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Cisjordanie: L’économie menacée de banqueroute du fait des restrictions israéliennes

Sans revenus fiscaux ni permis de travail, les "conditions économiques d'un futur palestinien autre que la 'soumission permanente" se perdent", a estimé l'International Crisis Group

Des Palestiniens font leurs courses sur un marché avant la fête de l'Aïd al-Adha, à Hébron, en Cisjordanie, le 26 mai 2026. (Wisam Hashlamoun/Flash90)
Des Palestiniens font leurs courses sur un marché avant la fête de l'Aïd al-Adha, à Hébron, en Cisjordanie, le 26 mai 2026. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

RAMALLAH, Cisjordanie — L’économie cisjordanienne tangue dangereusement vers la banqueroute au moment où Israël maintient des restrictions qui limitent les opportunités des Palestiniens, a estimé le récent rapport d’une importante organisation spécialisée dans l’observation des conflits.

Selon l’International Crisis Group, les mesures israéliennes prises pour restreindre la liberté de mouvement des Palestiniens, pour les priver d’une partie de leurs revenus et pour saisir des terres ne font pas que paralyser l’économie palestinienne : elles alimentent de surcroit une profonde instabilité.

« Les conditions économiques requises pour tout avenir palestinien autre qu’une soumission permanente sont en train de disparaitre », lit-on dans le rapport, qui est fondé sur des entretiens avec des chefs d’entreprise, des maires et des responsables gouvernementaux palestiniens. Il entre dans le détail de la crise financière qui frappe les entreprises, les foyers et l’Autorité palestinienne, soutenue internationalement -et qui administre des villes et des localités de Cisjordanie.

Selon le rapport, les politiques israéliennes laissent croire à l’existence d’une volonté concertée de « faire avancer l’objectif déclaré d’Israël d’étendre son contrôle et d’empêcher la création d’un État palestinien ».

Israël a pris la Cisjordanie à la Jordanie au moment de la guerre des Six Jours, en 1967. Dans les décennies qui ont suivi, des vagues d’attentats terroristes à l’encontre des Israéliens ont donné lieu à la prise de mesures de sécurité strictes sur l’ensemble du territoire, et l’économie palestinienne a été entravée par la mise en place de points de contrôle et de barrières militaires qui limitent la libre-circulation des personnes et des biens.

Des Palestiniens franchissent des points de contrôle après la fermeture par l’armée israéliennes des entrées de la ville d’Hébron, le 1er juin 2026. (Wisam Hashlamoun/FLASH90)

Or, aussi bien les ménages que les entreprises dépendent fortement des emplois et des importations liés à Israël, alors même qu’ils font face à des restrictions en ce qui concerne les terres et le commerce.

Les quelque 3,4 millions de Palestiniens de Cisjordanie font aujourd’hui face à un taux de chômage de l’ordre de 30 % et ils vivent dans une économie qui s’est considérablement contractée depuis le pogrom perpétré en Israël par les terroristes du Hamas venus de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023, l’attaque sanglante qui avait été à l’origine de la guerre multi-fronts qui a vaitsuivi.

Dans la foulée de l’offensive du Hamas, Israël avait révoqué le permis de travail de la plupart des 200 000 Palestiniens qui en bénéficiaient jusque-là. Cette mesure, que les autorités israéliennes avaient justifié – et justifient encore – par des impératifs de sécurité, aura privé l’économie palestinienne de près de 400 millions de dollars par mois, soit près d’un quart de son PIB.

Nombre d’entreprises ont aujourd’hui du mal à payer leurs employés, sous-traitants et autres fournisseurs, les entreprises privées enregistrant une baisse d’activité estimée à 50 % par rapport à l’avant-guerre, « signe d’un contrôle accru des mouvements, de chaînes d’approvisionnement perturbées et d’une incertitude plus importante », lit-on dans le rapport de l’ICG.

« La société palestinienne survit, mais elle se paupérise grandement. Faute de solutions, les gens risquent de perdre l’espoir, ce qui aggrave le risque d’instabilité et de violences », indique-t-il.

Une femme palestinienne passe devant un panneau arborant une photo du président russe Vladimir Poutine et sur lequel on peut lire : « Lavage auto Poutine », à Ramallah, en Cisjordanie, le 23 février 2026. (AP Photo/Nasser Nasser)

En sa qualité de principal employeur et fournisseur de services de Cisjordanie, l’Autorité palestinienne est au cœur de la crise.

Les agences gouvernementales ont emprunté massivement pour rester à flot mais les fonctionnaires ne sont plus payés et les infrastructures – les routes ou les conduites d’eau, par exemple – s’effondrent les unes après les autres. En l’absence de fonds pour faire fonctionner les services publics, les hôpitaux n’accueillent plus de patients et les enfants n’ont plus d’école.

L’essentiel des fonds de l’AP proviennent des taxes collectées sur les marchandises entrant en Cisjordanie par les ports israéliens, car les Palestiniens ne contrôlent pas leurs propres frontières. Mais sous l’impulsion de ministres d’extrême droite du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Israël retient des milliards de dollars de recettes fiscales et a même imposé de façon totalement unilatérale des déductions sur ces fonds.

Aucun versement de ces fonds n’a été effectué depuis mai 2025.

Depuis 2019, Israël déduit en effet des recettes fiscales le montant des sommes qui sont versées par l’AP aux prisonniers de sécurité détenus par Israël et aux familles des auteurs d’attentats terroristes contre des Israéliens. Ramallah assure avoir mis fin à cette politique en 2025.

Depuis novembre 2023, dans le sillage du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 qui a déclenché la guerre à Gaza, Israël n’a reversé qu’une partie des fonds, en déduisant également les sommes versées par l’AP à Gaza (y compris les salaires des anciens employés de l’AP et les services tels que l’électricité et l’eau).

L’AP est opposée à ce principe des transferts partiels.

Selon un communiqué du ministère des Finances, les fonds qui restent — une fois retirés ceux alloués à Gaza — « sont gelés depuis près d’un an, à la demande du ministre qui ne souhaite pas verser de fonds à l’Autorité palestinienne compte tenu de ses actions contre l’État d’Israël sur la scène internationale et de son soutien au terrorisme ».

A plusieurs reprises, le ministre des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, s’est déclaré favorable à la fin de l’Autorité palestinienne et il s’est opposé à la création d’un État palestinien.

Selon Joost Hiltermann, conseiller spécial de l’International Crisis Group pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en plus de deux ans de guerre à Gaza, l’attention de la communauté internationale s’est détournée de la Cisjordanie, mais les changements en cours pourraient bien avoir des conséquences pour les aspirations des Palestiniens.

Hiltermann, qui a rédigé le rapport, explique que les autorités israéliennes, qui exercent un contrôle considérable sur bon nombre des politiques, n’ont pas accepté d’être interviewées.

Il relève des désaccords au sein du gouvernement Netanyahu, les dirigeants du mouvement des implantations et les responsables de la sécurité s’opposant souvent sur la manière de gérer l’économie palestinienne.

« Les milieux de la sécurité, en Israël, ne veulent pas que l’Autorité palestinienne ou son économie s’effondrent, car ils devraient alors assumer pleinement la gouvernance du territoire, après l’avoir quasiment détruit », conclut-il.

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