Bretagne : Une plaque en mémoire de victimes à tort d’une « épuration de voisinage » en 1944
Agnès de Beir et sa fille Léontine Delattre ont été officiellement reconnues comme « victimes innocentes de l’épuration sauvage »
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80 ans après leur exécution par des résistants, Agnès de Beir et sa fille Léontine Delattre ont été reconnues comme victimes innocentes. Une plaque commémorative a été dévoilée dimanche 26 octobre au cimetière de Plumelec, dans le Morbihan, en leur mémoire, a rapporté France 3 Bretagne.
Les deux femmes, réfugiées venues du Nord de la France, avaient été abattues en juillet 1944 par un groupe de sept résistants masqués. Accusées à tort d’avoir collaboré avec les nazis, elles avaient été enlevées, emmenées dans un bois et exécutées sommairement. Leurs corps n’avaient été retrouvés que trois semaines plus tard.
Le drame a ressurgi grâce au travail de Stéphanie Trouillard, journaliste à France 24, autrice du livre Le village du silence (éditions Skol Vreizh, 2023). Après cinq années d’enquête, elle a permis la reconnaissance officielle d’Agnès de Beir et de Léontine Delattre comme « victimes innocentes de l’épuration sauvage ».
« À Plumelec, leur histoire a été passée sous silence durant des décennies », a rappelé la journaliste lors de la cérémonie. Elle a également retrouvé les descendants des deux femmes, qui vivent dans le Nord de la France et attendaient depuis des générations que la vérité soit rétablie.
Selon les recherches de Stéphanie Trouillard, les deux femmes ont été tuées dans un contexte de tension extrême, marqué par les représailles du maquis de Saint-Marcel. Étrangères au village et perçues comme proches des soldats allemands, elles ont été prises pour cibles dans une « épuration de voisinage ».
Évoquant les bourreaux, la journaliste déclare que « nous n’avons pas à juger des personnes décédées ». Elle a ainsi choisi de ne pas nommer les sept résistants impliqués dans la mort des deux femmes afin de ne pas rouvrir des blessures locales.
« C’est un aboutissement, une fierté, de voir qu’une plaque a enfin été installée dans le cimetière de Plumelec, surtout dans ce haut lieu de la Résistance bretonne », affirme Stéphanie Trouillard. « Ce n’est pas facile pour une commune de mettre en avant cette part sombre de son histoire. »
« Dans mon travail, j’aspire à couvrir tous les aspects de la Résistance », explique-t-elle. « Je veux montrer à la fois les actes héroïques, comme ceux qui les salissent. Nous voulons seulement apaiser les gens, car certains témoins ou descendants ont vraiment été traumatisés par cette histoire et par l’omerta qui a régné dans le village pendant des dizaines d’années. »
En Bretagne, les femmes ont représenté près d’un tiers des exécutions lors de l’épuration à la Libération, souvent victimes de règlements de comptes locaux.
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