Cannes: « Fatherland », le douloureux retour d’exil de Thomas Mann dans l’Allemagne post-nazie
A travers ce retour au pays de Thomas Mann, Prix nobel de littérature en 1929, campé à l'écran par Hanns Zischler, "Fatherland" ausculte une société allemande percluse de non-dits autour de la période nazie et de la Seconde Guerre mondiale
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

En 1933, le grand écrivain allemand Thomas Mann quitte son sol natal à l’arrivée d’Hitler. « Fatherland », présenté jeudi à Cannes, fait revivre son retour d’exil seize ans plus tard dans un pays fracturé entre Est et Ouest, où il est sommé de choisir son camp.
En lice pour la Palme d’or, le film en noir et blanc du Polonais Pawel Pawlikowski (« Cold War », « Ida »…) réussit, en seulement 1h22, à condenser les fractures qui traversent, en 1949, un pays en voie de dénazification et les tiraillements du plus grand écrivain allemand, accompagné de sa fille Erika, incarnée par Sandra Hüller.
« Aujourd’hui encore en Allemagne, il y a des gens qui en veulent à Thomas Mann d’avoir fui son pays et d’autres qui pensent qu’il était un grand anti-fasciste », a expliqué à l’AFP l’actrice allemande lors d’une table ronde à Cannes, où elle avait brillé en 2023 dans « Anatomie d’une chute ».
A travers ce retour au pays de Thomas Mann, Prix nobel de littérature en 1929, campé à l’écran par Hanns Zischler, « Fatherland » ausculte une société allemande alors percluse de non-dits autour de la période nazie et de la Seconde Guerre mondiale.
Hanns Zischler, né en 1947 dans les ruines de Nuremberg, en a lui-même fait l’expérience.
« Ce qui est très étrange c’est qu’on était confrontés à une réalité qui n’était jamais expliquée. Les ruines qu’on voyait étaient une sorte de mythologie », a expliqué le comédien lors de la table ronde. « Bien sûr il y avait eu des bombardements mais pour quelles raisons? Tout ce qui était arrivé auparavant était un mystère ».
Hanté par le destin tragique d’un des fils de Thomas Mann, « Fatherland » offre également un lointain écho aux débats qui traversent le festival de Cannes et le monde du cinéma sur le rôle qui incombe aux artistes dans des périodes de trouble.
Le film dépeint ainsi un Thomas Mann pris entre deux blocs idéologiques, à la fois accusé d’avoir pris fait et cause pour les Etats-Unis, qui l’ont naturalisé en 1944, et de faire partie de « la cinquième colonne » à la solde de Staline.
« En tant qu’artiste, on peut toujours choisir de ne pas se trahir », estime Sandra Hüller même si, reconnaît-elle, c’est plus facile quand on occupe « une position privilégiée ».
la Communauté du Times of Israël !







