« C’est une vraie bénédiction » : Pour la Pâque orthodoxe, les chrétiens reviennent en masse au Saint-Sépulcre
À la faveur du cessez-le-feu avec l'Iran, l'église, connue pour abriter le tombeau de Jésus, a rouvert ses portes, à la joie - prudente - des chrétiens de toutes confessions
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À midi, en ce dimanche de la Pâque orthodoxe, des dizaines de familles sont venues de la cathédrale orthodoxe Saint-Jacques, dans la Vieille Ville de Jérusalem, pour se rendre en l’église du Saint-Sépulcre.
Adultes et enfants, souvent issus de la communauté arabe locale, portaient leurs plus beaux vêtements, les hommes en costume-cravate, les filles courant partout dans leurs robes tourbillonnantes et les femmes impeccablement coiffées. Plusieurs générations prenaient des photos de groupe tandis que les plus jeunes dégustaient les œufs et lapins en chocolat enveloppés dans du papier coloré distribués à la fin de la messe et que des amis de tous âges se serraient la main en se souhaitant de joyeuses Pâques.
« Nous attendons ce moment toute l’année », confie au Times of Israel Phethen, qui vit à Jérusalem. « C’est formidable d’être là, mais la situation reste difficile. Ce n’est pas comme d’habitude. »
Une Pâques orthodoxe sereine s’est célébrée sous un magnifique ciel bleu clair, tout juste tempéré par une brise fraîche, une scène encore impensable quelques jours plus tôt, car l’église, comme tous les lieux saints de la Vieille Ville, était fermée depuis près de six semaines, depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.
Des missiles et fragments de missiles iraniens sont tombés dans le secteur à plusieurs reprises avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, jeudi dernier.
« Je n’étais jamais venue ici pour Pâques, mais après tout ce qui s’est passé, j’ai décidé de profiter de tous les moments normaux », explique Xenia, 35 ans, qui a quitté la Russie pour Israël il y a de cela huit ans et vit à Ramat Gan.
« D’après les informations que nous avons, nous ne savons pas ce de quoi demain sera fait, raison pour laquelle il nous a paru très important d’être là aujourd’hui », ajoute-t-elle en faisant allusion à la nouvelle de l’échec des négociations de cessez-le-feu au Pakistan.
Depuis le chœur de l’église voisine de l’Édicule, le sanctuaire qui entoure le tombeau où, selon les Chrétiens, Jésus fut enterré et ressuscité, elle explique que pour les chrétiens orthodoxes de Russie, l’Église du Saint-Sépulcre est d’une extrême importance.
« Depuis que je vis en Israël, je me suis habituée à vivre près de cet endroit, mais j’ai acheté des bougies pour mes amis restés en Russie », précise-t-elle. « C’est très important pour eux. »
Deux fêtes de Pâques, à une semaine d’intervalle
Le 5 avril, le patriarche catholique Pierbattista Pizzaballa célébrait la messe de Pâques en l’église du Saint-Sépulcre avec autour de lui une poignée de membres du clergé (différentes confessions chrétiennes suivent des calendriers différents).
Conformément aux directives du Commandement du front Intérieur, les fidèles ont eu interdiction d’y assister. Quelques jours plus tôt, venus célébrer la messe, Pizzaballa et un autre prêtre s’en étaient vu interdire l’accès par les services de police pour des raisons de sécurité, ce qui avait défrayé la chronique partout dans le monde.
« Pour nous, c’est une grande joie que [les chrétiens orthodoxes] puissent célébrer Pâques en présence des fidèles », explique un frère catholique de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, qui souhaite rester anonyme. « Nous sommes des branches différentes du même arbre. Nous l’avons célébré à notre manière et eux la célèbrent à la leur. Tout cela est la volonté de Dieu. »
Le frère s’est entretenu avec le Times of Israel alors que ses frères et lui-même préparaient l’Édicule pour la messe.
« Normalement, nous célébrons la messe du dimanche à 6h30 du matin, mais aujourd’hui nous avons changé de créneau horaire pour permettre les célébrations de Pâques », explique-t-il.
L’Église du Saint-Sépulcre se partage entre plusieurs confessions chrétiennes, à commencer par le Patriarcat orthodoxe, la Garde catholique de la Terre Sainte et le Patriarcat arménien, selon un ensemble séculaire de normes connues sous le nom de « statu quo ». Chacune des communautés est responsable de sa partie des lieux et les zones centrales sont partagées suivant un accord qui fixe les horaires et modes d’utilisation de chacune des Églises.
Avant la messe, prêtres et religieuses balaient le sol, installent un tapis et disposent des bancs en bois ainsi qu’un candélabre, qui seront remisés après la célébration.
« J’habite là, ce qui m’a permis d’assister à la messe même pendant la guerre, mais c’est un soulagement de pouvoir accueillir des fidèles », explique le frère en question, ajoutant que, grâce à la communauté catholique de Jérusalem, il y a toujours du monde pour la messe, même aux moments de moindre affluence.
« Un grand nombre de catholiques vivent ici, notamment des travailleurs indiens », précise-t-il. « Je ne sais pas s’ils pourront venir aujourd’hui, car le dimanche est un jour de travail pour eux. Il leur est plus facile de venir tôt le matin. »
De nombreux travailleurs chrétiens étrangers, de diverses confessions, viennent à l’Église le dimanche. Parmi eux se trouvent Lyn et Jenny, deux chrétiennes orthodoxes, soignantes de leur état, venues des Philippines. Elles sont ravies de pouvoir prendre des photos à l’entrée.
« Nous vivons ici depuis neuf ans », expliquent-elles au Times of Israel. « Vivre en Terre Sainte est une vraie bénédiction. Nous nous sentons près de Dieu. »
Interrogées sur la guerre, elles expliquent que, depuis le temps qu’elles vivent ici, elles ont l’habitude.
« C’est normal, ici, en Israël », affirme Jenny. « Nous avons un abri anti-aérien ; [la guerre] nous fait un peu peur, mais pas trop finalement. »
Samedi soir, elles ont voulu assister à la cérémonie du Saint Feu mais elles n’ont pas pu entrer dans l’église, faute de place. Ce rite, l’un des plus emblématiques des célébrations de Pâques à Jérusalem, a attiré des milliers de personnes.
Vieille de près de 1 200 ans, cette cérémonie symbolise la résurrection de Jésus. Une flamme, supposément allumée de manière miraculeuse au cœur du tombeau de Jésus, sert à allumer les bougies des fidèles orthodoxes.
Mehr, 56 ans, originaire de Jérusalem, y a assisté.
« Il y avait beaucoup de monde hier soir, mais moins que d’habitude car il n’y avait pas de touristes », explique-t-il au Times of Israel en faisant une pause cigarette pendant la liturgie de Pâques à Saint-Jacques.
« Il y a de cela quelques années, il y avait une foule compacte ici », ajoute-t-il en désignant la place.
Il souligne qu’en général, le dimanche matin, il y a beaucoup moins de fidèles que le soir.
« La plupart de ceux qui viennent la nuit ne reviennent pas le lendemain », assure Mehr. « Cela fait du bien d’être ici. Dieu merci, toutes les églises ont rouvert. »
Cette atmosphère calme mais festive se limite aux environs immédiats de l’église, la plupart des stands et boutiques des ruelles adjacentes étant vides ou fermés.
« Normalement, en des jours comme celui-ci, on voit passer 100 000 personnes ; et là, rien », regrette Ahmad, qui est commerçant. Ce dimanche, il rouvre son magasin pour la première fois depuis le début de la guerre.
« Des gens d’ici achètent deux trois choses, ici et là, mais il n’y a pas de touristes », ajoute-t-il. « L’année dernière, c’était bien mieux. Inshallah [« Si Dieu le veut », en arabe] que la situation se stabilise et que les touristes reviennent. »
Des agences ont contribué à cet article.
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