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Canada : L’émissaire américain Yehuda Kaploun exige des mesures drastiques contre l’antisémitisme

Ottawa est appelé à durcir ses lois et annuler des visas. Le gouvernement Carney défend son plan de sécurité globale face au regain des actes antisémites

Le rabbin Yehuda Kaploun arrive à une audience de confirmation devant la commission des relations étrangères du Sénat américain concernant sa nomination au poste d’envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, au Capitole à Washington, le 19 novembre 2025. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)
Le rabbin Yehuda Kaploun arrive à une audience de confirmation devant la commission des relations étrangères du Sénat américain concernant sa nomination au poste d’envoyé spécial chargé de surveiller et de combattre l’antisémitisme, au Capitole à Washington, le 19 novembre 2025. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Washington élève le ton et réclame un virage sécuritaire à son voisin du Nord.

Selon des propos exclusifs rapportés début août par le site canadien La Presse, le rabbin Yehuda Kaploun, nommé en décembre dernier par Donald Trump émissaire spécial chargé de la lutte contre l’antisémitisme avec rang d’ambassadeur, a alerté le gouvernement canadien sur l’urgence de la situation.

Lors d’un déplacement officiel à Ottawa, le diplomate a délivré un message sans ambiguïté : « Vous devez faire mieux ».

Ce déplacement s’inscrit dans un climat sécuritaire alarmant documenté par les services de police et les organisations communautaires. En 2025, selon La Presse, la police canadienne a ainsi comptabilisé 788 actes antisémites contre 492 en 2021.

Dans son entretien au quotidien canadien, M. Kaploun est revenu sur plusieurs événements tragiques survenus peu de temps avant sa venue, à commencer par des coups de feu tiré à Toronto contre le consulat américain, pour la deuxième fois depuis mars dernier, et l’attaque – l’une d’entre elles par balle – de deux succursales d’une même boulangerie tenue par des commerçants juifs. Par ailleurs, à Montréal, le week-end dernier, un incendie d’origine suspecte a ravagé un immeuble abritant un restaurant casher. Bien que la police n’ait pas encore formellement identifié le mobile, l’affaire est traitée comme un acte criminel, ce qui a appelé l’attention et suscité la solidarité de membres du Congrès américain. Enfin, partout ailleurs au Canada, des écoles, commerces et synagogues sont régulièrement prises pour cibles par des tirs et des alertes à la bombe.

M. Kaploun regrette des réactions institutionnelles qu’il juge « contenues » au regard de la gravité des faits, confiant que ses services, à Washington, étaient « submergés » d’appels de ressortissants canadiens inquiets pour leur sécurité.

Pour l’envoyé américain, le climat actuel tranche radicalement avec ses souvenirs de jeunesse à Ottawa, où il a vécu entre 1974 et 1981 lorsqu’il était élève de la Hillel Academy. Évoquant ses jeux, enfant, dans la rue, où les enfants non juifs lui ramassaient sa kippa lorsqu’elle tombait, Yehuda Kaploun a confié à La Presse canadienne regretter cette époque où le Canada enseignait mieux la mémoire de la Shoah et l’inclusion.

Visas, terrorisme et universités

Pour éradiquer la haine antijuive, M. Kaploun a invité Ottawa à s’inspirer des méthodes américaines, à commencer par des sanctions et des contrôles aux frontières, en ayant recours à des listes d’organisations terroristes et en révoquant des visas pour interdire d’entrée sur le territoire les personnes et groupes financés ou armés par l’Iran.

Il presse par ailleurs le gouvernement de prendre des sanctions universitaires, en privant par exemple de subventions les universités dans lesquelles des étudiants juifs se sentent menacés. Il conseille de s’en prendre notamment aux enseignants qui tiennent des propos pro-palestiniens sans droit de réponse en cours ou excluent moralement les étudiants qui ne partagent pas leur doctrine politique.

Enfin, comme il l’a expliqué à La Presse, il invite à mettre en balance liberté d’expression et liberté de culte, tout en précisant que si le fait de faire preuve de sympathie envers les Palestiniens n’est pas intrinsèquement antisémite et que la liberté d’expression est fondamentale, elle ne doit pas porter atteinte à la liberté religieuse ni tenir les juifs responsables des actions d’Israël.

La comparaison avec 1933 fait débat chez les historiens

Interrogé par La Presse, M. Kaploun a provoqué une vive polémique en affirmant que « les niveaux d’antisémitisme observés ici au Canada rivalisaient avec ceux de l’Allemagne en 1933 ».

Cette analogie avec l’avènement du Troisième Reich a été promptement remise en perspective, dans les colonnes du journal, par Doris Bergen, professeure émérite à l’Université de Toronto et spécialiste de la Shoah.

Illustration : Adolf Hitler s’adressant à 30 000 soldats nazis en uniforme, à Kiel, en Allemagne, le 7 mai 1933. (Crédit : AP)

Tout en reconnaissant la gravité extrême des attaques actuelles, l’universitaire a rappelé qu’en 1933, le régime nazi avait mis en place un État policier hostile à ses opposants et promouvant les violences antisémites, tandis qu’au Canada, la police enquête sur ces agressions qualifiées de crimes violents.

Selon Mme Bergen, ces comparaisons historiques déplacées détournent l’attention du débat prioritaire, à savoir les mesures urgentes à prendre face aux violences contemporaines.

La modération sur X et la suppression du poste d’envoyé spécial

L’entretien accordé à La Presse canadienne met également en lumière deux autres points de friction, à commencer par le rôle de la plateforme X.

M. Kaploun s’est félicité des mesures prises par Elon Musk sur le réseau social X, affirmant que la géolocalisation des comptes avait permis de réduire l’antisémitisme de 25 à 30 % en démasquant de faux comptes diffusant de la désinformation au sujet de Gaza.

Toutefois, La Presse rappelle à ce sujet que l’organisation israélienne de surveillance CyberWell a classé X comme la plateforme la plus laxiste des grands réseaux sociaux en ce qui concerne les discours de haine et le révisionnisme.

Par ailleurs, M. Kaploun a vivement critiqué la décision prise par le gouvernement Carney de supprimer le poste d’envoyé spécial pour la lutte contre l’antisémitisme pour le remplacer par un simple « conseil consultatif sur l’inclusion ». Rappelant que l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) exige des délégations menées par des diplomates de haut rang, il estime de surcroit que ce tout nouveau conseil compte dans ses rangs des personnes qui ont pris part à des rassemblements pro-palestiniens et ont des préjugés envers la communauté juive.

Le Premier ministre canadien, Mark Carney, donne une conférence de presse après une réunion du Conseil des ministres pour évoquer les négociations commerciales avec les États-Unis et la situation au Moyen-Orient, dans les locaux du National Press Theatre d’Ottawa, dans la province de l’Ontario, au Canada, le 30 juillet 2025. (Dave Chan/AFP)

Le gouvernement Carney met en avant son arsenal législatif

Face à ces attaques, le cabinet du Premier ministre Mark Carney s’est défendu par la voix de sa porte-parole, Renée LeBlanc Proctor. Dans une déclaration transmise à La Presse canadienne, Ottawa souligne que d’importants investissements ont été réalisés au niveau de la sécurité des infrastructures communautaires et de la lutte contre la radicalisation.

La porte-parole a par ailleurs rappelé que le nouveau conseil consultatif sur l’inclusion avait reçu pour mandat, de la part du Premier ministre, de réévaluer l’ampleur de l’antisémitisme et d’élaborer une stratégie nationale transversale, réaffirmant la volonté du gouvernement de permettre aux Canadiens juifs de vivre pleinement et en toute sécurité dans les lieux publics.

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