis la reconnaissance de l’Etat palestinien par la France, et celui-ci est désormais désigné comme « président de l’Etat de Palestine » dans les documents officiels français.
Dans un communiqué, l’ambassade d’Israël en France s’est insurgée contre l’accueil réservé au président palestinien. Elle a estimé que l’Autorité palestinienne avait eu de « nombreuses occasions de promouvoir la paix et a choisi de rejeter toutes les opportunités offertes par Israël et les États-Unis pour mettre fin au conflit ».
Sur le plan bilatéral, Mahmoud Abbas a promis une extradition rapide d’un Palestinien, Hicham Harb, arrêté en septembre en Cisjordanie et soupçonné d’avoir supervisé le commando de l’attentat antisémite de la rue des Rosiers qui avait fait six morts à Paris en 1982.
« Les procédures juridiques relatives à l’extradition sont arrivées à leur phase finale. Il ne reste que quelques détails techniques, qui sont pris en charge par les autorités compétentes des deux pays », a-t-il déclaré au Figaro quelques heures avant sa rencontre avec Emmanuel Macron.
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