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Canada : Gail Asper gèle le financement à un musée après une expo sur la Nakba jugée biaisée

La philanthrope, qui a contribué à hauteur de plus de 23 M de dollars canadiens à la création du musée, dénonce une exposition qu'elle juge susceptible d'alimenter l'antisémitisme

Gail Asper, sur une photo non datée. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)
Gail Asper, sur une photo non datée. (Crédit : Capture d'écran/YouTube)

La philanthrope canadienne Gail Asper, présidente et administratrice de la Fondation Asper, a annoncé mercredi qu’elle suspendait les financements de sa fondation au Musée canadien pour les droits de la personne (MCDP), en raison de l’exposition « Palestine déracinée, la Nakba au passé et au présent », présentée du 27 juin 2026 au 30 novembre 2028.

L’exposition présente des photographies, des poèmes, des témoignages et des objets du quotidien retraçant l’expérience des Canadiens d’origine palestinienne touchés par la Nakba. Les Palestiniens utilisent ce terme, qui signifie « catastrophe », pour désigner leur déplacement massif au moment de la création de l’État d’Israël.

Figure centrale de la création du musée, situé à Winnipeg (Manitoba), auquel elle a notamment contribué à hauteur de plus de 23 millions de dollars canadiens, Gail Asper affirme avoir été profondément choquée par le contenu de l’exposition.

« J’ai été extrêmement surprise et très déçue, très déçue », a-t-elle déclaré à Radio-Canada. « Je me sens très trahie par la direction et par le conseil d’administration. »

Selon elle, les responsables du musée n’auraient eux-mêmes pas vu l’exposition avant son ouverture, ce qui soulève des interrogations sur le processus de validation des contenus. Gail Asper demande qu’elle soit réévaluée par des historiens et des spécialistes indépendants et appelle le gouvernement fédéral à examiner la gouvernance du musée afin de garantir une meilleure reddition de comptes.

La philanthrope reproche avant tout à l’exposition de manquer de contexte historique. Elle regrette notamment que les panneaux introductifs ne mentionnent ni le plan de partage de la Palestine adopté par les Nations unies en 1947, accepté par les dirigeants juifs mais rejeté par les dirigeants arabes, ni la guerre déclenchée par les États arabes voisins après la proclamation de l’indépendance d’Israël.

« S’il y avait eu une acceptation de l’État et s’il n’y avait pas eu cette guerre, il n’y aurait pas eu de déplacement. C’est un élément essentiel pour comprendre ce qui s’est passé ensuite », souligne-t-elle.

Gail Asper critique également la partie consacrée au conflit actuel à Gaza, qui évoque les événements du 7 octobre 2023 sans mentionner les 251 otages enlevés par le Hamas lors de son attaque contre Israël.

Ces critiques sont partagées par Mark Berlin, alors unique membre juif du conseil d’administration du musée, qui a démissionné pour protester contre l’exposition.

« Compte tenu du fait que le musée a maintenu cette exposition sous sa forme actuelle, malgré les inquiétudes répétées formulées par moi-même, des membres de la communauté juive et d’autres personnes, demandeuses d’une présentation plus équilibrée et complète, sur le plan historique, je ne peux plus, en toute conscience, continuer à siéger en tant qu’administrateur », avait écrit Berlin dans sa lettre de démission.

Dans cette lettre, Berlin soutient que l’exposition omet une partie du contexte, à savoir que « des centaines de milliers de Juifs des pays arabes » ont eux aussi été déplacés au moment de la guerre d’indépendance de 1948.

« Un récit détaché des faits environnants n’est pas la vérité, c’est juste un récit », poursuit Berlin. « Le musée a l’obligation légale et morale de dire toute la vérité, et non de la sacrifier sur l’autel de la politique. »

Le Musée canadien pour les droits de la personne a vigoureusement défendu son exposition. Dans un communiqué, il affirme que « le fait de donner à entendre l’histoire d’une communauté ne minimise en rien ce qu’a pu vivre une autre communauté », tout en soulignant que ses galeries permanentes présentent également des récits de déplacements forcés et de violations des droits de la personne subis par d’autres populations, notamment les Juifs victimes de la Shoah.

Sa directrice générale, Isha Khan, a indiqué que la direction examinait actuellement les critiques formulées contre l’exposition, sans confirmer qu’elle serait modifiée.

Marc Miller, le ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, a lui aussi critiqué l’absence de toute mention du Hamas comme organisation terroriste et de son objectif affiché d’anéantir l’État d’Israël. Son ministère note toutefois qu’ « il n’appartient pas au gouvernement fédéral de dicter la programmation des musées nationaux ».

En attendant, Gail Asper affirme qu’elle maintiendra la suspension des financements de sa fondation et consacrera désormais ses dons au soutien des institutions de la communauté juive canadienne.

Avant même son ouverture, l’exposition avait suscité de vives critiques de plusieurs organisations juives canadiennes, dont le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), qui dénonçaient notamment un manque de consultation lors de sa conception.

Cette polémique intervient alors que les actes antisémites continuent d’augmenter au Canada. En mars dernier, des coups de feu ont notamment été tirés contre trois synagogues de la région de Toronto. Selon l’audit annuel de B’nai Brith Canada, 6 800 actes antisémites ont été recensés en 2025, soit une hausse de 9 % par rapport à l’année précédente.

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