Argentine: la communauté juive partagée quant au procès d’un attentat et au soutien de Milei
Une association de familles de victimes redoute un procès qui ne fasse que "valider à tout prix la version officielle" et "clore un dossier inconfortable" pour le pouvoir, dans l'impunité
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Alors qu’elle commémore vendredi l’attentat de 1994, le plus meurtrier de l’histoire de l’Argentine, l’importante communauté juive du pays qui en était la cible, reste prudente quant au procès enfin promis, 31 ans après. Mesurée, aussi, sur le soutien très voyant d’un président Milei farouchement pro-Israël.
Vendredi, une cérémonie, émouvante et sobre – une sirène d’attentat, des chansons, les noms de victimes égrenés – a commémoré le 18 juillet 1994, lorsqu’à 9H53 une camionnette piégée explosa près de l’Amia, l’influente Association mutualiste israélite argentine, à Buenos Aires.
Il y aura finalement un jugement, a acté la justice en juin : un procès par contumace, que jusqu’à récemment la loi argentine n’autorisait pas.
Dix suspects – iraniens et libanais – seront jugés en absence pour l’attentat que l’Argentine a de longue date considéré comme commandité par l’Iran, avec la main logistique d’hommes du groupe chiite libanais Hezbollah.
Dans la communauté juive, la pondération l’emporte sur le soulagement.
« On doit veiller avec la plus grande prudence à toutes les garanties procédurales », en particulier des droits de la défense, pose Miguel Bronfman, avocat d’une Amia qui a longtemps pesté contre l’enquête interminable, voire déraillée, par les autorités. « Un procès mal mené qui se solderait par un vice de procédure serait très douloureux. »
La justice, en absence
« Mémoire Active », association de familles de victimes de 1994 qui, elle, n’était pas favorable au procès par contumace, maintient qu’il « n’est ni tolérable, ni valide », et considère « essentiel que les accusés participent ».
« Procès en absence, ou absence de justice ? », interroge l’organisation dans un communiqué, redoutant un procès qui ne fasse que « valider à tout prix la version officielle » et « clore un dossier inconfortable » pour le pouvoir, dans l’impunité.
Ces sentiments mêlés sur le traumatique, le judiciaire, se jouent sur un arrière-plan politique inédit: un président, Javier Milei, ultralibéral – anarcho-capitaliste, comme il se décrit – qui, depuis 2023, affiche une virulente, presque passionnelle, proximité avec Israël.
Avec le judaïsme, même. Bien que catholique, Javier Milei, 54 ans, a expliqué à plusieurs reprises avoir cheminé spirituellement vers le judaïsme, sans pour autant se convertir, et consulter régulièrement par le passé un rabbin proche, fait ambassadeur en Israël, Axel Wahnish.
Soutien politique inconditionnel d’Israël, visites dans le pays (deux en 18 mois), projet de déménager l’ambassade argentine à Jérusalem: Javier Milei ne manque pas une occasion de clamer sa proximité avec l’Etat hébreu.
Trop bruyamment, aux yeux de la communauté de 300 000 personnes, la plus importante d’Amérique latine?
« Il me semble qu’il (Milei) fait ce qu’il faut, tant du point de vue géopolitique que moral. Il se place du côté des valeurs qui nous représentent le plus », pose Alan Zuchovicki, un économiste de 29 ans qui apprécie le soutien du président à Israël dans sa guerre à Gaza.
« Déjà sur le radar »?
Kevin Ary Levin, membre du mouvement Meretz (gauche) ne cache pas son inquiétude quant à de possibles « conséquences négatives » pour la communauté « face à la perception de certains secteurs de la société que Milei fait partie de la communauté juive, ou œuvre pour elle, ou (…) place des ‘intérêts juifs’ au-dessus de l’intérêt national ».
Javier Milei lui-même avait balayé l’an dernier l’hypothèse d’un éventuel risque de son alliance étroite avec Israël, pour une communauté juive argentine ciblée en 1994, et deux ans plus tôt par un autre attentat, contre l’ambassade d’Israël (29 morts, 200 blessés).
« Nous sommes déjà sur le radar » de potentiels terroristes, avait-il lancé. « La question est de savoir si nous sommes des lâches ou si nous nous positionnons du côté du Bien ». D’Israël donc, selon lui.
Si sa posture pro-Israël était plus nuancée, « on paierait le prix quand même », médite Alan Zuchovicki. « Alors j’aime autant qu’il soit ferme. »
Guère convaincu, Kevin Ary Levin raconte à l’AFP une anecdote récente qui l’a marqué, s’agissant d’une Argentine à la tradition de bienveillante terre d’immigration.
« Il y a deux semaines, ma sœur était dans un taxi », et le chauffeur a insulté Javier Milei et les Juifs, estimant que le président argentin était « manipulé par les Juifs ». Elle est descendue du taxi. Jamais quelque chose comme ça ne lui était arrivé ».
la Communauté du Times of Israël !







